Ce livre met en lumière une exception surprenante parmi les "travailleurs sous contrat", embarqués d'Afrique et demeurés dans l'île. Une composante généralement peu discernable : au fil des générations, un même processus de déculturationcréolisation a rapproché les descendants des "contractuels" des descendants des anciens esclaves. Les fondateurs de la grande famille Massembo, établie dans un recoin escarpé de Basse Terre, sont arrivés en ces lieux vers 1860. La plupart de leurs descendants y habitent encore, et c'est là qu'ils célèbrent chaque année, au soir du ter novembre, un rituel extraordinaire, le "grapp a kongo". On trouvera dans ces pages une reconstitution saisissante, quasi cinématographique, de cette cérémonie à grand spectacle. Mais on y trouvera aussi de quoi nourrir la réflexion. En portant une attention empathique aux gestes et aux paroles, en analysant des histoires de vie, en transitant des nostalgies aux espérances, l'auteur donne à comprendre ce qui a poussé les Massembo à perpétuer, contre vents et marées, un tel culte des morts. Car il s'agit bien là d'une célébration, étrangement décalée, des grands ancêtres congolais. Situé au confluent de l'Histoire, de l'Ethnologie, de la Sociologie et de la Linguistique, cet ouvrage propose une approche compréhensive d'un "lieu de mémoire" crucial pour qui s'intéresse au monde caraïbe. On y rencontrera aussi des aperçus inattendus sur le rôle des femmes dans le maintien de l'identité culturelle et dans la résistance à la folklorisation.
Nombre de pages
166
Date de parution
06/12/2011
Poids
270g
Largeur
155mm
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EAN
9782296562844
Titre
Kongos de la Guadeloupe. Rites d'une identité préservée
Les Aventuriers, ces Congolais venus essentiellement du quartier Bacongo de Brazzaville. "Vous les avez certainement rencontrés, vers Beaubourg, ou vers la place de la République, mais vous n'y avez remarqué que les rastas aux bonnets verts, jaunes, rouges. Car comment se souvenir de ces jeunes gentlemen de couleur, d'une élégance si fabuleuse qu'elle en est invisible quand ils "sapent" vraiment ? ", écrit Jean Rouch en préface. Ce sont des marginaux de l'émigration africaine en France : pas trace chez eux de la recherche d'un horizon économiquement prometteur jusque dans les emplois les moins qualifiés, mais un réel voyage initiatique, des comportements ritualisés, la quête patiente de la gamme de vêtements de luxe qui permet la consécration du retour au pays avec le statut de Parisien. Ils sont une centaine, pas plus, et c'est leur aventure singulière que nous raconte Justin-Daniel Gandoulou dont l'étude remet en question bien des idées reçues.
On le sait depuis Baudelaire le dandy, héros emblématique de la modernité, brûle d'une passion contradictoire ; Narcisse obnubilé par la perfection de son personnage il lui faut le regard d'autrui pour rester admirable à ses propres yeux. Pour le Sapeur congolais, vivre c'est éblouir, en s'imposant l'adhésion mimétique de l'autre ; c'est aussi être ébloui, éprouver jusqu'au vertige le désir de s'identifier à l'autre.
On pourrait dire qu'il se développe, depuis les années 1960 et singulièrement ces dernières années, un véritable mythe au sujet de la littérature de langue française produite par des Africains. Celle-ci serait " africaine ", c'est-à-dire qu'elle n'aurait rien à voir avec la littérature française, et pour l'expliquer il faudrait forcément recourir à la tradition orale africaine. Cette idée nous paraît désastreuse au plan pédagogique puisqu'elle conduit à donner aux élèves et aux étudiants une vue étriquée et tronquée de la réalité et de l'histoire de la littérature africaine de langue française. On pourrait affirmer au contraire que la littérature de langue française ayant pour thème l'Afrique et ses hommes, si elle est africaine, l'est autant sous la plume des écrivains blancs que sous celle des écrivains noirs. Mais, cette étude de langue et de style paraît démontrer amplement qu'il ne s'agirait, ni plus ni moins que de littérature française. L'ouvrage tente de redéfinir la littérature francophone négro-africaine sur des critères autres que ceux de l'idéologie et de la race. La grammaire, l'étude attentive du lexique et de la syntaxe, permettent de poser un regard plus objectif sur la partie de la littérature française qui concerne l'Afrique.