David Graeber, anthropologue atypique, à la fois professeur à la London University et l?un des initiateurs d?Occupy Wall Street, a fait une entrée fracassante à la fois sur la scène scientifique et sur la scène politique en montrant comment un des facteurs qui maintiennent les peuples sous le pouvoir des banques est le sentiment moral que toutes les dettes doivent être remboursées. Un sentiment né il y a 5000 ans en même temps que l?État, le marché, les grandes religions? et l?esclavage. La thèse fascine et appelle à la discussion. Notamment sur le point de savoir au nom de quelle conception de la démocratie elle peut être tenue. Sur cette question, dans un texte écrit en 2005 pour La Revue du MAUSS semestrielle et repris dans ce livre, l?érudition et le brio de D. Graeber font encore merveille. Non, montre-t-il, l?Occident est loin d?avoir le monopole de la démocratie, et, contrairement à l?opinion omniprésente, ce n?est sûrement pas la "culture occidentale" qui l?a fait apparaître et prospérer. Si on entend le mot culture au sens anthropologique, il apparaît en effet que la culture occidentale est introuvable (d?où une réfutation savoureuse et convaincante des thèses de Samuel Huntington). Et si on entend par culture la culture des lettrés, alors il n?est pas difficile de se convaincre que ceux-ci, en Occident comme ailleurs, se sont constamment opposés à la démocratie. Celle-ci, en réalité, ne naît et ne vit que dans les marges des systèmes de pouvoir. Où l?on voit toute la force d?une anthropologie anarchiste, revendiquée comme telle, et qui n?avait rien produit d?aussi puissant depuis Pierre Clastres. Reste, cependant, que tout le monde ne peut pas vivre dans les marges et hors pouvoir, et qu?il faut donc se demander ce qu?il peut et doit subsister de l?esprit de la démocratie dans le cadre des sociétés étatiques.
Nombre de pages
122
Date de parution
15/01/2014
Poids
130g
Largeur
120mm
Plus d'informations
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EAN
9782356872968
Titre
La démocratie aux marges
Auteur
Graeber David ; Caillé Alain ; Chanial Philippe
Editeur
BORD DE L EAU
Largeur
120
Poids
130
Date de parution
20140115
Nombre de pages
122,00 €
Disponibilité
Epuisé
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L?« animisme » de certaines sociétés non-modernes est considéré par les anthropologues Eduardo Viveiros de Castro et Philippe Descola comme un antidote à la modernité technoscientifique et à son impact écologique. C'est la thèse du « tournant ontologique ». Mais de quoi s'agit-il exactement et sur quoi se fonde-t-il ? Dans ce texte paru dans une revue de théorie ethnologique, David Graeber répond à une interpellation de Viveiros de Castro sur des questions fondamentales de connaissance de l'altérité radicale. Doit-on respecter le point de vue indigène, quoiqu?il arrive ? Est-ce « colonial » de le discuter ? Quelle est l'attitude des indigènes, d'ailleurs, notamment en ce qui concerne les esprits et pouvoirs supposés magiques ? Avec le style qu'on lui connaît, Graeber montre que la position de Viveiros de Castro correspond en réalité à un refus de connaître et, par là, une incapacité à identifier les effets de pouvoir. Il en conclut que le « tournant ontologique » est plus conservateur que révolutionnaire. Le texte est précédé d'une introduction détaillée de Fabrice Flipo et Guillaume Plin, qui le remettent dans son contexte et en situent les enjeux. Graeber ne discute pas directement des « philosophies du vivant » mais les implications de son analyse sont nombreuses. En particulier, il n'est pas besoin d'être « animiste », il suffit de reconnaître le vivant quand tel est le cas. L'altérité radicale, suivant Graeber, c'est la réalité telle qu'elle se donne, dénuée des effets de pouvoir. Et les indigènes en sont parfaitement conscients.
L'anarchisme, en tant que philosophie politique, est en plein essor. De fondement de l'organisation dans le mouvement altermondialiste qu'ils étaient, les principes anarchistes traditionnels autonomie, association volontaire, autogestion, entraide, démocratie directe en sont venus à jouer ce rôle dans des mouvements radicaux de toutes sortes dans le monde entier. Et pourtant, cela n'a eu presque aucun écho dans le milieu universitaire. Les anarchistes interrogent souvent les anthropologues sur leurs idées quant aux diverses façons d'organiser la société sur des bases plus égalitaires, moins aliénantes. Les anthropologues, terrifiés à l'idée de se voir accusés de romantisme, n'ont pour seule réponse que leur silence. Et s'il en était autrement?
Résumons en quelques mots la vulgate, hyperdominante, à laquelle David Graeber s'en prend dans ce livre avec allégresse : la démocratie est une invention occidentale, due aux Grecs de l'Antiquité, puis ravivée aux XVIIE et XVIIIe siècles en Europe et aux Etats-Unis, qui en sont à la fois le berceau et la terre d'accueil par excellence. Non, ce n'est pas la "culture occidentale" qui a fait apparaître et prospérer la démocratie. Bien plus : si l'on entend le mot "culture" au sens anthropologique, il apparaît que la culture occidentale est introuvable. Et si l'on entend par ce mot la culture des lettrés, alors il n'est pas difficile de vérifier que ces derniers, en Occident comme en Orient, se sont constamment opposés à la démocratie. Celle-ci, défend Graeber, ne naît et ne vit en réalité que dans les marges des systèmes de pouvoir : elle est indissociable de l'anarchie. Une réflexion puissante, qui invite à mettre en question de façon radicale nos systèmes politiques contemporains et leur histoire.
Alors que le progrès technologique a toujours été vu comme l’horizon d’une libération du travail, notre société moderne repose en grande partie sur l’aliénation de la majorité des employés de bureau. Beaucoup sont amenés à dédier leur vie à des tâches inutiles, sans réel intérêt et vides de sens, tout en ayant pleinement conscience de la superficialité de leur contribution à la société. C’est de ce paradoxe qu’est né et s’est répandu, sous la plume de David Graeber, le concept de « bullshit jobs » – ou « jobs à la con », comme on les appelle en français.Dans son style unique, virulent et limpide, l’auteur procède ici, après cinq ans d’enquête, à un examen poussé de ce phénomène. Graeber s’appuie sur les réflexions de grands penseurs, philosophes et scientifiques pour déterminer l’origine de cette anomalie, tant économique que sociale, et en détailler les conséquences individuelles et politiques : la dépression, l’anxiété, les relations de travail sadomasochistes, l’effondrement de l’estime de soi… Graeber en appelle finalement à une révolte du salarié moderne ainsi qu’à une vaste réorganisation des valeurs, qui placerait le travail créatif et aidant au coeur de notre culture et ferait de la technologie un outil de libération plutôt que d’asservissement, assouvissant enfin notre soif de sens et d’épanouissement.
Tout en décrivant une population cachée de femmes insérées qui consomment et revendent des drogues, l'ouvrage aborde la manière dont les usagères-revendeuses jouent avec les critères des profilages policiers pour limiter les risques répressifs, et gèrent leurs usages sans recourir à des structures de prise en charge des addictions.
C'est dans le double sens de la formule "â¯Le corps à l'oeuvreâ¯" que réside l'originalité de l'ouvrage. Il s'agit aussi bien de mettre l'accent sur le fait que c'est le corps de l'écrivain ou de l'artiste qui fait effectivement oeuvre, qui est au travail dans le processus créatif, que de penser la création comme un trajet qui va du corps jusqu'à l'oeuvre réalisée, puis l'oeuvre reçue, lue, vue ou écoutée.
Cet essai examine la discrétion comprise comme vertu sociale essentielle dans une société décente: elle est étudiée non pas en tant que qualité morale individuelle, mais comme un concept social qui permet de penser les phénomènes d'invisibilité sociale choisie, et non seulement subie. La discrétion caractérise les grands esprits, qui construisent leur oeuvre dans l'ombre et le silence. Ils préfèrent la patience du penser à la fébrile agitation de l'opinion médiatique. Et si cette sagesse se transfusait un peu à tous les citoyens...