EPIPHANIES MUSICALES EN POESIE MODERNE, DE RILKE A BONNEFOY
FINCK MICHELE
CHAMPION
75,00 €
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EAN :9782745327055
Il y a une consubstantialité, encore insuffisamment explorée, entre la question du lyrisme et celle de l'épiphanie musicale. L'approfondissement de cette coïncidence s'impose d'autant plus que les études consacrées à la poésie moderne tendent à mettre en sourdine les « moments musicaux » au profit d'une prédilection pour les manifestations de la crise du son et du sens. La modernité poétique qui, tout en prenant en charge les syncopes de notre « temps de détresse », reste ouverte à l'épiphanie musicale, est nommée ici modernité de la clairaudience. Cet essai gravite autour de cinq poètes clairaudiants : Rilke (dont l??uvre a valeur d'origine) et quatre poètes français, héritiers transgressifs de Rilke : Bonnefoy, Des Forêts, Jaccottet et Vigée. Dans la modernité issue de Rilke, un épisode biblique peut se lire comme un emblème du pouvoir salvateur de l'épiphanie musicale : l'épisode dans lequel David guérit par sa cithare la mélancolie de Saül. Voici l'hypothèse risquée ici : l'épiphanie musicale est pour la poésie moderne ce que David est pour Saül. Encore faut-il résister à une interprétation trop clarifiante : garder en mémoire le tableau de Rembrandt, David jouant de la harpe pour Saül, où la distance est encore grande entre David et Saül. La figure épiphanique de David, le musicien panseur, vaut d'abord pour sa précarité, son intermittence, sa force de questionnement, son obstination, qui sont le centre générateur d'une poétique musicale du « reste chantable », de la raucité et du Lontano.
Date de parution
02/12/2014
Poids
660g
Largeur
155mm
Plus d'informations
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EAN
9782745327055
Titre
EPIPHANIES MUSICALES EN POESIE MODERNE, DE RILKE A BONNEFOY
Auteur
FINCK MICHELE
Editeur
CHAMPION
Largeur
155
Poids
660
Date de parution
20141202
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Enfin Jean Basilide avait tué le silence (...). C'était un grand bonheur. Et composé des phrases les plus simples, mais chargées désormais de sens (Yves Bonnefoy, L'Ordalie). A partir de ce texte qui prend acte de la naissance d'une poétique, Michèle Finck formule, dans "l'impatience de l'intuition" une hypothèse de lecture : la genèse de la poésie d'Yves Bonnefoy coincide avec l'avènement du .simple. et du "sens" dans la parole. La poésie d'Yves Bonnefoy est un "risque" qui est la preuve de la "vérité de parole" : "risque" du "simple" car le mot, à peine prononcé, détruit l'immédiat et ne peut dire que la médiation ; "risque" du "sens" qui est ici inséparable de son propre déchirement. Le "risque" prend la forme d'un questionnement des deux catégories dont la remise en cause est l'acte fondateur de la modernité : le corps, le lieu. Pour Yves Bonnefoy, une équivalence s'introduit entre trois vocables qui sont la clé de voûte de son oeuvre : le "simple", le "sens" et le son. La poésie de Bonnefoy a la force d'une révélation : le son est le mode privilégié de l'avènement du simple et du sens dans la parole poétique. Par une écoute de la matière sonore des poèmes, Michèle Finck cherche à proposer une lecture nouvelle des rapports entre la poésie et la musique.
Remarquable est la proximité unique, dans le XXe siècle poétique, entre l'oeuvre de Giacometti et la poésie. Parce que le travail de Giacometti à la fois provoque l'écriture et se dérobe à sa prise, il exerce sur elle un ascendant qui la place sous très haute tension. Cet essai se concentre sur trois poètes de L'Éphémère : Celan, Dupin, Bonnefoy. Giacometti est un aimant qui réunit leurs oeuvres. Mais, au-delà de ce triangle central, l'exploration s'ouvre aussi sur d'autres poètes qui, de Breton à Genet, de Char à Ponge et à du Bouchet, ont interrogé l'oeuvre de Giacometti. La formule de Saint Bernard à vocation heuristique, " Si tu veux voir, écoute ", qui met en tension le " voir " et l?" écoute ", permet de porter le " voir " à un maximum d'intensité et de poser autrement la question des rapports entre la poésie et les arts visuels. Que se passe-t-il quand la poésie, devant la peinture ou la sculpture, tend l'oreille ? La formule cistercienne " Si tu veux voir, écoute " peut se lire comme l'un des paradigmes de l'approche de Giacometti par les poètes, voire comme l'un des paradigmes de l'approche des arts visuels par la poésie moderne.
Cette étude explorant l'interaction du son et du sens en poésie moderne cherche à combler une lacune. Voici la question centrale : dans quelle mesure le sens que le poète peut vouloir donner au monde naît-il au sein même de l'élaboration musicale que la poésie opère sur les mots ? La recherche prend appui sur un tressage des généalogies littéraires françaises et allemandes, à partir de douze oeuvres majeures : celles de Hoffmann, de Baudelaire, de Rimbaud et de Mallarmé (points de départ d'une redéfinition du dialogue entre le poète et le musicien au XIXe siècle) et celles de quelques-uns de leurs héritiers transgressifs dans la poésie du XXe siècle, de langue allemande (Trakl, Rilke, Bachmann) et française (Soupault, Jouve, Michaux, des Forêts, Bonnefoy). L'interprétation risquée, sous le signe du Janus bi frons musical, est qu'il n'y a pas d'exigence poétique sans à la fois une profonde ouverture aux propositions de la musique et une force de résistance du verbal au musical. L'enjeu est de placer cette ambiguïté oscillatoire, propre aux rapports entre poésie et musique, sous le signe d'un air du Don Giovanni de Mozart : " Vorrei e non vorrei ". Le poète est vis à vis de la musique en proie à la tentation conflictuelle d'une adhésion et d'un retrait. Le poète " voudrait et ne voudrait pas " le duo avec le musicien. Il y va d'une approche nouvelle de la poésie, d'une audiocritique capable de se placer au point nodal où la poésie et la musique échangent leur substance.
ChiromancieLa mémoire fond lentement dans la bouche.Vouloir la vomir et grimper hors du crâne.J'entends la tête sans corps de la folieSiffler ses chiens. Son groin déterre les crisDes astres. Je l'entends lâcher ses chiensSur l'amour mort et dévorer ses excréments.L'absolu ment. Des hululements d'osS'agenouillent dans la boue des larmes.Puis un peu de neige efface tous les sons.Chiromancienne du silence, la poésie.