L'Afrique à l'ère du savoir : science, société et pouvoir
Ela Jean-Marc ; Gérard Hubert
L'HARMATTAN
38,00 €
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EAN :9782296019423
Réinventer la science pour participer à la construction des sociétés où l'être humain peut s'épanouir, tel est le projet qui met à l'épreuve les nouvelles générations de chercheurs dans les pays africains. Cet ouvrage tente de fonder une autre manière de faire la science en examinant les enjeux auxquels l'Afrique est confrontée. Dans les sociétés africaines qui doivent apprendre à vivre dans un état de dissonance cognitive en soumettant les savoirs ancestraux à la confrontation, les nouveaux défis de la connaissance obligent à engager un débat fondateur sur les concepts qui déterminent les grilles d'analyse et les cadres de référence. Pour renouveler le regard sur l'Afrique, il s'agit de mettre en œuvre une science sans fétiche. Cette démarche s'impose à l'heure du Net où l'on risque trop souvent de confondre le savoir et l'information. Cet essai décrypte les enjeux de savoir qui sont inséparables des enjeux de pouvoir. A l'ère des réseaux, ces enjeux nécessitent de créer des liens novateurs entre les chercheurs et d'ouvrir la science à la société. Dans la mesure où l'innovation est la clé de l'avenir, il importe de mettre les sciences en culture dans les sociétés africaines. Volontairement provocant et stimulant, cet ouvrage se réapproprie le projet auquel tenait Alioune Diop, fondateur de Présence africaine. Il est écrit selon une démarche pluridisciplinaire à partir d'une longue expérience de recherche et d'enseignement. Il témoigne d'un véritable esprit d'impertinence qui permet de mieux cerner les enjeux de l'Afrique à l'ère du savoir.
Nombre de pages
410
Date de parution
01/01/2007
Poids
565g
Largeur
155mm
Plus d'informations
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EAN
9782296019423
Titre
L'Afrique à l'ère du savoir : science, société et pouvoir
ISBN
2296019420
Auteur
Ela Jean-Marc ; Gérard Hubert
Editeur
L'HARMATTAN
Largeur
155
Poids
565
Date de parution
20070101
Nombre de pages
410,00 €
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Face aux problèmes de fond que pose la production des connaissances dans le contexte africain, le chercheur indigène ne peut ignorer l'histoire et les théories, les modèles et les méthodes de la science auxquelles il est confronté depuis sa formation. Il lui faut prendre position par rapport à l'héritage reçu au moment même où il doit s'efforcer d'avancer comme à tâtons sans savoir où il va en essayant de pénétrer toujours davantage dans un domaine complexe et difficile où, en dépit des discours d'école, il n' y a ni règles a priori ni codes établis. Car il est demandé à chacun de faire preuve d'imagination pour inventer sa propre voie. Cette exigence implique la violation d'un certain ordre de choses dans les manières de penser et de faire en vue de s'inscrire dans un champ d'initiatives qui portent la marque de son aventure scientifique. Pour mieux saisir les enjeux de l'intelligence qui s'imposent à l'Afrique dans la dynamique actuelle des savoirs, il convient de cerner les crises de la rationalité dans l'évolution historique: Dans ce but, l'auteur attire l'attention sur les attitudes et les comportements, les mythes et les croyances par lesquelles la société entoure la science alors qu'ils sont incompatibles avec les exigences et les contraintes de l'activité scientifique.
Dans la mesure où l'humanité est en quête des savoirs de toutes les cultures, il faut s'interroger sur le modèle de mondialisation des savoirs à construire en faisant place aux acteurs de la science situés dans les contextes culturels différents. En même temps, il convient de montrer les risques auxquels l'humanité s'expose lorsque la science qui tend à se globaliser, c'est une science en crise et, en fin de compte, des paradigmes dont la pertinence est remise en question dans l'espace de leur apparition. Les savants et les philosophes qui s'interrogent aujourd'hui sur la science en Occident montrent bien que la manière dont la science se développe ne répond pas aux attentes de l'Occident lui-même. La quête d'une "science ouverte", d'une "raison plus totale" ou d'une "complémentarité des savoirs" met en cause la pratique d'une rationalité particulière, dominante et tronquée. Rien ne justifie l'absurde prétention de cette science à s'identifier à "la raison universelle". Au moment où l'Occident est hanté par les exigences d'une rationalité qu'il s'est fait le devoir d'oublier depuis la séparation de la science et des grands systèmes philosophiques, une sorte de vigilance épistémologique s'impose à l'Afrique. Dès lors, insiste l'auteur, dans tout rapport au savoir, il s'agit de prendre en compte la négation de ce qui, à travers l'invasion des paradigmes d'Occident, donne sens et valeur à la vie. Le scientifique africain doit veiller à construire une nouvelle cohérence. Dans ce but, des choix fondamentaux s'imposent au sujet de la nature de la science elle-même. Ces choix obligent à établir de nouveaux liens entre la science et le reste de la culture, en particulier la philosophie, l'éthique et l'art. Ils imposent une autre orientation à la pensée.
Grâce aux nouvelles technologies de l'information et de la communication, la production et la circulation des savoirs s'effectue à un rythme vertigineux et sans précédent dans l'histoire de l'humanité. La maîtrise et l'appropriation des connaissances sont au premier rang des facteurs qui déterminent la place des Etats et des peuples dans l'ordre actuel des relations internationales. Dans cette émulation planétaire de l'excellence et de la puissance, l'Afrique, tant bien que mal, essaie de ne pas rester à la traîne d'une compétition dont l'issue conditionne en partie le destin de ses populations. Pour les pouvoirs politiques qui doivent inscrire cette nouvelle donne au cœur de leurs priorités, pour l'élite intellectuelle africaine, il s'agit selon l'auteur de bâtir un corps de recherche à la hauteur des urgences du continent, et construire au besoin, en partenariat avec des chercheurs du Nord, des paradigmes nouveaux affranchis des tutelles qui s'approprient la recherche de pointe pour la satisfaction exclusive des logiques de profit et de pouvoir. A une époque où ne cesse de s'amplifier, dans l'univers des sciences, le débat sur les implications éthiques de la rationalité scientifique, la recherche africaine doit se vouloir performante et prendre toute sa place dans cette confrontation dialectique sur les contenus de l'humanisme moderne.
La Raison est née chez les noirs : tel est le " scandalt " qui est au centre de l'oeuvre de Ch. A. Diop. Si cette oeuvre fascine les uns, elle perturbe et dérange les autres. Pour en saisir l'enjeu, il faut revenir au long débat ouvert sur l'Afrique à partir du regard de l'Occident depuis la Renaissance. Avec une puissance de travail rare et une vaste culture, le célèbre auteur de Nations nègres et Culture affronte une génération de potentats de la science. Il en vient à semer l'épouvante chez les gardiens du temple et à remettre en question quelques mythes imposés par le pouvoir colonial. Un seul problème habite ce chercheur aux savoirs multiples : faire la lumière sur le rôle civilisateur des Africains dans l'histoire. Car, montrer que le continent noir est le berceau de l'humanité et que l'Egypte nègre est celle qui a inventé les sciences et les techniques, les mathématiques et la philosophie, l'écriture et la religion, c'est rétablir la vérité trop longtemps masquée par le " mythe du Nègre ". Pour Ch. A. Diop, Ie " miracle grec " à proprement parler n'existe pas. Tout Ie problème est là. L'égyptologue indigène est un hérétique du savoir institué. S'il rend à l'homme noir sa mémoire, il annonce la fin des certitudes et ouvre des voies nouvelles à la recherche sur l'Afrique, au-delà des apports de l'Africanisme. Pour gérer l'héritage de cet homme de science, il faut retrouver cette capacité de créer qu'il a voulu faire naître en chaque Africain. Les maîtres de vérité sont tentés d'occulter l'apport de Ch. A. Diop à l'histoire des sciences. C'est pourquoi Jean-Marc Ela invite les jeunes Africains à relire sans passion une oeuvre incontournable qui démeure un défi à l'intelligence de notre temps.