Gabriel Loré, le héros de ce livre est mon père. Je vais raconter sa vie comme un roman car c'en est un, plein d'aventures. Comment raconter Gabriel ? Pendant vingt-quatre ans, j'ai vécu comme si je n'avais pas de père. Je me demande souvent comment j'ai pu accepter si longtemps de ne rien savoir sur lui, me contenter de l'image caricaturale d'un aventurier colonial vivant en Afrique, à milles lieues de ce qui m'était cher. A la fin du siècle dernier, il quitte Nîmes et débarque au Maroc. L'époque veut des bâtisseurs d'empires. Mon père sera toujours un nomade et le contraire d'un conquérant : quand Lyautey impose le Protectorat, Gabriel se retire dans la maison de Dar Baroud sur une terre qu'il n'a jamais voulu posséder. Combien de témoins ai-je dû retrouver pour le connaître et le reconnaître, reconstituer cet itinéraire à embardées incessantes : son frère le caïd Mahieddine, Riby Azuelos, négociant et banquier tangérois, et les trois femmes qui l'ont aimé puis l'ont perdu ? Dorothy préférait lutter contre l'esclavage, Sarah-Louise devait grandir un peu, et ma mère l'élever vaille que vaille en Espagne et me permettre d'accomplir à Paris ma vocation : je suis danseur. Ainsi, en avançant sur la route de Gabriel, je n'ai cessé de découvrir qu'elle était aussi loin que possible de la mienne. Alors au-delà de notre ressemblance physique - nous sommes blonds tous les deux -, qu'est-ce qui nous rend donc si proches ? Je sais maintenant que nous aimons les mêmes peaux et les mêmes ondes, que nous sommes pris des mêmes désirs et des mêmes tourments. Je sais qu'il aurait aimé Sarah-Louise comme je l'ai aimée, aussi fort. A notre façon à nous.
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Nombre de pages
348
Date de parution
04/05/1993
Poids
420g
Largeur
145mm
Plus d'informations
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EAN
9782020131803
Titre
Dar Baroud
ISBN
2020131803
Auteur
Gardel Louis
Editeur
SEUIL
Largeur
145
Poids
420
Date de parution
19930504
Nombre de pages
348,00 €
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François est romancier. Il deviendra scénariste à la suite de circonstances qui lui paraîtront relever du hasard. Il n?est pas quelqu?un qui dirige sa vie. Il s?arrange avec ce qui se présente. Ce sont les milieux littéraires et ceux du cinéma qui servent de cadre au roman. La jeune fille de province dont François tombe amoureux travaille aujourd?hui à Paris, dans l?édition. Pour vivre avec François, elle interrompt brutalement une liaison avec un vieil écrivain que cet abandon rend à peu près fou. Mais François ignorera toujours chantages et menaces. Une partie du roman se déroule aussi en Algérie, où François est né. Sa mère s?y était installée après l?indépendance, par conviction idéologique, pour se mettre au service de ce peuple neuf. Elle est revenue en France en 1974, quand son petit garçon avait cinq ans.François n?a jamais su qui était son père. Sa mère ne le lui a jamais révélé. C?était une femme qui ne parlait pas. De ce secret François a pris son parti. Il a un grand appétit de bonheur. Ses tourments, il les met dans les histoires qu?il écrit. Ce ne sont pas des transpositions de la vie réelle, plutôt une quête de ce qui est peut-être arrivé ou qui aurait pu arriver, une sorte de monde parallèle. Dans le quotidien des jours François ne calcule rien. Il se laisse porter par ses désirs et par la chance: la vie n?est pas sérieuse. Ce qui est sérieux, c?est ce qu?il invente.
C'est fini. L'Algérie, c'est fini." Telle est la certitude qui s'empare du narrateur. Nous sommes en 1955, il a 15 ans. Issu d'une vieille famille coloniale, il vit avec sa grand-mère, Zoé, qui l'a élevé seule. Élève au lycée français d'Alger, il fréquente la jeunesse dorée, mais aussi les notables. Rien ne semble devoir troubler cette adolescence heureuse et protégée, mais petit à petit, l'ombre des "événements" met du sable dans les rouages de sa vie quotidienne. En réalité, c'est à la disparition progressive d'un monde, le sien, dont le narrateur est témoin tour à tour incouciant et inquiet. Du même auteur : Fort-Saganne.
Nous avons rencontré Hervé à la brasserie Wepler, place Clichy. Nous étions assis côte à côte sur la banquette, Marie et moi, et nous l'avons aperçu dans les miroirs : un loubard costaud qui dévorait des huîtres. Il a vu que nous le regardions à travers les glaces. Nous nous sommes envoyés des sourires réfléchis. Il faudra conserver ce jeu de glaces qui découpaient nos personnages comme des puzzles. Il est venu à notre table. Il nous a offert de l'alcool de poire. Pendant une demi-heure nous nous sommes beaucoup aimés à trois, l'alcool aidant. Puis Hervé a changé de ton. Il avait fait des attaques à main armée. Il était à bout (il disait "à boute"). "Vous êtes mes amis, mes seuls amis, accompagnez-moi chez les flics, je vais me rendre". Marie et moi avons eu le même réflexe : on ne laisse pas quelqu'un d'aussi attachant se perdre en prison. Nous l'avons emmené à la maison. C'est ainsi que ça a commencé. Je suppose que Marie, dès cette première scène, avait pressenti la partie dans laquelle notre trio était lancé.
Dans l'âpre désert du Sahara, bien loin des ennuyeuses casernes de la métropole, se tisse le destin du lieutenant Charles Saganne, petit-fils de paysans ariégeois assoiffé d'aventures. Sa bravoure au combat, son caractère insoumis et sa liaison scandaleuse avec la jeune et belle Madeleine de Sainte-Ilette feront bientôt de lui un formidable héros.
L'an dernier nous avons rencontré une de mes amies, Berthe. Ma fille, Mathilde, qui avait alors treize ans, connaissait Berthe, n'ignorait pas qu'elle avait été à Auschwitz. Pourtant, cet été-là, elle eut un choc en voyant son numéro sur son avant-bras gauche, tatoué d'une encre bleue un peu délavée. Ce qui m'a frappée, quand j'ai tenté de répondre à Mathilde pour lui expliquer ce qu'était Auschwitz, c'est que ses questions étaient les mêmes que celles que je me posais moi-même indéfiniment, ou qui traversent depuis plus d'un demi-siècle la réflexion des historiens et des philosophes et auxquelles il est si difficile de répondre. Car s'il m'est facile comme historienne d'expliquer comment s'est déroulé le génocide des Juifs, il reste un noyau proprement incompréhensible : pourquoi les nazis ont-ils voulu supprimer les Juifs de la planète ?
Américaine, professeur de littérature, Francine Prose est l'auteur des best-sellers Un homme Changé (Métailié, 2008), et Blue Angel (Point, 2008), finaliste du National Book Award. Traduit de l'américain par Cécile Nelson.
Que se passe-t-il quand la parole officielle s'affranchit du réel ? Quand les discours du pouvoir ne visent plus à décrire, mais à travestir ? Quand la communication de l'Etat ne cherche plus à éclairer, mais à obscurcir ? Ce sont tous les fondements de la démocratie qui vacillent. Lorsque les gouvernants se libèrent de la contrainte de devoir dire ce qu'ils font, ce qui était indicible devient soudain possible. Ce livre démontre combien, loin d'avoir protégé la République française contre le déferlement mondial de la post-vérité, la présidence d'Emmanuel Macron l'y a au contraire plongé. Il révèle qu'il est possible de corrompre l'idéal démocratique sans attenter aux institutions. La subversion du langage, par les mensonges et la déloyauté, suffit à nous projeter dans un exercice dévoyé de l'autorité, toujours plus éloigné de la promesse d'un gouvernement par et pour le peuple. Pour ne pas rester démuni face à un mal, il faut commencer par savoir le nommer d'un mot : nous avons basculé en logocratie .
Chaque année, l?Insee chiffre le nombre de pauvres en France (8,2 millions en 2011) sans jamais proposer toutefois de lecture sur l?organisation politique qui génère cette pauvreté. Les pauvres surgissent ainsi sur la scène sociale comme une masse importante que l?on va aider ou punir, selon les mérites ou les défauts de chacun, mais rarement comme le symptôme d?une défaite sociale. Tandis que la fraction la plus riche de la population ne cesse de s?enrichir, la pauvreté n?est plus un phénomène qui relève d?une responsabilité collective. C?est pourquoi Catherine Herszberg est allée demander à des inconnus non pauvres, selon le critère européen, pourquoi les pauvres sont pauvres. Cette démarche s?inscrit dans la continuité de celle qui l?a déjà poussée à observer le sort réservé aux fous emprisonnés (Fresnes, une histoire de fou, 2007). A nouveau, il est question d?hommes mis à l?écart de la société, qu?on est soulagé de ne plus voir, leur vie n?intéressant à peu près personne. Cette enquête pointe ainsi comment le phénomène de la pauvreté s?est détaché du politique, et de notions comme la justice ou l?égalité, pour relever au mieux d?un discours compassionnel, voire charitable. Ce divorce conduit à l?acceptation de ce fait social comme une fatalité, voire une nécessité. Acceptation renforcée par la certitude que le capitalisme mondialisé produit un surplus d?êtres humains "inutiles", surplus appelé à croître dans les années à venir. "Dès lors, la seule question qui se pose est celle-ci: qu?est-ce qu?on va bien pouvoir faire de ces hommes en trop?"