Extrait Pourquoi revenir à l'histoire d'Adam et Eve ? «Savez-vous, Quincey, que je me suis souvent demandé s'il n'y avait pas, dans cette vieille légende du jardin d'Éden, plus qu'il ne saute aux yeux.» Malcolm Lowry, Au-dessous du volcan «Cette histoire [...] exprime [...] le fond inexprimé - et inexprimable en langage direct et clair - de l'expérience humaine.» Paul Ricoeur, Le Conflit des interprétations On m'a raconté l'histoire d'Adam et Eve au catéchisme, comme à des millions d'autres enfants. J'avais six ou sept ans. Le catholicisme a formé le cadre de vérité dans lequel s'est déroulée mon enfance. Un cadre qui, bien sûr, se voulait absolu, mais qui ne constituait, après tout, que l'une des facettes de la vie quotidienne. Les savoirs avec lesquels le lycée, puis l'université meublèrent progressivement mon esprit me parurent plus en phase avec le monde qui m'entourait. Mon premier horizon de vérité s'estompa, devint pour moi comme un lieu désaffecté. Une fois installé dans une autre ville que celle où l'on a passé sa jeunesse, on a beau en garder le souvenir, le fait est qu'on n'y habite plus ; on perd ce qui faisait qu'on s'y sentait chez soi. Ce changement de demeure mentale, que tant de personnes de ma génération ont vécu, explique en partie le fait que, dans le monde de l'université et de la recherche, le christianisme apparaît souvent comme une dimension mineure de la pensée occidentale. Surtout lorsque l'on fait des études de philosophie : la pensée, la vraie pensée qui a su, au cours de son histoire héroïque, s'affranchir de la religion ! Je me familiarisai durant quelques années avec la haute lignée des philosophes, puis avec les sciences humaines. L'université laïque - je finis par le réaliser - a dû rivaliser avec la source de légitimité intellectuelle qui avait dominé l'Europe durant des siècles. Un système de pensée qui s'impose tend à effacer celui dont il a pris la place et à en minimiser la portée. Après avoir ainsi, durant mes années de formation, oublié ma culture première, j'en suis venu à penser qu'il était dommage de m'en priver. Comme un ethnographe qui interroge son informateur indigène, je me suis retourné vers celui que j'avais été. L'histoire d'Adam et Eve est partagée par les trois monothéismes : elle est racontée dans la Genèse, premier livre des Ecritures juives, héritage repris par le christianisme, puis par l'islam qui en donne des versions résumées dans le Coran. Mais seul le christianisme en a fait la clé de voûte de son anthropologie : dans l'ensemble du monde occidental, durant près de deux mille ans, la réponse à la question «Qu'est-ce que l'être humain ?» a tourné autour de l'histoire d'Adam et Eve. L'Église lui a assuré un monopole. Parmi les contes qui circulaient en Europe de bouche à oreille, il est vraisemblable qu'il y eut autrefois des récits sur l'origine de la condition humaine comme on en trouve encore en Afrique, mais seul subsiste le récit canonique. Les mythes qui nous viennent de l'Antiquité, tel celui de Prométhée et de Pandora, ont été préservés par la culture savante, mais ils ont longtemps été lus en référence à l'unique récit dont l'Église ait fait un dogme.
Biographie de l'auteur Philosophe, directeur de recherches au CNRS, François Flahault anime un séminaire d'anthropologie générale à l'École des hautes études en sciences sociales. II a récemment publié Le Sentiment d'exister (Descartes & Cie, 2002) ou encore La Pensée des contes (Anthropos, 2001). Il est notamment l'auteur de Le Paradoxe de Robinson. Capitalisme et société (Mille et une nuits, 2005) et " Be yourself ! ". Au-delà de la conception occidentale de l'individu (Mille et une nuits, 2006).
Dans un monde où le politique est dominé par les puissances économiques et financières, et où le toujours plus de la croissance s?impose comme une fin en soi, la seule référence non économique qui subsiste est celle des droits individuels. La référence au bien commun a été évacuée. Des millions de citoyens, pourtant, continuent de s?en soucier. Encore faudrait-il qu?émerge une conception renouvelée du bien commun. Et que celui-ci reprenne sa place dans les préoccupations des politiques. François Flahault interroge le fondement des droits de l?homme. Il montre comment le progrès des connaissances anthropologiques apporte ce qui leur manque pour penser le bien commun. La vie sociale apparaît ainsi comme le lieu d?être de chacun d?entre nous, l?indispensable poumon de la vie individuelle. La fragile coexistence des humains repose largement sur les biens communs ou biens collectifs (au pluriel) dans lesquels se concrétise le bien commun (au singulier). Cependant, leur importance, ainsi que leur diversité naturelle et culturelle, matérielle et immatérielle, reste sous-évaluée au regard des biens marchands. Comment la lutte politique peut-elle faire évoluer les rapports de force dans un sens favorable au bien commun? L?auteur montre qu?il est possible de s?inspirer d?un autre modèle que ceux dont, plus de vingt ans après la fin de la guerre froide, nous sommes encore tributaires. Directeur de recherches émérite au CNRS, François Flahault anime un séminaire d?anthropologie philosophique à l?École des hautes études en sciences sociales. Il a notamment publié Le Sentiment d?exister (Descartes & Cie, 2002), Le Paradoxe de Robinson. Capitalisme et société (Mille et une nuits, 2005) et Le Crépuscule de Prométhée (Mille et une nuits, 2008).
Dans la vie, il n'y a pas que l'argent " : oui, bien sûr. Mais en quoi consiste au juste ce quelque chose d'autre que l'intérêt matériel, et en quoi est-il vital ? Pour répondre à cette question, François Flahault part d'une évidence dont nous faisons quotidiennement l'expérience, mais que la philosophie, contrairement à la littérature, s'est généralement employée à éluder : être conscient de soi-même ne garantit aucunement qu'on se sente vivre. Poursuivant ses recherches antérieures, interrogeant les partis pris sur lesquels se fonde notre tradition de pensée, s'appuyant sur des connaissances nouvelles et des observations concrètes, l'auteur nous entraîne dans une cure de désidéalisation et fait redescendre la philosophie du ciel sur la terre. Ainsi dégagé du vieux partage entre matériel et spirituel, de la conception cartésienne du " sujet " et de la croyance moderne dans le self, l'être humain apparaît sous un jour nouveau. Il devient alors possible de penser comment la vie en société, au-delà de sa fonction utilitaire, soutient notre sentiment d'exister.
Résumé : La production toujours croissante de biens et de services est-elle 'l'horizon indépassable du développement ? L'histoire s'achève-t-elle sous l'alliance du capitalisme et de la démocratie ? François Flahault met radicalement en doute les prémisses des théories économiques dominantes et tire les conséquences de la révolution de pensée à laquelle conduit le mouvement des connaissances, notamment dans le champ des sciences humaines. Une révolution qui nous oblige à rejeter la croyance occidentale selon laquelle l'individu précède la société. A reconnaître au contraire que la vie sociale nous précède, qu'elle est notre milieu naturel, indispensable pour que se constitue notre être. Il s'agit, pour les cultures humaines de soutenir notre vie matérielle, bien sûr, mais aussi notre existence psychique, c'est-à-dire notre sentiment d'exister. Les sociétés humaines ne reposent pas seulement sur l'économie marchande, mais aussi sur ce qu'on pourrait appeler " l'économie des personnes ". Ce livre apporte sous une forme condensée et accessible les nouvelles bases philosophiques aujourd'hui nécessaires pour situer la place de l'économie et du capitalisme dans la société.
Nietzsche Friedrich ; Albert Henri ; Le Bos Antoin
Résumé : "Je viens des hauteurs que nul oiseau n'a jamais atteintes" . Génie ou folie ? Ecce Homo est l'autobiographie philosophique de Nietzsche, son dernier ouvrage avant qu'il ne sombre dans la démence. Il y défend, avec une verve exceptionnelle, l'originalité de son oeuvre et se construit sa propre légende. Traduit de l'allemand par Henri Albert
Né vers le milieu du Ier siècle après J.-C., fils d'esclave et esclave lui-même, Epictète avait toutes les dispositions nécessaires a l'application, dans sa propre vie, de ce condensé de morale stoïcienne. Dans un monde aveugle, les enseignements de ce manuel de lucidité nous rappellent que "en un mot, le seul ennemi qu'on ait à redouter, c'est soi-même".
Même un paysage tranquille, même une prairie avec des vols de corbeaux, des moissons et des feux d'herbe, même une route où passent des voitures, des paysans, des couples, même un village pour des vacances, avec une foire et un clocher, peuvent conduire tout simplement à un camp de concentration". Ce récit constitue la trame de Nuit et Brouillard, réalisé en 1955 par Alain Resnais. Avec précision et poésie, l'écrivain raconte la réalité concentrationnaire au quotidien, période où furent anéantis des millions d'êtres humains. Avant-propos par Michel Pateau et postface par Sylvie Lindeperg.
Résumé : Et si la domination ne provenait pas tant du tyran que de l'individu soumis ? Cette intuition subversive et fulgurante fonde le Discoursde la servitude volontaire. Dans cette leçon politique, éthique et morale intemporelle, La Boétie nous invite à la révolte contre toute oppression, toute exploitation, toute corruption, contre l'armature même du pouvoir : "Soyez donc résolus à ne plus servir et vous serez libres". Traduit en français moderne par Séverine Auffret
La tradition veut que l'acte de philosopher soit comparé à la vision. Or Aristote dit deux choses qui sont trop négligées : premièrement, que voir, c'est non seulement saisir le visible, mais aussi, paradoxalement, l'invisible, le non-visible ; deuxièmement, que voir, c'est voir des couleurs, de jour mais aussi de nuit, le phosphorescent. Dès lors quelles sont les implications pour la philosophie ? Que veut dire philosopher si c'est appréhender ce qu'on ne voit pas, ce qu'on ne peut voir, ou bien ce qui, dans le noir, luit ?
Résumé : Que cherchons-nous vraiment lorsque nous cherchons l'amour ? L'école, le travail, à quoi ça sert, finalement ? La liberté d'expression et le droit à "rire de tout" sont-ils des menaces ? Faut-il avoir peur de la mort ou pourrons-nous bientôt télé-charger notre conscience dans le cloud - à moins que l'IA n'en vienne à nous remplacer ? Dans un monde où l'avenir est plus que jamais incertain, la quête de sens nous confronte à des thèmes fondamentaux. De la même façon qu'il a su rendre la philosophie accessible à tous, Lev Fraenckel, alias "Serial Thinker ", expose avec acuité ces enjeux intemporels. Convoquant tour à tour des figures majeures de la philosophie - Aristote, Nietzsche, Marx... - et des références culturelles contemporaines, il plonge au coeur de nos contradictions et éclaire nos choix, nos croyances et nos désirs. Une ode à la philosophie en tant que cheminement, un appel à l'éveil et au discernement à une époque où les réponses toutes faites masquent l'immense liberté qui s'offre à chacun de nous.
Rien de plus fragile que la faculté humaine d'admettre la réalité, d'accepter sans réserves l'impérieuse prérogative du réel. Cette faculté se trouve si souvent prise en défaut qu'il semble raisonnable d'imaginer qu'elle n'implique pas la reconnaissance d'un droit imprescriptible - celui du réel à être perçu - mais figure plutôt une sorte de tolérance, conditionnelle et provisoire. Le réel n'est généralement admis que sous certaines conditions et seulement jusqu'à un certain point : s'il abuse et se montre déplaisant, la tolérance est suspendue. Un arrêt de perception met alors la conscience à l'abri de tout spectacle indésirable. Quant au réel, s'il insiste et tient absolument à être perçu, il pourra toujours aller se faire voir ailleurs.Cet essai vise à illustrer le lien entre l'illusion et le double, à montrer que la structure fondamentale de l'illusion n'est autre que la structure paradoxale du double. Paradoxale, car la notion de double implique en elle-même un paradoxe : d'être à la fois elle-même et l'autre.
Ce livre réconcilie avec la base de la philosophie, et ça fait du bien. Loin d'être d'abord conçue comme de l'exégèse pointue, la philosophie existe parce qu'on l'a inventée pour répondre à des questions vitales. Parmi celles-ci : comment guérir de l'épreuve douloureuse d'exister, puisque vivre, tout simplement, ne va pas de soi ? Les philosophes, à travers l'histoire, ont apporté leurs réponses. La philosophie, dans ce livre, devient un guide de conduite formidable pour se réconcilier avec la vie.