Après le bouleversant diptyque romanesque composé deHarmonia Coelestis et Revu et corrigé, entièrement consacré àla figure du père, Péter Esterhazy décline ici le thème de lamère. Se jouant subtilement des frontières entre fiction etréalité, le grand romancier hongrois la ressuscite en prenantplaisir à brouiller les pistes. Si Pas question d'art foisonned'anecdotes au sujet de la mère, comme sa prétendue passionpour la question du hors-jeu en football, ou sa ressemblanceavec la reine d'Angleterre, Esterhazy semble surtout suivrelibrement le ressac de sa pensée, en contournant pour notreplus grand bonheur les règles de la narration classique. Lesréflexions de l'auteur sur l'amour, la filiation, Dieu, la maladieet le ballon rond s'enchaînent et nourrissent une narrationimpossible à circonscrire, tant ses embranchements et sesrebondissements sont multiples. Tout cela est ironique etdrôle, même si l'obsession de la mort, le narrateur doitprononcer l'oraison funèbre du coach, mais aussi creuser latombe de la mère, caresse avec gravité le texte. Pas questiond'art fouille et approfondit ainsi les thèmes chers à Esterhazy,dans une écriture "thomas-bernhardienne" encore plus libreque celle des précédents ouvrages. Sa mythologie personnelleest constamment modifiée, revue et corrigée, et bon nombred'épisodes contradictoires s'entrechoquent dans le texte,comme pour nous dire que la vérité n'est jamais là où nouscroyions l'avoir trouvée. Insaisissable, en somme.