Courbes de poursuite. Géométrie : Une courbe décrite par un point qui se meut toujours directement vers ou d'un second point, qui lui-même est en mouvement selon une loi propre. Si l'on prend pour points deux individus, on peut imaginer les possibilités - d'amour, de nécessité, de désordre - qui naissent entre eux. Comment se parler entre frères que sépare tout ce qui les unit ? Mêmes souvenirs d'enfance, mêmes expériences de génération, même hypersensibilité, même échec matrimonial. L'un, avocat, vit sur la côte est ; l'autre, libraire, sur la côte ouest : c'est lui le narrateur. L'avocat a un caractère impossible et le libraire est dur à vivre ; entre eux, c'est presque une "tendre guerre". Ils se parlent en se servant de plusieurs langues, ce qui multiplie "en miroir" des formules toutes faites qui, à défaut de contenu, font au moins passer entre eux une émotion. Comment parler aux femmes qui, d'aimées, sont devenues ennemies ? C'est la guerre à mort, à croire que les femmes veulent saigner à blanc ceux qui étaient, hier encore, l'objet de leur tendresse. Là, il n'y a plus de parole du tout - seulement un miracle imprévisible surgissant des sphères insondables de la fantaisie féminine. Et ces personnages auxquels l'auteur, par pudeur, ne donne même pas de nom ("il", "elle", ne sont-ils pas chacun de nous ?) courent l'un après l'autre pour se perdre au moment même où ils croient s'être rejoints. Tel ce chien qui décrit sur une plage certaines paraboles pour revenir fidèlement chaque fois à son maître : un mathématicien français du XIXe siècle a découvert la courbe de cette poursuite, dite encore "courbe du chien". La courbe de ce qu'il y a en nous d'indéfectible.
Nombre de pages
180
Date de parution
31/10/1986
Poids
240g
Largeur
140mm
Plus d'informations
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EAN
9782070706471
Titre
La Courbe du chien
Auteur
Farber Thomas
Editeur
GALLIMARD
Largeur
140
Poids
240
Date de parution
19861031
Nombre de pages
180,00 €
Disponibilité
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Il a une quarantaine d'années et est écrivain. Elle est jeune, magnifique, étudiante en histoire de l'art et mariée. Ils tombent amoureux. L'écrivain raconte leurs rendez-vous, un monde totalement recomposé, sans mari, sans contraintes matérielles où ils partagent leur passion de l'art, de l'écriture, et leur vision fulgurante de l'amour. Mais leur liaison tourne rapidement à l'obsession, une obsession due au désir de posséder l'autre ou à la peur de le perdre, créant au fil du texte une tension très forte. Dans ce roman cru à l'érotisme omniprésent, l'auteur déshabille l'amour, l'engagement. Rendre la chair, écrire le corps, est le projet de Thomas Farber, et il le fait ici avec une grande élégance.
"Dieu merci, je suis athée ", aimait à dire Buñuel dans l'une de ces boutades malicieuses dont il avait le secret, qui sert de titre à un tableau de Manny Farber en 1981. Peut-être faut-il nous en souvenir à notre tour pour pouvoir suivre ce dernier (aussi original comme peintre que comme critique), ainsi que sa compagne Patricia Patterson (elle a coécrit une partie de ce livre), sur la voie inattendue de la mobilisation aventureuse du cinéma et de ses auteurs, qui l'a mené de la découverte, dans les années cinquante, des" films souterrains "de Hawks, Fuller ou Siegel, alors méprisés par l'ensemble de la critique américaine, à la défense pas toujours évidente là-bas, dans les années soixante-dix, de ceux de Godard, Fassbinder ou Chantal Akerman. Mais peut-être faut-il surtout, plutôt que de rappeler une fois de plus ses combats longtemps solitaires en faveur des séries B et de leur style bas de casse (à l'encontre des prétentions arty d'un certain cinéma hollywoodien et européen), revenir aujourd'hui avec lui à ce qui, ici et là, n'a toujours pas été enseveli sous les oripeaux du Grand Art. En substituant ainsi à la transcendance" éléphant blanc "de l'auteur l'immanence" termite "de la politique, à la fixation sur le nom propre de l'un la ligne de fuite anonyme de l'autre, à l'avenir majoritaire du tout-à-l'auteur le devenir minoritaire des films eux-mêmes, aux filiations internes du cinéma les alliances externes avec le réel, aux héritages critiques de la cinéphilie les contagions cliniques des alliages artistiques, et aux invariants religieusement entretenus de la politique des auteurs les variations chaotiques de ses ritournelles funky, Manny Farber, le critique termite, a su faire flèche de tout bois pour s'en prendre au bois même de l'arbre de la cinéphilie, à ses racines les plus profondes autant qu'à ses branches les plus apparentes. Plus encore qu'un terrier, on l'aura deviné, la galerie termite est un rhizome en creux, en négatif, qui prolifère tel un bienheureux chiendent à l'orée, dans les interstices et sous la surface du bâti cinématographique." Patrice Rollet
Transformer un militant révolutionnaire en icône n'est-ce pas insulter sa mémoire ? Cinquante ans après la mort de Che Guevara, les marchands de posters et de tee-shirts n'y trouvent rien à redire et la figure du guérillero peut continuer à susciter admiration ou fascination sans que beaucoup n'en connaissent réellement la pensée, les engagements ou tout simplement l'itinéraire. Samuel Farber, militant de la gauche radicale américaine, n'est pas un idolâtre de Che Guevara. Originaire de Cuba, il nous propose une réflexion critique sans concession sur l'itinéraire du guérillero en restituant le parcours et non le mythe du Che. De sa naissance en Argentine à son assassinat par la CIA en Bolivie le 9 octobre 1967, l'auteur reprend le fil de sa vie. Le jeune étudiant en médecine, dont le voyage à travers l'Amérique latine confrontée à la misère et aux dictatures décide de son engagement politique, entreprend alors de se consacrer à la révolution. Ces années de formation sont essentielles pour comprendre la pensée de celui qui sera bientôt surnommé Che Guevara lorsqu'il rejoint Fidel Castro. La révolution cubaine, ses responsabilités dans la réforme agraire, son engagement militaire au Congo et enfin l'expédition en Bolivie qui lui sera fatale constituent les temps forts de l'ouvrage. Samuel Farber offre également au lecteur une nouvelle approche critique de la pensée de Che Guevara qui éclaire pleinement ses actes et ses choix fortement marqués par un volontarisme autoritaire qui éclipse la question démocratique et qui annonce déjà les impasses de la révolution cubaine. Un portrait sans concessions qui éclaire sous un nouveau jour une figure exceptionnelle du 20e siècle.
Brodsky Joseph ; Aucouturier Michel ; Bordier Jean
L'oeuvre de Joseph Brodsky (1940-1996), lauréat du prix Nobel de littérature en 1987, a été en partie occultée en France par le destin du poète, symbole de la dissidence du régime soviétique. Pour rendre compte de sa poésie d'une extraordinaire virtuosité formelle, liant l'intime à l'épique, au mythologique, et à de constantes préoccupations métaphysiques, André Markowicz a composé un volume qui réunit les poèmes publiés dans la collection "Du monde entier" en 1987 et 1993, replacés ici dans leur ordre chronologique, auxquels s'ajoute une sélection de poèmes inédits en français.
Ce n'était pas un monde perdu dont je me souvenais, ces mois que nous avions passés ensemble dans les années quatre-vingt. C'était le même temps qui avait continué sa course, et avait fini par nous rattraper." De prime abord, la vie du narrateur semble terminée. Le diagnostic de maladie de Parkinson a d'abord été posé, puis sa femme l'a quitté. Mais un jour, au milieu d'un parc de Copenhague, il croise Anna, son amour de jeunesse, une femme libre qu'il a tant aimée autrefois. Aujourd'hui, elle ne se soucie pas de ce diagnostic, et elle l'entraîne dans le drame de sa propre vie, une histoire emblématique de notre temps, remplie d'abus de pouvoir et de trahisons. Jens Christian Grøndahl écrit une partition subtile où au milieu des souvenirs sont exposées les problématiques les plus actuelles - qui vont de la maladie à l'égarement politique, du fossé entre les générations aux violences faites aux femmes. Une fois encore, Jens Christian Grøndahl nous éblouit par sa capacité à saisir l'esprit du temps et à montrer comment l'on peut choisir de se relever après avoir subi une chute et faire le choix de la vie.
Il y a dans Les Mystères de Paris une énergie sauvage: celle d'une cohorte de personnages maléfiques, malfrats hideux comme la Chouette, Tortillard - un anti-Gavroche -, le Maître d'école ou Bras-Rouge, criminels du grand monde comme le comte de Saint-Remy, monstres hypocrites comme le notaire Jacques Ferrand. Eugène Sue n'est pas avare de noirceur. Mais il y a aussi une sauvagerie du Bien, celle de Rodolphe, prince mélancolique venu à Paris à la recherche de sa fille perdue, impitoyable avec les méchants qu'il punit au mépris des lois. On doit à sa cruauté quelques-unes des scènes les plus stupéfiantes du roman: le châtiment du Maître d'école, ou le supplice de luxure imposé à Jacques Ferrand. Cette cruauté contraste avec la pureté morale de Fleur-de-Marie, comme avec la face solaire de Rodolphe, providence de tous les malheureux honnêtes dont il croise le chemin. Le roman exprime dans son ensemble une quête assoiffée de régénération morale de la société, par l'amélioration des mécanismes préventifs et répressifs (c'est le sens de l'engagement de Sue en faveur dans l'encellulement des criminels) ainsi que par l'invention de mécanismes d'incitation au Bien, police ou tribunal de la Vertu, qui doivent récompenser publiquement les actions exemplaires." Judith Lyon-Caen.