L'entreprise d'aujourd'hui exige de prendre en compte l'humain dans sa globalité: après avoir mobilisé les "forces de travail" elle sollicite dorénavant l'intelligence, la créativité, l'imaginaire de l'individu, suscite son adhésion au projet de l'entreprise, et fait appel à ses capacités de coopération. Face à ces nouvelles exigences, le tableau clinique est mélangé: d'un côté l'euphorie, le sentiment d'autonomie, le plaisir de "l'investissement" au travail, de l'autre des solidarités défaites, de l'épuisement professionnel, de la concurrence abrasive, de l'exclusion. Exister dans l'entreprise confronte donc à des enjeux, des contradictions et des paradoxes multiples. Dans cet ouvrage, destiné aux chercheurs comme aux praticiens, plusieurs auteurs se sont saisis de ces questions. Après avoir clarifié les nouvelles modalités du marché du travail, ils explorent les conditions d'existence au sein d'entreprises publiques ou privées confrontées à des mutations profondes, et in fine, interrogent l'avenir des nouvelles formes de mobilisation
Depuis 1991, La Poste, comme la plupart des entreprises du secteur public, s'est engagée dans un vaste et profond processus de modernisation. Après avoir réformé le statut de l'entreprise, puis les règles de gestion des carrières, elle s'attache à conduire la " modernisation des agents ", pour transformer les postiers en " acteurs associés au changement ". Durant trois années, l'auteur a suivi une équipe de guichetiers d'un bureau de poste d'une petite ville tranquille de la banlieue parisienne. L'enjeu était d'observer, du point de vue des agents, la mise en ?uvre de la modernisation. Dans une démarche ethnographique, appuyée à une posture clinique, elle met au jour le quotidien de cette équipe et les effets de la modernisation. On assiste en direct à une lente décomposition des fonctionnements collectifs et à une transformation profonde du rapport subjectif au travail. Loin de la fameuse " résistance au changement ", cet ouvrage montre de l'intérieur la manière dont les agents, pour la plupart fonctionnaires, s'organisent entre eux (collectivement) et en eux (subjectivement) pour répondre aux exigences qui leur sont faites d'évoluer. L'histoire - avec ses protagonistes aux destins singuliers, ses " héros ", ses rebondissements... - qui se construit ici sous nos yeux est une véritable chronique d'une modernisation ordinaire, emblématique des transformations à l'?uvre dans les entreprises du secteur public. Mais au-delà du clivage public/privé, elle éclaire avec pertinence les questions que tout salarié se pose sur le sens de son activité dès lors que l'univers de son travail se trouve reconfiguré.
Le capitalisme paradoxant L'injonction paradoxale plonge un individu dans un dilemme insoluble en lui imposant des exigences incompatibles : produire toujours plus avec moins de moyens, être autonome en obéissant aux règles, avoir l'esprit d'équipe dans un système hyper concurrentiel. La mutation vers un capitalisme financier exacerbe cette logique paradoxante et la propage dans toutes les organisations privées et publiques, marchandes et non marchandes. Les auteurs mettent au jour les origines du phénomène, au confluent de la « révolution » managériale, de la révolution numérique et de la financiarisation de l'économie. Ils analysent la difficulté de vivre dans un système paradoxant aux effets ravageurs pour la santé mentale. Ils proposent enfin des pistes pour combattre la folie que ce système génère. Vincent de Gaulejac Professeur émérite à l'université Paris-Diderot et président du Réseau international de sociologie clinique (RISC). Fabienne Hanique Professeure à l'université Paris-Diderot et chercheure au Laboratoire de changement social et politique.
Gaulejac Vincent de ; Hanique Fabienne ; Roche Pie
La sociologie clinique connaît depuis maintenant deux décennies un développement important, en lien avec la montée toujours plus forte des préoccupations et des demandes sociales sur les dimensions subjectives de la condition humaine. Les sociologues se penchent désormais sur l'individu et son for intérieur pour tenter de trouver le sens de ses conduites. La démarche clinique devient incontournable en complément des méthodes plus classiques mal ajustées pour saisir la dimension existentielle des rapports sociaux. Les recherches les plus récentes en témoignent. Ce premier bilan des enjeux théoriques et méthodologiques de la sociologie clinique arrive donc à point nommé. Il permet de définir les contours d'une orientation à partir de son histoire, de son objet, en précisant ce qui spécifie sa pratique et, in fine, sa visée. S'inscrivant dans l'histoire des sciences sociales, la sociologie clinique nécessite toutefois une recomposition disciplinaire, une interrogation permanente sur les processus de subjectivation et les capacités des chercheurs à comprendre les phénomènes sociaux de l'intérieur en développant une subjectivité réflexive. Les auteurs montrent, dans cet ouvrage, les différentes facettes de la démarche clinique et les façons dont ils concilient les tensions entre distanciation et implication, neutralité et proximité, subjectivation et action, retenue et engagement, empathie et distance réflexive, compréhension et posture critique, position militante et position de chercheur. Se dessine ainsi une identité commune qui définit les caractéristiques de la sociologie clinique contemporaine. . . Vincent de Gaulejac, professeur de sociologie et directeur du Laboratoire de changement social à l'université Paris 7, membre fondateur de l'Institut international de sociologie clinique. Fabienne Hanique, sociologue, maître de conférences à l'Université Paris 7, membre du Laboratoire de changement social. Pierre Roche, sociologue, chercheur au Céreq (Marseille), président du réseau thématique de sociologie clinique de l'Association française de sociologie, membre du Comité de rédaction de la Nouvelle revue de psychosociologie.