1945. Dans un pays encore mutilé par la guerre et l'Occupation, pénuries et rationnements rythment les jours des Français. A Bordeaux, l'envers des quais aux allures majestueuses, est un quartier peu considéré, méprisé même, où les enfants se sont inventé un autre monde. De la laideur et la tristesse environnantes, font un archipel de bonheur et leurs jeux reflètent ces contradictions. Quelques figures de ces années-là : Luis le docker lecteur de Proudhon, le Vieil Homme, Georgette la loteuse habitent toujours les souvenirs de jeunesse de Fanny. Soignée par Jeanne, l'infirmière, Fanny revit chaque soir à travers les récits qu'elle lui livre ces années d'un demi-siècle convulsif où éclatent de violents conflits sociaux, dans le même temps où débutent d'inévitables guerres coloniale Une bêtise de jeunesse enverra Paul, qui vit depuis l'enfance un amour fou avec Mauricette, se battre en Indochine. Cet amour passionné les sauvera avant de les perdre. Et Fanny aussi verra ses rêves de jeunesse se fracasser lorsque ses études s'interrompront. "Prenez grand soin de m'oublier"... la dernière phrase laissée par Fanny à Jeanne. Comme un legs, un avertissement, un conseil ? Un devoir peut être même pour Jeanne, Paul, Amidon, les survivants... devenus des héritiers sans testament.
Nombre de pages
263
Date de parution
05/03/2021
Poids
294g
Largeur
130mm
Plus d'informations
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EAN
9782356877574
Titre
Prenez grand soin de m'oublier
Auteur
Etcherelli Claire
Editeur
BORD DE L EAU
Largeur
130
Poids
294
Date de parution
20210305
Nombre de pages
263,00 €
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Cette nuit-là, Milie resta chez Walter. Elle se tut sur ce qui les séparait, ne parla ni de Mexico ni de Prague. Il fut debout avec le jour. Ils déjeunèrent, laissant la porte ouverte sur le jardin. La pluie d'orage qui menaçait depuis la veille, tombait en gouttes épaisses dont le bruit sur les feuilles écorchait Milie. Silencieuse, regardant le paysage que cernait le cadre de la porte, représentation ce matin-là du mot douleur. Qui commençait comme douceur par les coloris neutres de la campagne au réveil, vert gris, blanc bleu, terre bleue ciel blanc arbres gris horizon vert et se déroulait en sa dernière syllabe à la consonance mouillée - proche de pleur - partie tranchante du mot qui entrait en Milie comme la pluie dans la terre."
Un concert fracassant envahit la rue. "Les pompiers", pensai-je. Arezki n'avait pas bougé. Les voitures devaient se suivre, le hurlement s'amplifia, se prolongea sinistrement et s'arrêta sous la fenêtre. Arezki me lâcha. Je venais de comprendre. La police. Je commençai à trembler. Je n'avais pas peur mais je tremblais tout de même. Je n'arrêtais plus de trembler : les sirènes, les freins, le bruit sec des portières et le froid, - je le sentais maintenant - le froid de la chambre.
Cette nuit-là, Milie resta chez Walter. Elle se tut sur ce qui les séparait, ne parla ni de Mexico ni de Prague. Il fut debout avec le jour. Ils déjeunèrent, laissant la porte ouverte sur le jardin. La pluie d'orage qui menaçait depuis la veille, tombait en gouttes épaisses dont le bruit sur les feuilles écorchait Milie. Silencieuse, regardant le paysage que cernait le cadre de la porte, représentation ce matin-là du mot douleur. Qui commençait comme douceur par les coloris neutres de la campagne au réveil, vert gris, blanc bleu, terre bleue ciel blanc arbres gris horizon vert et se déroulait en sa dernière syllabe à la consonance mouillée - proche de pleur - partie tranchante du mot qui entrait en Milie comme la pluie dans la terre".
Pourquoi j'écris ? Parce que ce manuscrit il coule de mon âme comme le ruisseau. J'ai plus la place dans la tête de toutes ces pensées et ces malheurs. Celui qui lira ce manuscrit, il comprendra mon existence tout entière... " Alors que l'URSS est sur le point de disparaître, une femme du peuple, que rien ne distingue de millions d'autres femmes russes, entreprend le récit de sa vie. Evguenia Kisseliova, née en 1916, disparue en 1991, va rédiger son journal pendant plus de vingt ans. Un long monologue, écrit dans une langue quasi phonétique, dans lequel elle nous parle de " la grande guerre patriotique ", de ses démêlés avec ses maris successifs et avec son entourage, des ravages de la vodka, ou encore de la solitude. Cette voix singulière, Claire Etcherelli a su l'écouter. Ce qui pourrait être une déposition de plus, une pièce à conviction sur la condition des femmes, apparaît comme un document exceptionnel. Parce que ce récit est celui d'une femme que rien ne préparait à ce rôle, parce qu'enfin, la vie de Evguenia Kisseliova traverse et recoupe la vie et la mort de l'Union soviétique.
Tout en décrivant une population cachée de femmes insérées qui consomment et revendent des drogues, l'ouvrage aborde la manière dont les usagères-revendeuses jouent avec les critères des profilages policiers pour limiter les risques répressifs, et gèrent leurs usages sans recourir à des structures de prise en charge des addictions.
C'est dans le double sens de la formule "â¯Le corps à l'oeuvreâ¯" que réside l'originalité de l'ouvrage. Il s'agit aussi bien de mettre l'accent sur le fait que c'est le corps de l'écrivain ou de l'artiste qui fait effectivement oeuvre, qui est au travail dans le processus créatif, que de penser la création comme un trajet qui va du corps jusqu'à l'oeuvre réalisée, puis l'oeuvre reçue, lue, vue ou écoutée.
Cet essai examine la discrétion comprise comme vertu sociale essentielle dans une société décente: elle est étudiée non pas en tant que qualité morale individuelle, mais comme un concept social qui permet de penser les phénomènes d'invisibilité sociale choisie, et non seulement subie. La discrétion caractérise les grands esprits, qui construisent leur oeuvre dans l'ombre et le silence. Ils préfèrent la patience du penser à la fébrile agitation de l'opinion médiatique. Et si cette sagesse se transfusait un peu à tous les citoyens...