Du XIXe siècle à nos jours, une presse écrite a scandé, à travers toutes les nuances de la gauche radicale, l'actualité et le combat politiques, s'érigeant en porte-parole, en agitatrice, en organisatrice et parfois même en raison d'être de multiples groupes ou organisations. Ces journaux ont construit les cultures spécifiques des mondes communiste, anarchiste, trotskiste, anarcho-syndicaliste et autres. Ils ont contribué à façonner les militants, les ont mobilisés, éduqués, ont quelquefois agité l'opinion, mais sont souvent demeurés à tout jamais confidentiels et sans continuité. Aujourd'hui que les techniques et l'évolution sociologique modifient les formes et les structures militantes, il est utile et urgent de s'intéresser, au delà de l'histoire politique, et pour pallier l'inexistence d'archives de cette "petite presse" et la disparition de ses acteurs, au fonctionnement de celle-ci. Cet ensemble d'études, belges et internationales, ciblent deux directions principales: la fabrication, le financement, la diffusion, le public, d'une part; les rapports internes entre direction et rédaction, entre rédaction et pouvoir tutélaire, politique et financier d'autre part. Les auteurs tentent de déterminer, si au cœur même de l'âge d'or du militantisme, des procédures spécifiques révélaient les faiblesses structurelles ou les travers consubstantiels des organisations radicales vis-à-vis de leur presse, annonciatrices de leur inévitable déclin et/ou disparition. L'ouvrage permet de s'interroger et peut-être de contourner les mêmes dangers qui pèseraient sur le renouveau de l'expression radicale à travers l'Internet. Ces études constituent donc une halte sur un passé foisonnant et très mal connu et se veulent contribution aux interrogations sur l'avenir.
Résumé : Esprit frondeur, menant avec passion une vie marquée tambour battant par l'engagement social et politique, l'historienne Anne Morelli porte haut et fort, depuis plusieurs décennies, l'humanisme, la justice sociale, l'antiracisme, le féminisme ou le libre-examen. Indépendante d'esprit, partisane de la liberté d'expression à tout prix, Anne Morelli, en pédagogue exemplaire avant tout, s'est évertuée à démonter les conformismes, les stéréotypes, les idées reçues, et à faire primer le doute, l'indépendance du jugement et l'esprit critique sur les certitudes trop vite établies, les conventions et les mythes historiques ou politiques. Dotée d'une énergie débordante et d'une foi inébranlable dans le progrès, elle a formé des cohortes d'étudiants, conjuguant ainsi une intense activité académique et un engagement intellectuel marqué dans la cité et sur le terrain aux côtés des plus démunis et des plus discriminés. Enfin, les proscrits et les subversifs ont toujours éveillé en elle une empathie particulière. Ses amis, collègues, compagnons de route et disciples en témoignent ici.
Née à Wady-Roskow, en Bessarabie alors russe, Fanny Beznos fuit les pogroms avec sa famille, et arrive en France à l'âge de 6 ans. Sa vie en France sera celle des rencontres : avec André Breton, avec le communisme, mais aussi celles des premières confrontations avec la violence d'Etat. Son activité politique lui vaudra d'être expulsée de France. Commence alors pour Fanny Beznos une période de clandestinité. jusqu'en 1929, date de son mariage avec Fernand Jacquemotte, citoyen belge (neveu de Joseph Jacquemotte, fondateur du Parti communiste belge). Elle devient dirigeante des Jeunesses communistes belges, gère la librairie du Parti, anime le Comité mondial des femmes contre la guerre et le fascisme, et travaille à l'accueil des enfants réfugiés d'Espagne. Le 10 mai 1940, elle est arrêtée avec son mari. Fanny sera déportée au camp de Gurs. Libérée, elle entre en clandestinité. Le 10 octobre 1941, elle est à nouveau arrêtée. En 1940, chose incompréhensible, Fanny Beznos se fit inscrire au registre des Juifs. Arrêtée comme communiste belge, elle est déportée à Ravensbrück, puis à Auschwitz. Les nazis assassinèrent une femme de lettres, une communiste, une résistante, une juive. Dans une Europe en devenir de désolation, Fanny Beznos épousa la culture et l'idéologie de ce qui fut sa nouvelle patrie : le communisme.
Il était une fois un avocat belge, engagé, résistant, déporté à Breendonk puis à Buchenwald. Sous des allures de père tranquille, Jean Fonteyne s'est mis au service du Komintern et est devenu, durant la guerre, le principal lieutenant d'Eugène Fried, l'énigmatique chef de l'Internationale communiste pour l'Europe occidentale. Derrière la grande histoire, se cache aussi la "petite". Comment un homme, d'origine libérale, est-il venu au communisme, prenant tous les risques personnels ? Comment de tels choix se forgent-ils ? Pourquoi, ensuite, Jean Fonteyne a-t-il été exclu du PC ? Hors du parti, point de salut ? Et des questions de fond sont posées, toujours actuelles. Humanisme et révolution sont-ils compatibles ? La vie a-t-elle un sens sans fraternité et solidarité ? Les utopies ne sont-elles pas aussi nécessaires que l'eau et le pain? Une chose est sûre: aujourd'hui, plus que jamais, en ces temps de replis individualistes mais aussi de sursauts "indignés", on a tous soif d'idéal !
Davis Angela Yvonne ; Gunes Cihan ; Paquette Julie
Résumé : Lors d'un entretien récent avec de jeunes lycéens qui ouvre ce recueil, Angela Davis reprend cette phrase électrisante de Mariame Kaba : "L'espoir est une discipline". En effet, Angela Davis n'a eu de cesse d'etre confrontée aux différentes formes d'oppressions qui façonnent nos sociétés et pourtant de continuer le combat avec optimisme. Elle souligne avec l'engagement qu'on lui connaît les contradictions d'une société néolibérale qui exalte la liberté tout en renforçant l'oppression contre les immigrés, les femmes et la classe ouvrière. L'autrice démontre qu'il est fondamental de lier toutes les luttes concernant les différentes catégories de la population opprimée, jusqu'aux luttes pour la protection de la planète. Par la ligne politique qu'elle impulse dans ces textes, par son engagement quotidien, Angela Davis nous aide à élargir le domaine de nos combats.
Résumé : Nico Hirtt, auteur de Tableau Noir et des Nouveaux maîtres de l'école nous revient avec son nouveau livre. L'école : Elle était pourtant venue à nous, porteuse de tant de promesses ! Elle allait assurer l'émancipation des individus, le développement de leur personnalité et de leur pensée critique ; elle devait permettre le fonctionnement d'une société démocratique, pacifiste, civilisée et multiculturelle ; elle ouvrirait aux enfants de toutes extractions les portes des Sciences et des Arts ; elle formerait les créateurs dont se nourrit la Culture, les décideurs qu'exigent les plus hautes fonctions publiques et privées, les travailleurs hautement qualifiés que devaient réclamer en nombres croissants l'industrie et les services modernes ; elle serait garante de l'égalité des chances sur le plan social et professionnel, de l'égalité des droits devant la Justice et l'Etat... Hélas ! Après quelque cent ans d'instruction obligatoire , force est de constater que l'Ecole - avec majuscule, pour désigner l'institution d'Etat et non l'un de ses établissements particuliers - n'a pas seulement failli à tenir ses engagements de jeunesse, mais qu'elle ne semble même plus capable de tendre, fut-ce timidement, vers la réalisation de ces généreux objectifs. La Culture, les Arts, la Science, disiez-vous ? Voilà belle lurette que ces vieilleries ont été remplacées par le seul critère de la compétence, c'est-à-dire de l'utilité pratique sur le marché du travail. Une société démocratique et une pensée critique ? Comment voulez-vous que les élèves aient appris à en être les acteurs alors que, pendant les 18 premières années de leur existence, ils ne leur aura jamais permis de participer à l'organisation de leur vie scolaire ; et vous voudriez leur faire gouverner le monde ? Préparer aux plus hautes fonctions ? Allons donc ! Aujourd'hui on devient ministre de l'environnement en ignorant ce qu'est l'énergie ; on dirige une entreprise en ne sachant pas écrire une phrase correcte. Former des travailleurs qualifiés ? Certes, mais la plupart d'entre eux occuperont des emplois précaires qui ne réclament guère de qualification. Quant à l'égalité des chances, n'en parlons pas... Ou plutôt, parlons-en !
Le temps viendra-t-il où le Congo surmontera la malédiction de ses richesses? La dictature de Mobutu avait été un frein à l'exploitation du cobalt, de l'or, du diamant: pour les prédateurs, il était urgent d'ouvrir les immenses réserves congolaises aux prospecteurs et aux aventuriers. Dans le même temps, les pays voisins - Rwanda, Ouganda, Zimbabwe - rêvaient de bâtir leur développement sur les ressources puisées chez leur voisin. Mais Laurent-Désiré Kabila, le tombeur de Mobutu, qui aurait dû être le fondé de pouvoir de ce vaste projet régional, ne tarda pas à renier ses promesses. Telle fut la raison profonde de l'éclatement du conflit. Depuis l'assassinat de Kabila, en janvier 2001, l'équation a changé: au nom de l'ouverture, le pays s'est soumis aux institutions financières internationales, les promesses d'assistance se sont multipliées, les prédateurs ont subi de fortes pressions. Car, après le 11 septembre, il importe que l'ordre règne dans les banlieues du monde, et les grandes puissances - Etats-Unis, France, Grande-Bretagne - s'y emploient. Mais si les rôles ont été redistribués, si de nouveaux acteurs sont apparus, les ambitions demeurent, et les intérêts des populations continuent de passer au second plan. Les accords de paix de Sun City ont ouvert la voie aux élections démocratiques, que le peuple congolais attendait depuis si longtemps. Mais c'est une autre histoire qui s'est posée et que nous décode ici Colette Braeckman, jusqu'aux derniers rebondissements de janvier 2009. Biographie de l'auteur Braeckman est journaliste, membre de la rédaction du journal belge francophone "Le Soir", chargée de l'actualité africaine Elle est également chroniqueuse dans des revues et magazines, dont "Le Monde Diplomatique".