La Maison bleue « Au fond, j'ai un peu le sentiment que ma présence ici est une imposture, lui avoua Will. Dans l'ensemble, je suis un homme heureux. Non, il n'y a pas de ?dans l'ensemble? qui tienne. Je suis heureux. Je suis un homme heureux. ? Parfait, déclara-t-elle en croisant les jambes, avant de caresser sa cheville comme pour en effacer un pli. Qu'est-ce qui vous fait dire ça... ? Que je suis heureux? » Elle hocha la tête. « Eh bien? » Lui-même décroisa les jambes, s'adossa au canapé et jeta un coup d'?il par la fenêtre du cabinet. Les eaux de la Bross miroitaient à la lisière du parc Boniface, où deux promeneurs s'arrêtèrent, unis dans une brève complicité par les gambades de leurs chiens. « J'imagine qu'en général vous recevez des gens qui ne savent plus où ils en sont. Des gens en pleine dépression, ou confrontés à des problèmes insolubles. ? Quelquefois. Certaines personnes viennent aussi me consulter simplement parce qu'elles se sont égarées. » Ayant détecté dans sa voix une pointe de suffisance sacerdotale, il sentit qu'il allait la détester. « En fait, je suis ici parce qu'une amie m'a offert quelques séances pour mon anniversaire. Elle croit que j'en ai besoin. ? Ça vous ennuie? » Will haussa les épaules, puis éclata de rire. « Au moins, ça change des chaussettes et des bons d'achat de livres! ? Mais vous ne voyez pas la nécessité d'être là. ? Je? Au risque de paraître prétentieux, non, je ne la vois pas. Pas spécialement. C'est juste que ç'aurait été grossier de ne pas venir, bien qu'elle soit beaucoup trop discrète pour me demander où j'en suis avec vous. Si je ne venais pas, ce serait une manière de rejeter son cadeau, et je m'en voudrais terriblement. Je l'aime, vous comprenez. ? Et elle, c'est?... ? Harriet. Ma meilleure amie. Une seconde s'ur, en quelque sorte, mais je la considère d'abord comme une amie, et ensuite seulement comme un membre de la famille. ? Vous éprouvez plus de loyauté envers vos amis qu'envers votre famille... ? Ce n'est pas ce que j'ai dit. Mais vous savez ce que c'est: on quitte le cercle familial afin d'aller vers autre chose, on se choisit de nouveaux alliés? Bref, on fait ce qu'il faut pour devenir adulte. J'ai le sentiment d'aller vers autre chose, moi aussi. Un peu tardivement, j'imagine. ? Donc, c'est d'une femme que vous vous sentez le plus proche. ? C'est inhabituel? » Elle ne répondit rien, se bornant à attendre qu'il poursuive. « Je suppose, oui, reprit-il. Mais je ne suis pas du genre à avoir des copains. Je ne l'ai jamais été. Je trouve les femmes plus agréables, plus évoluées. Je veux dire, je suis parfaitement heureux d'être un homme, mais à mon avis j'ai plus de points communs avec les femmes. ? Par exemple? » Il la détestait, sans le moindre doute. Il la détestait souverainement. « Ce qui nous fait rire. La façon dont on occupe nos loisirs. Et, O.K., j'imagine que vous voudrez aborder le sujet... ? Je ne veux aborder aucun sujet que vous n'avez vous-même envie d'aborder. ? Peu importe. On partage aussi? enfin, des affinités sexuelles. On a les mêmes goûts, quoi. ? Vous êtes homosexuel... ? Je suis gay. » Will sourit, déterminé à la charmer; mais, imperméable à ses efforts, elle ne daigna lui accorder en retour qu'un sourire glacial. « Je vous le répète, je suis heureux. ? Votre sexualité n'est pas un problème pour vous. ? Elle ne l'a jamais été. Au contraire, c'est une source constante de joie. Il ne se passe pas un jour sans que j'en remercie Dieu. Au fond, je me sens même soulagé. Surtout maintenant que toutes mes amies ont des enfants. ? Vous n'en avez jamais voulu... ? Bien sûr que si. Quelquefois. Pour plaisanter, Hats assure toujours que si elle meurt j'hériterai du sien. Mais non. L'envie m'est venue, et elle a disparu. Il y a déjà bien assez de gosses comme ça sur terre, et de toute façon je ne suis pas particulièrement obsédé par l'idée de me voir reproduit en plusieurs exemplaires. D'ailleurs, un de mes neveux est mon portrait tout craché, ce qui règle la question. J'apprécie ma propre compagnie. Je ne me considère pas exactement comme égoïste, mais je me suffis à moi-même. ? Vous ne souhaitez pas vous fixer? Vous avez quoi, trente-cinq ans... ? Merci, j'en ai eu quarante cette année. Et je me suis fixé. J'ai un travail qui me plaît, un bel appartement? Simplement, je me suis fixé seul. ? Et quand vous voyez tous ces couples autour de vous, vous n'avez pas envie de trouver votre alter ego... ? Oh, je l'ai trouvé. Enfin, plus ou moins. Au fond, si je suis là, c'est surtout à cause de lui. Je lui ai fait une promesse. Ce n'était qu'une blague, au départ, mais j'en ai touché un mot à Harriet et... ? Parlez-moi de lui. » Il s'interrompit, jeta de nouveau un coup d'?il au panorama. « Désolé, répondit-il enfin. C'est personnel. ? Tout ce que vous me direz... ? ? restera strictement confidentiel. Oui, je sais. En attendant, on se connaît à peine, vous êtes encore une étrangère et je préférerais ne pas l'évoquer pour le moment. La situation n'a rien de douloureux, croyez-moi. Il est adorable. Il me comble. Mais je ne suis pas venu pour parler de lui. » Son léger haussement de sourcils attentif semblait demander: Alors, de quoi êtes-vous venu parler... « On ne devrait pas commencer par mon enfance? lança-t-il. C'est bien le processus habituel, non... ? Si vous voulez. ? Je vous préviens: je n'ai pas été maltraité. Je n'ai pas été négligé. J'adore mes parents et j'ai adoré mon enfance. Elle a été très, très heureuse. ? Racontez-moi. »
Nombre de pages
478
Date de parution
22/01/2004
Poids
309g
Largeur
110mm
Plus d'informations
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EAN
9782264038593
Titre
Chronique d'un été
Auteur
Gale Patrick ; Maillet Isabelle
Editeur
10 X 18
Largeur
110
Poids
309
Date de parution
20040122
Nombre de pages
478,00 €
Disponibilité
Epuisé
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J'envie les âmes heureuses qui vont lire Patrick Gale pour la première fois. Je n'oublierai jamais mon enthousiasme lorsque j'ai découvert ces récits pleins d'esprit et d'élégance, de compassion et de complexité. Chronique d'un été est son oeuvre la plus prenante, la plus lumineuse : une histoire familiale à suspense, omnisexuelle, qui va émerger au cours de deux étés en bord de mer, à plusieurs années de distance. J'étais déchiré entre mon désir de lecteur de le dévorer sur le champ et l'isntinct de l'écrivain qui me poussait à le disséquer et à en analyser chaque phrase splendide". Armistead Maupin.
De son écriture tout en nuances, Patrick Gale nous livre une chronique familiale douce-amère autour de la figure maternelle d'une artiste peintre bohème et excentrique, dans le décor splendide de la Cornouailles. Par une belle journée d'hiver, Rachel Kelly s'écroule dans son atelier. Cette peintre renommée laisse derrière elle une oeuvre impressionnante et une famille déchirée. Un homme, d'abord, Antony, qui fut son compagnon, son soutien, son souffre-douleur aussi, quand ses crises dépressives étaient trop fortes; deux fils qui ne se sont jamais sentis à la hauteur de cette mère trop douée, trop passionnée, trop vivante; une fille, Morwenna, qui a choisi de fuir...Comment les liens qui les unissaient se sont-ils distendus? Qui était vraiment cette artiste de génie, gravement malade, qui a toujours fait passer l'art avant tout? Pourquoi la fragile Morwenna a-t-elle soudain rompu avec ses parents? Qu'est-il arrivé à Petroc, le petit dernier, le fils préféré, disparu trop tôt? Quels secrets les tableaux de Rachel Kelly ont-ils encore à livrer... Biographie de l'auteur Patrick Gale est né en 1962 sur l'île de Wight. Il habite désormais une ferme en Cornouailles. Après Chronique d'un été (2002; 10/18, 2004) et Une douce obscurité (2006; 10/18, 2009), Tableaux d'une exposition est son troisième roman publié chez Belfond. Il a reçu le prix des Libraires indépendants 2008 en Angleterre, où il a eu un succès retentissant.
Dans la petite ville de Winchester, en Angleterre. Au coin d'une rue, Ben tombe sur Laura. Il est médecin à l'hôpital, elle est revenue vivre chez sa mère, dans la maison de son enfance. Il est marié à la belle et aristocratique Chloë, elle a enchaîné les liaisons pour se retrouver célibataire. Il s'occupe de son frère handicapé Ben, elle prend soin de sa mère, une excentrique universitaire. Mais surtout, autrefois, à Oxford, lorsqu'ils étaient étudiants, Ben et Laura sont tombés fous amoureux.Ils ne se sont pas revus depuis vingt ans. Pourront-ils saisir la seconde chance qui s'offre à eux...
Dido a neuf ans et un caractère bien trempé. Et c'est tant mieux, car la fillette a déjà eu son lot de tragédies. Orpheline, elle vit chez Eliza, sa tante, qui l'a adoptée et élevée avec son ex-mari Gyles, jusqu'à ce que le couple se sépare. Lorsque Eliza apprend que sa mère vient d'être victime d'une attaque, Dido voit l'occasion de connaître enfin sa grand-mère et convainc Eliza de se rendre en Cornouailles au chevet de la malade. Eliza est alors loin d'imaginer que ce voyage du retour va lui donner l'occasion miraculeuse de renouer avec sa propre existence. Silences, révélations et passions troubles: Patrick Gale signe un roman doux amer sur le poids des secrets et la poursuite capricieuse du bonheur. Biographie de l'auteur Né sur l'île de Wight en 1962, Patrick Gale a grandi à la prison de Wandsworth, dont son père était le directeur. Il vit aujourd'hui dans une ferme de Cornouailles, à Cornwall, où se situe l'action de deux de ses romans: Chronique d'un été et Une douce obscurité. Patrick Gale est également critique littéraire au Daily Telegraph, au Mail on Sunday et à The Independent. Son dernier roman, Tableaux d'une exposition, a paru aux éditions Belfond en 2009.
Impregné d'humour et d'humanité, Le testament de Sully dessine le portrait d'une Amérique qui a du plomb dans l'aile. Sur le tabouret que Sully occupait au bar du Horse est désormais assis son fils Peter, professeur d'université encore aux prises avec cet héritage écrasant lorsque son propre rejeton, Thomas, refait surface après des années de séparation. C'est aussi au Horse que Doug Raymer, ancien chef de la police de North Bath, et Charice Bond, fraîchement nommée à la tête de la police de Schuyler, se retrouvent un samedi soir après la découverte d'un corps en décomposition dans la salle de bal du Sans Souci, hôtel abandonné situé à la limite entre les deux villes. Au Horse, toujours, que Janey fait des extras pour arrondir ses fins de mois et sortir de l'ornière. Ne serait-il pas temps de mettre fin à ses relations toxiques avec les hommes et de pardonner à sa mère, Ruth, son ancienne liaison avec Sully ? Tandis que dehors un ballet de chasse-neige, de dépanneuses et d'ambulances sillonne la ville, tout ce petit monde se demande qui a bien pu disparaître sans que personne s'en rende compte.
« La Mort de Jim Loney qui suit l'Hiver dans le sang (10/18, n° 2460) est l'histoire d'un Indien métis qui, dans un bled perdu du Montana, erre à la recherche d'un père disparu, de ses souvenirs en fuite et d'un sens à sa vie. Une quête désespérante et d'avance perdue, comme le regard d'une femme croisée dans un cimetière, et qui "nous fait, dit Jim Harrison, l'effet d'une balle reçue en plein coeur'. » - Sylvie Genevoix, Page « La réalité décrite par ce roman est bien plus obsédante que le destin de ses personnages. C'est elle qui envoûte le lecteur et lui serre le coeur pour longtemps ». - Patrick Raynal, Le Monde "
Un texte culte enfin disponible, aussi puissant qu' Orange mécanique . Angleterre, 1960. Les adultes victimes d'une vague de suicide laissent les adolescents livrés à eux-mêmes. Kathie, Ernie et une bande tentent de survivre dans un monde désolé en proie à la violence et d'atteindre le nord du pays. Angleterre, années 1960. Sans doute désespérés par l'état du monde qu'ils laissent à leurs enfants, les adultes sont touchés par une vague inédite de dépressions. Rapidement, les suicides se multiplient de façon incontrôlable. Peu à peu livrés à eux-mêmes, les adolescents sont maintenant libres de faire ce qui leur plait. Des gangs de jeunes s'abandonnent à des orgies dans des appartements désertés, d'autres errent dans un Londres en pleine décomposition, pillant à leur gré les magasins. Kathie, Ernie et leur bande essaient de survivre dans ce monde de plus désolé ou la violence s'est installée. Bientôt, ils décident de quitter cette jungle urbaine pour gagner le nord du pays. Interdit en Irlande pour nihilisme lors de sa publication en 1966, ce roman culte par excellence a été encensé par les plus grandes figures de la pop culture, de Jim Morrison à Jim Jarmusch. Il aurait dû être la première aventure cinématographique des Rolling Stones, qui en avaient confiés l'adaptation à Nicholas Ray. Tout aussi dérangeant qu' Orange mécanique , il est à mettre aux côtés du roman d'Anthony Burgess pour sa puissance visionnaire rarement égalée. Traduit de l'anglais (Royaume-Uni) par Samuel Sfez " Une étonnante dystopie " Transfuge
Salama, brillante étudiante, voit sa vie bouleversée par la révolution syrienne et se retrouve tiraillée entre l'envie d'aider son pays et la tentation de fuir pour mettre la famille qui lui reste à l'abri... Poignant destin de femme, histoire de guerre, histoire d'amour, le livre phénomène qui a conquis des centaines de milliers de lecteurs. Salama Kassab, 18 ans, avait la vie devant elle, quand la révolution a commencé en Syrie et quand les combats lui ont tout pris : sa famille, son avenir de pharmacienne. Il ne lui reste plus que Layla, sa belle-s'ur enceinte, et sa conviction de pouvoir aider son pays grâce à son travail bénévole à l'hôpital. Mais elle est tiraillée entre l'envie de se rendre utile, et celle de mettre Layla à l'abri. Au moment où elle se résigne finalement à fuir la Syrie, une rencontre avec un jeune militant plein d'espoir va tout remettre en cause. Traduit de l'anglais par Anne Guitton