Une nuit, à la fin de l'été, sur la côte provençale où souffle le mistral, le poète, puisqu'il faut l'appeler par son nom, est tenu éveillé. Comme chacun en pareil cas, il remâche ses soucis. Que les siens prennent forme imagée et rythmée, c'est fatalité d'état : la mer est proche ; et aussi la cinquantaine ! Cette nuit, durée conventionnelle, pendant laquelle les phantasmes suscitent le poème, se révèle "critique". D'une sensation immédiate aux impressions les plus lointaines, du souvenir tout frais aux troubles réminiscences, de bords ensoleillés à des quais brumeux, elle réfléchit et fait basculer, kaléidoscope mélancolique, rêves, désirs, échecs ; tournant à la secrète remise en cause des raisons de vivre. D'où l'invocation nervalienne, la dernière qu'ait laissée à notre entendement le poète des Chimères : "Ne m'attends pas ce soir car la nuit sera noire et blanche." L'appropriation, ici, se prête au double sens, propre et figuré, avec cette différence, essentielle, que le matin attend le veilleur et son acte de foi lucide. Pour intime que s'avoue l'élégie, elle ne désespère pas de fournir prétexte à sentiments communs : "Ô insensé qui crois que je ne suis pas toi ! Hypocrite lecteur, mon semblable, mon frère !" Sinon, hors de l'épique ou du descriptif, quel poète oserait livrer au public ses hantises, qu'elles soient diurnes ou nocturnes ?" Luc Estang.
Nombre de pages
64
Date de parution
14/11/1962
Poids
94g
Largeur
140mm
Plus d'informations
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EAN
9782070222506
Titre
D'un nuit noire et blanche
Auteur
Estang Luc
Editeur
GALLIMARD
Largeur
140
Poids
94
Date de parution
19621114
Nombre de pages
64,00 €
Disponibilité
Epuisé
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Cet ouvrage de Luc Estang s'offre comme le passage d'une appréhension à une compréhension de l'univers. Après une démarche initiale de la recherche qui restait proche de la confidence et de l'élégie (c'est Le Mystère apprivoisé, 1937-1943), - puis un tâtonnement au gré des circonstances avec Prise du temps (1943-1946), Les Quatre Eléments, écrits de 1946 à 1955, nous ouvrent de nouvelles perspectives pour déchiffrer la création, et nous proposent - mer, terre, ciel et feu... - plutôt qu'une cosmogonie, une cosmosophie poétique.
Roman, au sens originel, d'amour assez durablement fou, du moins chez le partenaire masculin, pour que ce dernier, hors saison, cultive un genre littéraire illustré entre tous par Maurice Scève : le Blason d'un corps féminin. D'après des exemples prestigieux, de Dante à Pétrarque, de Ronsard à Shakespeare, voire à Baudelaire, il semblerait que la forme fixe du sonnet fût la mieux appropriée à une certaine célébration amoureuse. Projet ici : cent sonnets, plus ou moins "réguliers", avec une part de gageure quant aux limites poétiques de la dissection. Or, environ à mi-course de l'entreprise, surgit un contretemps, le Malamour, qui en assure le terme par le passage de corps à coeur du blasonnement. Sous des formes libres, Elégies et romances évoquent, heureux ou tourmentés, des épisodes du même roman "toujours près de finir qui toujours recommence". " Luc Estang.
Par analogie avec la mer, la laisse du temps serait l'espace de mémoire qu'après l'avoir submergé le temps découvre en se retirant ; ou le limon, sable des illusions et vase des regrets, qu'il dépose au bord de la vie en forme de rides ; ou les débris, algues de rêves, coquillages de nostalgie, qu'il disperse aux grands moments de l'existence. Par analogie avec la louveterie, la laisse du temps indiquerait les points du coeur et de l'esprit où le temps se fait les griffes. Par analogie avec l'horlogerie, la laisse du temps signifierait la détente que le temps accorde au ressort remonté de la passion de vivre ; entre l'amour et la mort. Enfin, littérairement, laisse veut dire tirade ou couplet. Ces différentes acceptions, ensemble et séparément, sont toutes recevables pour les trente-trois poèmes ici recueillis.
Brodsky Joseph ; Aucouturier Michel ; Bordier Jean
L'oeuvre de Joseph Brodsky (1940-1996), lauréat du prix Nobel de littérature en 1987, a été en partie occultée en France par le destin du poète, symbole de la dissidence du régime soviétique. Pour rendre compte de sa poésie d'une extraordinaire virtuosité formelle, liant l'intime à l'épique, au mythologique, et à de constantes préoccupations métaphysiques, André Markowicz a composé un volume qui réunit les poèmes publiés dans la collection "Du monde entier" en 1987 et 1993, replacés ici dans leur ordre chronologique, auxquels s'ajoute une sélection de poèmes inédits en français.
Ce n'était pas un monde perdu dont je me souvenais, ces mois que nous avions passés ensemble dans les années quatre-vingt. C'était le même temps qui avait continué sa course, et avait fini par nous rattraper." De prime abord, la vie du narrateur semble terminée. Le diagnostic de maladie de Parkinson a d'abord été posé, puis sa femme l'a quitté. Mais un jour, au milieu d'un parc de Copenhague, il croise Anna, son amour de jeunesse, une femme libre qu'il a tant aimée autrefois. Aujourd'hui, elle ne se soucie pas de ce diagnostic, et elle l'entraîne dans le drame de sa propre vie, une histoire emblématique de notre temps, remplie d'abus de pouvoir et de trahisons. Jens Christian Grøndahl écrit une partition subtile où au milieu des souvenirs sont exposées les problématiques les plus actuelles - qui vont de la maladie à l'égarement politique, du fossé entre les générations aux violences faites aux femmes. Une fois encore, Jens Christian Grøndahl nous éblouit par sa capacité à saisir l'esprit du temps et à montrer comment l'on peut choisir de se relever après avoir subi une chute et faire le choix de la vie.
Il y a dans Les Mystères de Paris une énergie sauvage: celle d'une cohorte de personnages maléfiques, malfrats hideux comme la Chouette, Tortillard - un anti-Gavroche -, le Maître d'école ou Bras-Rouge, criminels du grand monde comme le comte de Saint-Remy, monstres hypocrites comme le notaire Jacques Ferrand. Eugène Sue n'est pas avare de noirceur. Mais il y a aussi une sauvagerie du Bien, celle de Rodolphe, prince mélancolique venu à Paris à la recherche de sa fille perdue, impitoyable avec les méchants qu'il punit au mépris des lois. On doit à sa cruauté quelques-unes des scènes les plus stupéfiantes du roman: le châtiment du Maître d'école, ou le supplice de luxure imposé à Jacques Ferrand. Cette cruauté contraste avec la pureté morale de Fleur-de-Marie, comme avec la face solaire de Rodolphe, providence de tous les malheureux honnêtes dont il croise le chemin. Le roman exprime dans son ensemble une quête assoiffée de régénération morale de la société, par l'amélioration des mécanismes préventifs et répressifs (c'est le sens de l'engagement de Sue en faveur dans l'encellulement des criminels) ainsi que par l'invention de mécanismes d'incitation au Bien, police ou tribunal de la Vertu, qui doivent récompenser publiquement les actions exemplaires." Judith Lyon-Caen.