Croisant race, classe et genre, le concept critique d'intersectionnalité s'est affirmé aux Etats-Unis dans les disciplines juridiques à la fin des années 1980. Forgé par la juriste Kimberlé W. Crenshaw, il avait pour ambition de montrer que les catégories juridiques empêchaient la prise en compte de l'expérience des femmes noires, situées à l'intersection de plusieurs rapports de pouvoir dans le traitement des violences faites aux femmes. Dans quelle mesure ce concept peut-il être un outil pour les historiens ? Que signifie produire une histoire attentive à cette articulation des dominations ? Ce numéro a pour objectif de répondre à ces questions en explorant des espaces et des contextes historiques très différents, allant des colonies françaises à la métropole en passant par les Etats-Unis, le Pérou ou l'Allemagne. Des historiographies croisant des perspectives micro ou macro sont mobilisées ici pour décrire les reconfigurations des rapports sociaux qui forgent des expériences différenciées. Enfin, l'usage du concept d'intersectionnalité permet de s'interroger non seulement sur la position située des protagonistes mais aussi, par extension, sur celle des institutions. L'enjeu est d'analyser l'imbrication des dominations pour en saisir les effets sur le quotidien des individus et les pratiques sociales des uns et des autres dans leur contexte spécifique.
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Nombre de pages
225
Date de parution
11/08/2020
Poids
362g
Largeur
170mm
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EAN
9782724636659
Titre
20&21 N°146, avril-juin 2020 : A l'intersection des dominations
Résumé : Alors que depuis la fin des années 1990, le monde ouvrier revient sur le devant de la scène avec des luttes de plus en plus dures (occupations, séquestrations, grèves de la faim, menaces de faire " sauter l'usine ", etc.), le rôle joué par les femmes a été passé sous silence. À la différence des hommes, elles ont souvent effectué leur carrière entière dans la même usine et subissent de plein fouet l'épreuve des restructurations ou de la liquidation pure et simple. Qui sont ces femmes décidées à " en découdre " ? Ayant commencé à travailler après 1968, elles n'ont plus grand-chose de commun avec leurs mères : elles ne sont ni fatalistes ni résignées. Grâce à leurs combats, de nouvelles lois ont révolutionné le travail et, plus largement, la société. Elles ont obtenu d'être reconnues comme des salariée s à part entière, et non pas comme des subalternes devant se contenter d'un salaire d'appoint. Elles ont mis en cause le pouvoir des petits chefs disposant d'un quasi-droit de cuissage. Elles ont donné sa dignité au travail en usine jusqu'alors considéré comme dégradant pour une femme. Elles ont changé le fonctionnement syndical en refusant de tout déléguer aux hommes. Les syndicats ont été obligés de prendre en charge des questions comme la contraception, l'avortement ou le partage des tâches familiales. Fanny Gallot s'est appuyée, entre autres, sur les témoignages précis des femmes engagées dans cette lente et profonde révolution. Elle raconte leurs histoires surprenantes et émouvantes, comme celles des ouvrières de Chantelle et Moulinex dont les luttes ont marqué l'actualité.
Dans toutes les mobilisations sociales de la période récente, l?implication des femmes est forte et, pourtant, à chaque fois, elle surprend. Leur présence est interprétée comme le signe d?une contestation exceptionnelle. En réalité, ce qui mérite l?étonnement, c?est qu?on oublie leur participation. Car les femmes ont toujours pris la parole et la rue, avec des modalités d?action singulières.De la figure de la « ménagère » des Trente Glorieuses, à celle des « Rosies » dans les récentes manifestations contre la réforme des retraites, Fanny Gallot revisite le passé des luttes sociales depuis 1945. Elle montre comment les modalités d?action et les revendications ont pu évoluer au fil des décennies, sous l?influence des mouvements féministes et de l?écho qu?ils ont rencontré auprès des organisations syndicales.La question du « travail reproductif » est au c?ur de ces luttes. Que l?on dénonce sa « déqualification » lorsqu?il est exercé dans le domaine professionnel ou son « invisibilisation » quand il désigne les tâches domestiques accomplies quotidiennement, il est au centre des débats, des revendications et des actions. En tenir compte, tenter d?en discerner les contours est un puissant levier d?action pour les luttes passées, présentes et à venir.Fanny Gallot est historienne, spécialiste des mouvements sociaux, du syndicalisme et des féminismes, membre du Centre de recherche en histoire européenne comparée (CRHEC). Elle a notamment publié En découdre. Comment les ouvrières ont révolutionné le travail et la société (La Découverte, 2015).
Au travers d'approches variées, ce numéro tente de cerner les effets des mobilisations contre ce que ses opposantes ont appelé la 'théorie du genre', dans le champ scolaire en 2013-2014, et montre comment elles ont fortement marqué le discours sur l'école et de l'école dans l'espace public, bien au-delà des seules questions de genre en éducation, en lien avec la démocratisation scolaire.
L'entrée du numérique dans nos sociétés est souvent comparée aux grandes ruptures technologiques des révolutions industrielles. En réalité, c'est avec l'invention de l'imprimerie que la comparaison s'impose, car la révolution digitale est avant tout d'ordre cognitif. Elle est venue insérer des connaissances et des informations dans tous les aspects de nos vies. Jusqu'aux machines, qu'elle est en train de rendre intelligentes. Si nous fabriquons le numérique, il nous fabrique aussi. Voilà pourquoi il est indispensable que nous nous forgions une culture numérique.
Laruelle Marlène ; Pranchère Jean-Yves ; Miranda A
Néoréaction, régression démocratique, illibéralisme, autoritarisme, populisme, néofascisme, cyberlibertarianisme, antimodernisme : cet écheveau de concepts rendant compte de certaines des évolutions profondes de nos sociétés et de nos systèmes politiques contemporains a de quoi désorienter. Régulièrement, pourtant, l'actualité invite à les utiliser pour désigner des discours, des pratiques institutionnelles, des projets politiques ou des idéologies, qu'il s'agisse, de façon neutre, de les décrire ou, de façon plus engagée, de s'en inquiéter et de les dénoncer. C'est là tout l'intérêt intellectuel et l'utilité civique de ce volume : clarifier ces concepts tout en mettant en lumière les liens entre deux ensembles de phénomènes qui méritent d'être appréhendés de concert. Ainsi s'impose aujourd'hui la nécessité de scruter en détail les fondements intellectuels des tendances autoritaires, afin de mieux en comprendre les manifestations politiques et institutionnelles.
Atlas, dans la mythologie, représente un géant capable de tenir la Terre sur ses épaules sans en être écrasé. Mais quand Gérard Mercator publie en 1538 ce qu'il décide d'appeler un Atlas, le rapport des forces s'est complètement inversé : un "Atlas" est un ensemble de planches, imprimées sur du papier, quelque chose que l'on feuillette et que le cartographe tient dans sa main ; ce n'est plus la Terre que l'on a sur le dos et qui nous écrase, mais la Terre que l'on domine, que l'on possède et que l'on maîtrise totalement. Près de cinq siècles après, voilà que la situation s'inverse à nouveau : paraît un "Atlas" qui permet aux lecteurs de comprendre pourquoi il est tout à fait vain de prétendre dominer, maîtriser, posséder la Terre, et que le seul résultat de cette idée folle, c'est de risquer de se trouver écrasé par Celle que personne ne peut porter sur ses épaules". Bruno Latour Changement climatique, érosion de la biodiversité, évolution démographique, urbanisation, pollution atmosphérique, détérioration des sols, catastrophes naturelles, accidents industriels, crises sanitaires, mobilisations sociales, sommets internationaux, transition climatique... Voici le premier atlas réunissant l'ensemble des données sur les transformations écologiques de notre temps.
Deuxième puissance mondiale depuis 2010, la Chine ne veut pas seulement détrôner les Etats-Unis, mais aussi bouleverser l'ordre international établi depuis 1945. A-t-elle les moyens de cette ambition ? Oui si l'on en juge par l'ampleur des outils économiques, diplomatiques, militaires et idéologiques qu'elle déploie et que symbolisent les "nouvelles routes de la soie" ; oui si l'on observe l'évolution de sa politique étrangère et de sécurité, surtout depuis l'arrivée au pouvoir de Xi Jinping en 2012 ; oui si l'on décrypte ses relations avec ses partenaires et voisins, comme le fait cet ouvrage, à l'aide de sources de première main. Derrière cette force se cachent des fragilités. Dépendante de l'extérieur, la Chine connaît un ralentissement économique et un vieillissement sans précédent de sa population. La persistance d'un régime autoritaire, nationaliste, antioccidental et de plus en plus arrogant confère un caractère inachevé à son intégration internationale et accroît les sources de conflit, en particulier avec les Etats-Unis et le Japon.