Extrait Trente ans Il est 2 heures du matin, je suis épuisé, j'ai peur et je pue la sueur. La nuit épaissit l'angoisse qui précède le prononcé du verdict. Quand la cour et les jurés sont-ils partis délibérer ? Je ne m'en souviens pas mais c'était il y a trop longtemps. J'ai plaidé l'acquittement, je sens que je ne serai pas suivi - sinon, ils seraient déjà revenus l'annoncer. Ce procès a duré trois jours. Pendant trois jours j'ai défendu un homme et, aujourd'hui, je n'ai plus d'énergie. Cette interminable attente de la sentence n'est pas un temps comme les autres : c'est un moment suspendu, une parenthèse de mystère durant laquelle se joue le destin d'un être. Quand l'horloge recommencera à tourner normalement, tout sera joué. Je déteste l'idée que pendant ces heures-là, je ne sers à rien. Souvent, je passe voir celui que je défends, détenu dans une geôle minuscule qui sent le malheur. Pas pour le «préparer» à affronter l'épreuve du verdict, ni pour lui remonter le moral : le mien est en général plus bas que le sien. Pour être auprès de lui quelques brefs instants, pendant qu'il est encore «présumé innocent». Il y a, dans ce tête-à-tête, des moments surréalistes. Je me souviens d'un client - j'ai ce mot en horreur mais il n'y en a pas d'autre, j'y reviendrai - pour qui j'étais intervenu avec mon ami Jean-Yves Liénard. C'était aux assises du Pas-de-Calais, à Saint-Omer. Une affaire atroce. L'homme en question répondait du meurtre de sa mère, de son grand-père, et d'une tentative de meurtre sur son père. L'avocat général avait, logiquement, requis la réclusion criminelle à perpétuité. Je venais de terminer ma plaidoirie et j'étais encore ruisselant. Jean-Yves et moi entrons dans la cellule. L'homme, qui y avait été reconduit peu avant, était en train de déjeuner. Il nous montre son sandwich, furieux : «Regardez, ils n'ont même pas mis de beurre !» C'était à la fois grotesque et pathétique de voir un être humain incapable de trouver les mots convenant à la gravité de sa situation. Cet homme qui ne savait pas parler s'est pendu quelques années plus tard. Je viens d'aller dîner sans appétit dans la seule brasserie restée ouverte, j'ai bu deux bières dont l'amertume me colle à la bouche, j'ai trop fumé, je n'en peux plus, j'ai de plus en plus peur. Les assises constituent un monde à part, dont je connais parfaitement les codes mais dont la violence me sidère toujours. Le verdict va bientôt tomber, cela va durer quelques minutes sèches après les heures de débat au cours desquelles j'ai tout donné. Un premier signal ne trompe pas : les forces de l'ordre commencent à se mettre en place devant la cour d'assises et aux abords du palais de justice. L'huissier m'appelle sur mon portable dont il a noté le numéro au premier jour de l'audience, ainsi que celui de mes confrères et de l'avocat général, mon adversaire. Il enfile sa robe noire quand j'entre dans le prétoire qui, lui aussi, sent la sueur. Autrefois, une acre odeur de fumée vous sautait au nez et à la gorge, car on détruisait dans un poêle les bulletins secrets remplis par les jurés. La justice sentait le papier brûlé, elle s'accompagne désormais du cliquetis de la broyeuse qui dévore les douze ou quinze bulletins qui ont scellé le sort d'un homme. Les verdicts n'ont plus d'odeur.
« Les assises sont une drogue dure pour qui pratique la chronique judiciaire. Mon addiction s'est déclarée dès la première dose, il y a de cela presque un quart de siècle. » Stéphane Durand-Souffland a suivi, pour Le Figaro, les plus grands procès de ces dernières années : de Guy Georges - « le tueur de l'Est parisien » - à l'historique V13 - qui juge les attentats du 13 novembre -, en passant par le scandale d'Outreau, Michel Fourniret - « l'ogre des Ardennes » -, Jacques Viguier, Tony Meilhon - l'assassin de la jeune Laetitia -, Maurice Agnelet, Dominique Cottrez, Francis Heaulme - « le routard du crime » - ou encore l'affaire Troadec. Dix procès, comme autant de « mythologies criminelles », qui ont marqué notre époque et que l'auteur raconte minute par minute, au plus près de la dramaturgie des audiences, entre témoignages bouleversants, douleur des victimes et de leurs proches, morgue des accusés, flamboyantes plaidoiries et aveux arrachés. Dix procès dont le récit, d'une précision chirurgicale, met à nu la machine à juger, jusqu'à l'éclosion d'un verdict. Service après-crime offre aux lecteurs une place aux premières loges de l'histoire judiciaire, cette face cachée de l'humanité. Chroniqueur judiciaire au Figaro, Stéphane Durand-Souffland est notamment l'auteur de Frissons d'assises (Denoël, 2012), Bête noire, avec Éric Dupond-Moretti (Michel Lafon, 2012) ou encore, à L'Iconoclaste, Jours de crimes, avec Pascale Robert-Diard, en 2018.
Tous les grands procès d'assises connaissent un point de bascule, un moment précis qui résume l'audience et, parfois, en détermine l'issue. Revirement spectaculaire d'un témoin, aveux inattendus d'un accusé, plaidoirie d'un avocat, ces instants constituent un condensé d'émotion et de tragédie. Ils font de la cour d'assises un théâtre du réel. Guy Georges, Michel Fourniret, Yvan Colonna, Jacques Viguier, Jean-Michel Bissonnet, Outreau... Les procès importants de ces dix dernières années ont donné lieu à des scènes d'anthologie judiciaires, racontées dans ce livre par un journaliste qui les a vécues. Témoin privilégié de ces procès, toujours très informé du dossier d'instruction, Stéphane Durand-Souffland sait en reconstituer l'histoire, les personnages et l'atmosphère. Au-delà de son métier de chroniqueur, il parvient à en restituer le ressort dramatique, la finesse souvent diabolique des rouages et surtout l'intense émotion.
Le 27 février 2000, Suzanne Viguier disparaît. Son mari, Jacques Viguier, devient rapidement le suspect n° 1 : tout, dans sa conduite totalement erratique et silencieuse, ses faux-pas et ses maladresses, l'accuse. Il sera pourtant acquitté après deux procès d'assises, riches en coups de théâtre. Duels d'avocats, témoins incohérents, manoeuvres policières, exagérations médiatiques, Stéphane Durand-Souffland démonte ici les rouages d'une machine judiciaire qui n'est rien moins qu'infaillible. Et nous raconte comment on "fabrique" un coupable.
Un faux coupable? Le 27 février 2000, Suzanne Viguier disparaît à Toulouse. Les soupçons de la police se portent rapidement sur son mari, professeur agrégé de droit public. Celui-ci sera acquitté à deux reprises par des cours d'assises, en 2009 et 2010. En réalité, Jacques Viguier a été jugé non tant pour les faits qui lui étaient reprochés qu'en fonction de sa personnalité. Sa conduite totalement erratique, on pense, entre autres, au matelas de Suzanne qu'il va jeter le 8 mars 2000 sans raison apparente, son obstination à ne jamais fournir ce qu'on attend de lui pour prouver son innocence, en font un personnage extrêmement intriguant. Brillantissime face à ses étudiants, il se révèle terne, voire nul, dans la vie quotidienne. L'amant et le policier sont également des personnages riches, en ce sens que l'un et l'autre veulent avoir le dessus, coûte que coûte, face au brillant universitaire, comme s'ils étaient obsédés par un complexe d'infériorité sociale. Enfin, le mystère perdure sur le destin de Suzanne Viguier. Avec un sens remarquable de la dramatisation, Stéphane Durand-Souffland relate les deux procès de Jacques Viguier, dans un style totalement hitchcockien.
Trois héros déterminés à vivre leur passion. Une aventure d'amitié, de musique et de passionnés. Octave, Mae et Gia ont passé l'étape des Auditions à l'Aveugle. Octave n'a pas le Coach de ses rêves et il subit la pression familiale. Mae est terrifi ée par l'austère Madame Victoire et craint de ne pas être au niveau. Quant à Gia, elle est toujours en confl it avec son père : la laissera-t-il continuer à chanter ? L'épreuve redoutée des Battles approche, et chacun doit a ronter ses doutest e hésitations... Réussiront-ils à vaincre ces obstacles pour réaliser enfin leur rêve ?
Retrouvez la nouvelle édition collector de la série INSAISISSABLE dans sa version originale ! Je meurs sans toi / Je ne dépends de personne / Les morts me hantent / Une nouvelle vie m'attend / Ils m'ont trahie / Je prendrai ma revanche / Je dois garder le contrôle / Mon pouvoir est sans limite / Le passé me consume / L'avenir m'appartient.
Toujours en quête des moyens qui leur permettront de réparer le passeur, Wellan et ses compagnons se dirigent alors vers le Royaume des Elfes. Sauvés in extremis par le magicien Mériador d'une attaque sournoise d'Anthel, ils sont cependant forcés de fuir à Opale. Fou de rage, Anthel s'en prend alors à tous ceux qui tentent de l'empêcher dans sa mission guerrière, allant même jusqu'à commettre l'irréparable. Alarmés, les magiciens d'Enkidiev commencent à se rassembler pour mettre fin au règne de terreur de leur ennemi... Mais à quel prix ? Peut-on toujours échapper au pire ...
[Ma vie m'échappe.] Je choisis mon destin. [Mes ennemis sont prêts à tout.] je n'ai plus rien à perdre. [Je ne sais plus qui je suis.] Jamais il ne m'oubliera. [Je dois le tuer.] Lui seul peut me sauver. [Le chaos a gagné.] La délivrance. Enfin.
La Brigade de protection des mineurs (BPM) est l'une des six brigades spécialisées de la Police judiciaire parisienne. Elle traite près de 1600 affaires par an pour environ 80 enquêteurs, répartis en deux grandes entités : la Section opérationnelle et la Section Intrafamiliale. Entités auxquelles il faut ajouter le Groupe Internet, qui lutte contre le téléchargement et la diffusion d'images pédopornographiques.
Pendant six années, de 2010 à 2016, la reporter-aquarelliste Noëlle Herrenschmidt, familière de l'univers judiciaire, s'est plongée dans les coulisses de la loi. Comment s'élabore la loi en France, depuis sa conception dans les cabinets ministériels jusqu'au Journal officiel, en passant par Matignon, le Conseil d'Etat, l'Elysée avec le Conseil des ministres, le Parlement (Assemblée nationale et Sénat), le Conseil constitutionnel. Suivant la vie quotidienne de ces lieux, le jour et parfois la nuit, ce reportage en direct donne à voir ou à entendre tous ceux, petits ou grands, inconnus ou célèbres qui participent à cette mission, depuis l'agent d'entretien jusqu'au Président de la République. Fort de son humanité, le livre aura atteint son but s'il conduit le lecteur à porter un regard différent sur ce monde mal connu, souvent mal aimé, le monde politique. Loin des idées reçues.
Tout interroger, tout bousculer, tout refonder, et produire, à partir de là, quelque chose comme une désorientation générale de nos sens, une transformation des affects que nous sommes souvent conduits à éprouver lorsque nous sommes victimes ou témoins d'une agression, d'une scène de violence ou d'une injustice : tel serait le projet que j'aimerais accomplir ici. Comme une entreprise de destruction de nos repères culturels et de construction d'une nouvelle morale, qui se situerait au-delà du principe de répression - qui serait débarrassée, enfin, de l'emprise que les notions de crime, de responsabilité, de plainte et de punition exercent sur notre appréhension des actions humaines et de leur régulation. En un sens, je conçois ce livre comme une sorte d'expérimentation radicale, qui testerait la capacité de la réflexion d'être plus forte que les impulsions premières et les impensés sociaux. Sommes-nous capables d'être affectés par un raisonnement au point de remanier complètement nos manières de percevoir et donc aussi de nous comporter individuellement et politiquement ? Et si non, à quoi sert la philosophie ? "
Kaba Mariame ; Murakawa Naomi ; Nopper Tamara K. ;
Un regard neuf sur nos institutions punitives, et sur l'opportunité que présente la justices réparatrice et transformatrices. Quand quelqu'un nous cause un préjudice, nous sentons-nous vraiment mieux une fois qu'il a été puni ? Ne serait-il pas préférable de restreindre ses privilèges ou sa liberté de mouvement sans pour autant l'enfermer dans un lieu qui le rendra encore plus violent et compromettra ses chances de survie ? Comment aborder la violence qui s'exerce dans une société en la réduisant concrètement au lieu de la reproduire indéfiniment ? Militante, éducatrice et autrice américaine, Mariame Kaba s'engage pour une justice transformatrice, la formation des jeunes à la lutte contre la violence et le démantèlement du complexe carcéro-industriel. En attendant qu'on se libère est son premier livre publié en français. Avant-propos de Naomi Murakawa Sous la direction de Tamara K. Nopper