Le domestique me réveille et me tire d'un rêve heureux qui durait depuis quelques heures... Je rêvais que nous étions ensemble, R... et moi, en amants... Le rêve de cette nuit. Il a duré longtemps. R... se mariait, j'assistais à la messe, je leur présentais mes voeux, à elle et à son mari... Ensuite, j'ai rêvé que nous étions amis. Après le mariage, je les raccompagnais chez eux. Pire que la pauvreté, une terrible misère, de vieux parents impotents. Le matin, dans mon bain, je méditais en souriant à d'éventuelles significations. Je suis installé là depuis six jours seulement. Et je voudrais m'en aller plus loin, à Bénarès par exemple. À l'idée de me faire inscrire à l'université, j'étouffe. Encore suivre des cours, encore me laisser aller au gré des lectures, encore acheter des bouquins. Aujourd'hui, j'ai loué un bureau et une lampe à mettre dessus. Je dois avouer que c'était triste. Je me dis que je dois mener à son terme un dur labeur, etc., mais le désir de vagabonder me chagrine, m'humilie. Demain, peut-être, je commencerai à grignoter la grammaire sanskrite et le dictionnaire de Bhide que j'ai achetés avec D... Je reviendrai là-dessus une autre fois. Pour le moment, je reste dans ma chambre et je contemple en languissant un ciel qui commence à me lasser. [J'ai dit que je ne transcrirais que les passages concernant des gens ou certains états d'âme. Je ne pense pas que les notes érudites ou les confessions d'un découvreur de textes puissent présenter quelque intérêt que ce soit. Et pourtant, le travail d'un jeune homme dans une bibliothèque - quel lyrisme tumultueux, quelles passions refrénées! J'avais commencé à travailler dans celle de D..., fameuse à juste titre. Pendant quelques jours, mon journal ne fait état que d'enthousiasmes liés à l'érudition. Je relis ces pages avec une certaine nostalgie. Rien sur mes conversations avec D..., rien sur les gens rencontrés chez lui. Je parle de moi une seule fois: «Je suis heureux quand je peux travailler, malheureux quand la fatigue m'assomme, la nuit. Ce journal ne m'intéresse guère en ce moment. Je ne le relis plus. Il y a tellement de travail...» En effet...] Un photographe de Bombay - qui a sans doute lu l'entrefilet du Statesman me présentant comme un étudiant roumain venu ici pour étudier la philosophie indienne avec D... - me demande ma photo pour la reproduire dans je ne sais quel magazine. C'est amusant, et un peu ridicule. [Et pourtant je m'empressai de me faire photographier. Pour m'éviter de dépenser une roupie, D... fit venir chez lui un photographe amateur, un de ses neveux je crois. Il eut beaucoup de mal, à cause de mes lunettes. Je dus finalement les retirer, mais la photo fut mauvaise quand même. J'en envoyai un cliché à l'adresse de Bombay que m'avait indiquée le photographe, mais je ne vis rien paraître. Quelqu'un souffrit plus que moi: Mme P..., la seule à avoir gardé le numéro du Statesman. Elle se sentait terriblement responsable de chacun de ses pensionnaires. Et ma présence à Ripon Street était, on le verra, un événement important à plus d'un égard.]
L'idéal du yoga, l'état de jîvanmukta, est de vivre dans un"éternel"présent, en dehors du temps. Le"libéré dans la vie"ne jouit plus d'une conscience personnelle, mais d'une conscience-témoin, qui est lucidité et spontanéité pure... Le yoga s'intègre dans une tradition universelle de l'histoire religieuse de l'humanité: celle qui consiste à anticiper la mort pour s'assurer la renaissance dans une vie sanctifiée, c'est-à-dire rendue réelle par l'incorporation du sacré. Mais l'Inde s'est aventurée particulièrement loin sur ce plan traditionnel. La renaissance initiatique se traduit pour le yoga par l'obtention de l'immortalité ou la liberté absolue." Dans ce livre, Mircea Eliade revient à la discipline spirituelle que signifie d'abord et avant tout le yoga, trop souvent ramené aujourd'hui à des techniques psycho-corporelles de relaxation. Et il montre que Patañjali, auteur d'un traité intitulé Yoga-Sutra et qui vécut probablement au IIe siècle avant notre ère, fut un véritable maître spirituel.
L'auteur examine dans ce volume la situation de l'homme dans un monde saturé de valeurs religieuses. Son livre est une introduction à l'histoire des religions, une mise au point de nos connaissances dans ce domaine.
La fonction du mythe est de donner une signification au monde et à l'existence humaine. Grâce au mythe, le monde se laisse saisir en tant que cosmos parfaitement intelligible. Mircea Eliade retrace l'histoire des grands mythes des peuples primitifs jusqu'au monde moderne en passant par les grandes civilisations du passé (Inde, Grèce, etc.). Son livre constitue à la fois un exposé historique, rempli d'exemples, et une synthèse philosophique du problème examiné.
La compréhension du mythe comptera un jour parmi les plus utiles découvertes du XXème siècle. L'homme occidental n'est plus le maître du monde : devant lui, il a maintenant non plus des "indigènes", mais des interlocuteurs. Il est bon qu'on sache comment amorcer le dialogue : il est indispensable de reconnaître qu'il n'existe plus de solution de continuité entre le monde "primitif" ou "arriéré" et l'Occident moderne. Il faut prendre conscience de ce qui reste encore de mythique dans une existence moderne."
Ce petit écrit entend rassembler, pour ainsi dire de manière dogmatique, les thèses de la psychanalyse sous la forme la plus ramassée et dans la version la plus définitive. Bien entendu, sa visée n'est pas d'exiger la croyance ni de susciter la conviction. Les assertions de la psychanalyse reposent sur un nombre incalculable d'observations et d'expériences, et seul celui qui répète ces observations sur lui-même et sur d'autres est engagé sur la voie menant à un jugement personnel.
L'anarchisme, au moins tel que je le comprends, est une tendance de la pensée et de l'action humaines qui cherche à identifier les structures d'autorité et de domination, à les appeler à se justifier, et dès qu'elles s'en montrent incapables, à travailler à les surmonter. Loin d'avoir "échoué", il se porte très bien. Il est à la source de beaucoup de progrès - très réels - des siècles passés, y compris depuis les années 1960-1970. Des formes d'oppression et d'injustice qui étaient à peine reconnues, et encore moins combattues, dans un passé récent, ne sont plus considérées aujourd'hui comme tolérables. C'est une réussite, pas un échec. N. C.
Quand Paul Celan (1920-1970) s'établit à Paris à l'été 1948 ses poèmes ne sont connus que d'une poignée de gens ; à sa mort, en avril 1970, son nom est associé à l'une des oeuvres poétiques les plus importantes de la littérature allemande. Pourtant, aborder cette oeuvre, a fortiori pour un lecteur francophone, n'a rien d'évident : si les poèmes relèvent bien d'une écriture qui réclame pour elle une "obscurité congénitale" la critique a aussi pu contribuer à en obscurcir le sens. Il faut donc sans cesse reprendre le travail de lecture d'après les coordonnées que Celan a fixées, en partant de ce qu'il appelle "l'accent aigu de l'actualité", inséparable de "l'accent grave de l'histoire" et de "l'accent circonflexe de l'éternité". Appuyé sur de nombreux documents inédits (lettres, traductions et notes privées) qui éclairent sa vie et ses choix poétiques, ce volume donne accès à un "autre" Celan qui se situe tant dans une tradition dont il discute la pertinence que dans une époque qu'il guette avec une acuité implacable, attrapant dans son écriture les mots, les textes et les personnes de son temps. Juif, Celan a ancré son écriture dans l'événement de l'extermination des siens pour en faire une arme critique et analytique, esthétique aussi. Grâce aux contributions de spécialistes de l'oeuvre, cette entreprise est placée dans un réseau de discussions critiques qui l'éclairent depuis des positions multiples : linguistique, traductologique, philosophique et biographique mais aussi historique et poétique, etc.
Madame la vicomtesse de Beauséant était blonde, blanche comme une blonde, et avait les yeux bruns. Elle présentait noblement son front, un front d'ange déchu qui s'enorgueillit de sa faute et ne veut point de pardon. Ses cheveux, abondants et tressés en hauteur au-dessus de deux bandeaux, qui décrivaient sur ce front de larges courbes, ajoutaient encore à la majesté de sa tête. L'imagination retrouvait, dans les spirales de cette chevelure dorée, la couronne ducale de Bourgogne ; et, dans les yeux brillants de cette grande dame, tout le courage de sa maison ; le courage d'une femme forte seulement pour repousser le mépris ou l'audace, mais pleine de tendresse pour les sentiments doux." Honoré de Balzac.
A nos vertes amours irlandaises renouvelle le genre du carnet de voyage et crée la surprise en donnant à voir une Irlande en pleine mutation, malmenée par la crise, mais qui pense à son avenir avec détermination. De 2008 à 2018, à l'écart des routes touristiques, Hervé Jaouen s'est glissé dans le quotidien des Irlandais, à la recherche d'authentique et de vérité. Sans jamais forcer les portes, il a pris le temps d'écouter et de traduire les sentiments d'inconnus et d'amis de quarante ans. D'un ton allègre, il s'attaque à des sujets graves qu'il traite avec un mordant teinté d'humour, tord le cou à certaines idées reçues, revient sur des thèmes qui lui sont chers, comme la pêche à la mouche... De nouveau, et plus que jamais, Hervé Jaouen poétise ses impressions comme personne, continue d'éveiller des rêves d'Irlande, ravive la mémoire des amoureux de Bile verte. Sous les ciels changeants que l'écrivain voyageur sait si bien décrire, se révèle l'âme d'un peuple prompt à l'échange devant une pinte de bière ou dans l'intimité d'une maison d'hôtes.
Posez une question, Bryson y répond dans ce livre, clair, synthétique, vivant, truffé d'anecdotes, qui conjugue avec bonheur science et sourire. Vous y apprendrez sans efforts par quels hasards, traits de génie, intuitions, déductions, expérimentations, débats, les hommes en sont arrivés à connaître le monde tel qu'ils le connaissent aujourd'hui. Tout y est (ou presque) de l'histoire des sciences, de notre planète et de l'univers. Un merveilleux compagnon, dont la lecture devrait être recommandée à tous les collégiens? et à leurs parents!Ce livre a été un best-seller en France et dans le monde entier. Il a reçu le prestigieux prix Aventis du meilleur livre de vulgarisation scientifique et l'Union européenne lui a décerné le prix Descartes pour la communication scientifique.
Du Congo à l'Amazonie et de la mer de Chine à la Nouvelle-Guinée, Patrice Franceschi nous fait le récit de ses innombrables aventures. Il a partagé la vie des Pygmées, des Indiens, des Papous, été le premier aviateur à accomplir le tour du monde en U.L.M., et suivi le Nil de sa source à la mer. Il nous raconte aussi la part de sa vie consacrée aux missions humanitaires, de la Somalie au Kurdistan, et dévoile l'intensité de ses années passées au côté de la résistance afghane combattant l'armée soviétique.Corse né en décembre 1954, Patrice Franceschi partage sa vie entre écriture et aventure. Ses récits, romans, poésies, essais, sont inséparables de ses engagements et d'une existence libre et tumultueuse où il tente " d'épuiser le champ du possible ". Il est aussi marin et capitaine du trois-mâts d'exploration La Boudeuse." Pour ceux qui veulent réaliser leurs rêves "Marianne
Personne ne destinait Jean-Pierre Brouillaud à une vie de voyages et d'aventures. Devenu aveugle à l'adolescence et révolté par ce coup du sort, il plonge dans la petite délinquance. Placé dans un institut pour malvoyants où les soignants s'entêtent à tout faire à sa place, Jean-Pierre Brouillaud découvre que ses autres sens se sont développés pour compenser celui perdu. Dès lors il n'aura de cesse de dépasser les limites imposées par son handicap et la société. On lui déconseille de traverser la rue sans aide ? Il décide de partir visiter le monde. C'est le début d'un parcours initiatique où le voyage constitue le moyen de se construire en tant qu'homme.