Sur douze millions de kilomètres carrés convenablement pluvieux, soit deux fois la surface de l'Europe, l'Afrique tropicale pratique une agriculture archaïque, et qui nourrit mal ses 300 millions d'habitants. Un scandale sous un climat qui permet aux récoltes de mûrir du 1er janvier au 31 décembre. Les conditions naturelles ne sont pas en cause, l'exemple comparatif de l'Inde péninsulaire le démontre amplement. Les techniques agricoles de cette Afrique tropicale pluvieuse font partie d'une civilisation antique et vénérable dont les encadrements sociaux entravent l'instauration d'une agriculture paysanne plus rémunératrice. Dans cet ouvrage, qui est aussi un essai de géographie humaine, Pierre Gourou propose une véritable révolution paysanne, dont la mise en route appartient à des novateurs africains. Elle exige en effet, au préalable, un certain nombre de réformes de l'organisation sociale que l'auteur analyse avec précision. L'Europe est-elle prête à aider l'Afrique à développer sa révolution verte ? Depuis 1923, Pierre Gourou a consacré toute son activité à la recherche géographique. Il a orienté ses études vers le monde tropical pluvieux ; un long séjour au Vietnam, de 1926 à 1935, lui a donné la possibilité de prendre un contact direct et approfondi avec un pays tropical pénétré de culture chinoise. Les Paysans du delta tonkinois, étude de géographie humaine (thèse de doctorat soutenue en 1936) lui furent une base de départ pour une vie de recherche toute consacrée au monde tropical. Des séjours dans l'Inde, au Brésil, en Afrique tropicale lui ont permis de mettre en valeur le rôle prédominant des civilisations dans la création des paysages tropicaux. Pierre Gourou, qui a enseigné dans les universités de Montpellier, de Bordeaux et de Bruxelles, a été titulaire d'une chaire de géographie tropicale au Collège de France de 1947 à 1970. Son enseignement ainsi que ses principales publication - sur les paysans du Delta tonkinois, sur l'Indochine, sur la géographie humaine, sur la terre et l'homme en Extrême-Orient, sur les pays tropicaux, sur l'Asie, l'Afrique et l'Amérique, qui ont toutes connu de nombreuses traductions dans le monde entier, l'ont consacré comme un des plus grands géographes français du XXe siècle.
Date de parution
08/01/1992
Poids
320g
Largeur
153mm
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EAN
9782080665898
Titre
L'Afrique tropicale. Nain ou géant agricole ?
Auteur
Gourou Pierre
Editeur
FLAMMARION
Largeur
153
Poids
320
Date de parution
19920108
Nombre de pages
0,00 €
Disponibilité
Epuisé
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Manger se dit " manger le riz " en vietnamien, japonais, santali, laotien ou siamois. Plus de quinze cents millions d'hommes doivent au riz leur pitance quotidienne. Du Haut-Laos à Madagascar, de la Basse Casamance à la Chine ou au Japon, la riziculture inondée impose, à l'encontre des autres agricultures céréalières, des paysages visiblement voulus par l'homme. D'aucuns ont parlé de " civilisation du riz ", attribuant au riz et aux contraintes de l'irrigation l'efflorescence de l'esprit d'association, du respect des obligations communes, et, - pourquoi pas -, de pouvoirs centralisateurs aptes à encadrer des multitudes sur de vastes étendues. Mais, rappelle Pierre Gourou avec l'érudition qui est la sienne, de hautes civilisations asiatiques sont nées hors des rizicultures et des peuples aux encadrements sans ambition impériale ont su cultiver de bonnes rizières. La riziculture inondée est une des techniques qui forment une civilisation - elle n'est pas à soi seule une civilisation. Pierre Gourou révèle combien cette technique identique se conjugue selon les civilisations sur le mode de la diversité : diversité des densités humaines, modifications des pratiques culturales, foisonnements des croyances, des rites et des interdits. De ce merveilleux voyage pour l'essentiel dans l'Asie des moussons auquel nous convie la plume belle et sûre de Pierre Gourou, le lecteur revient ébloui par l'extraordinaire richesse des civilisations rizicoles. Mais il est également ramené à plus de modestie : animé du même souci que Pierre Gourou, - qui sait le lui faire partager -, de voir et de comprendre les paysages à partir des techniques de production et d'encadrement des peuples qui les firent, le lecteur découvre que le monde n'est pas un système dont il peut prétendre avoir la clé, mais un foisonnement de questions toujours renouvelées.
Qu'est-ce que la nostalgie sinon une mélancolie humaine rendue possible par la conscience de quelque chose d'autre, d'un ailleurs, d'un contraste entre passé et présent ? Et cette nostalgie n'est-elle pas aussi provoquée essentiellement par l'irréversibilité du temps ? Car on ne saurait remonter le cours du temps, tel est l'obstacle insurmontable qu'il oppose à nos entreprises. C'est notre impuissance devant cette impossibilité qui fait toute l'amertume de la nostalgie et l'absurdité des chimères du rajeunissement. La nostalgie n'est pas le mal du retour : on peut toujours revenir à son point de départ, à son lieu natal (l'espace se prête docilement à toutes nos allées et venues) mais il est impossible de redevenir celui qu'on était au moment du départ. Mais si le temps s'oppose irréductiblement à la rétrogradation il ouvre devant nous une carrière infinie à la liberté. L'homme peut s'ouvrir à l'idée du futur et confirmer ce que le temps affirme. Se servant d'exemples tirés de la vie quotidienne aussi bien que d'oeuvres poétiques, philosophiques ou musicales, Vladimir Jankélévitch démontre en fin de compte que l'irréversible n'admet qu'un seul remède : le consentement joyeux de l'homme à l'avenir, au futur.