Extrait Marjorie exultait : trois nouveau-nés ! Elle avait deux articles à écrire mais ils attendraient. Elle surfait d'un site à l'autre. Aucun ne disait dans quel état ni à quel endroit ils avaient été retrouvés. Aucune photo de la mère. Juste la maison et le cordon policier. «Découverte macabre», certes... mais encore ? Elle tapa sur Google : «nouveau-né Berry congélateur» et se retrouva sur le site de néonatalité de l'hôpital intercommunal. Elle réessaya avec «cadavres nouveau-nés jardin». Sans succès. Elle envisagea d'ajouter viol, buanderie, garage, compost, grenier, puits, potager, mais il était déjà 16 h 20. Elle allait être en retard à l'école. Elle prit à la hâte un pain au chocolat pour son fils, industriel et périmé (son fils, de toute façon, ne faisait pas la différence et Marjorie considérait que la malbouffe contribuait à l'épanouissement des enfants) et s'en alla, en courant. Elle adorait les sorties d'école, jauger les mères à l'aune de sa propre beauté, maltraiter aimablement Bertrand, s'entendre traiter de «canaille», se gausser un peu, rire beaucoup, sentir son aura sexuelle se faufiler entre les cartables et les pains au lait... C'était greatissime, trop trip top to be bad. Galvanisée par sa séparation récente, elle faisait de son émancipation un spectacle aux abandons mélancoliques calculés et aux provocations étudiées. Marjorie avait juste ce qu'il fallait de cernes et de désordre dans sa chevelure de tragédienne ondulée pour que l'on puisse, pensant la démasquer, la plaindre un peu et l'admirer un peu plus : sa brutalité, son manque de sentimentalité, son mari abandonné pouvaient passer pour du courage, de la pudeur et de l'authenticité. Sur un malentendu. Elle avait le don de décourager les tentatives d'interprétation. Sa beauté pâle tirait avantage de toute situation : la cuite, l'angoisse, le repentir, l'enthousiasme, l'épuisement, tout lui allait. Elle en profitait, se disant qu'elle aurait tout loisir, plus vieille, de devenir morale, gentille et douce. L'idée de chute ou de déchéance lui venait parfois à l'esprit, mais elle la rejetait comme un risque démodé. Qu'une autre puisse tuer des nouveau-nés la rassurait : elle n'était pas ce monstre cynique et froid que le père de son fils l'accusait d'être. Loin s'en fallait. Il y avait pire... C'était overdownloadce fait divers, elle allait pouvoir faire rire tout le monde avec.
Le collège sera-t-il un jour un lieu de mémoire ? Au même titre que le Panthéon, le Tour de France ou Alésia ? Alésia, surtout. Il se contente pour l'instant d'être un lieu de déboires. Là réside sa beauté tragique, là commence sa force comique. Le collège doit dans un même élan résoudre la cruelle question du toner de la photocopieuse et celle de l'immortalité des dieux grecs. Il doit convaincre les élèves de la grâce d'une pensée libre tout en leur faisant bien comprendre qu'un môme de douze ans ne va quand même pas réfuter le théorème de Pythagore. Cet univers, aussi prosaïque que complexe, est à la fois familier et méconnu. Collèges de France vous invite à une promenade pittoresque en ses murs, à la découverte de ses indestructibles monuments (les estrades, la machine à café), de ses vaillants autochtones (les professeurs, les élèves, les CPE), de ses traditions séculaires (les heures de colle, la cantine), de son charmant folklore (les sigles, le jargon), de ses mythes ancestraux (l'autorité, l'élitisme), de ses guerres impitoyables avec leurs martyrs, leurs héros, leurs félons.
L'enseignement, ce sont des vigilances, un sens du rythme, des pauses, des paris, des obsessions. C'est une forme de ténacité et d'acharnement. C'est un bricolage savant. C'est exactement le contraire des dix compétences de l'enseignant édictées par le Ministère."
Il y a dans Les Mystères de Paris une énergie sauvage: celle d'une cohorte de personnages maléfiques, malfrats hideux comme la Chouette, Tortillard - un anti-Gavroche -, le Maître d'école ou Bras-Rouge, criminels du grand monde comme le comte de Saint-Remy, monstres hypocrites comme le notaire Jacques Ferrand. Eugène Sue n'est pas avare de noirceur. Mais il y a aussi une sauvagerie du Bien, celle de Rodolphe, prince mélancolique venu à Paris à la recherche de sa fille perdue, impitoyable avec les méchants qu'il punit au mépris des lois. On doit à sa cruauté quelques-unes des scènes les plus stupéfiantes du roman: le châtiment du Maître d'école, ou le supplice de luxure imposé à Jacques Ferrand. Cette cruauté contraste avec la pureté morale de Fleur-de-Marie, comme avec la face solaire de Rodolphe, providence de tous les malheureux honnêtes dont il croise le chemin. Le roman exprime dans son ensemble une quête assoiffée de régénération morale de la société, par l'amélioration des mécanismes préventifs et répressifs (c'est le sens de l'engagement de Sue en faveur dans l'encellulement des criminels) ainsi que par l'invention de mécanismes d'incitation au Bien, police ou tribunal de la Vertu, qui doivent récompenser publiquement les actions exemplaires." Judith Lyon-Caen.
À la mort de sa grand-mère, une jeune femme hérite de l?intrigante commode qui a nourri tous ses fantasmes de petite fille. Le temps d?une nuit, elle va ouvrir ses dix tiroirs et dérouler le fil de la vie de Rita, son Abuela, dévoilant les secrets qui ont scellé le destin de quatre générations de femmes indomptables, entre Espagne et France, de la dictature franquiste à nos jours.La commode aux tiroirs de couleurs signe l?entrée en littérature d?Olivia Ruiz, conteuse hors pair, qui entremêle tragédies familiales et tourments de l?Histoire pour nous offrir une fresque romanesque flamboyante sur l?exil.« Un magnifique roman sur l?exil. Un petit bijou. » Le Parisien« Une fresque familiale vibrante. » Version Femina« Un texte délicat, poétique et poignant. » RTL« Racé comme du Almodóvar. Un coup d?éclat et un coup de maître. Une écrivaine démente. » Le Point« Par la grâce d'un livre, les racines refleurissent. » Courrier de l'Ouest« Cette épopée ne s'oublie pas. » Le Figaro« Le partage est la morale de ce récit ardent. » Le Monde des livres« Un émouvant premier roman autour d?une lignée de femmes frondeuses, marquées par le déracinement. » Elle« Un superbe premier roman. » Europe 1« Une réussite. » Causette Notes Biographiques : Olivia Ruiz est auteure, compositrice et interprète. D?origine espagnole, elle a grandi à Marseillette. Trois de ses grands-parents ont fui la guerre civile mais n?en ont jamais parlé. De ce silence est né son premier roman, La commode aux tiroirs de couleurs.