Le terme "appropriation" est de plus en plus utilisé en sciences humaines, sans pour autant que l'on sache à partir de quels postulats il se trouve justifié, que ce soit pour expliquer une action ou pour en faire une méthode de recherche. Le but de ce court essai est de l'intégrer à une théorie de l'interprétation qui en révèle pleinement la puissance, et c'est à partir du pragmatisme de Charles Sanders Peirce que cela est possible. On décrit l'appropriation comme un effort d'interprétation qui résulte d'une tension entre être affecté par l'expérience d'un objet et lui attribuer une signification. Il faut alors répondre à plusieurs questions. Quelles sont les conditions de l'appropriation? Quelle logique en permet le déploiement? Comment se déroule cet effort? Quelle est la forme du résultat obtenu? Est-ce qu'une connaissance peut s'en dégager? Ce concept est à la base d'une école de pensée émergente au Québec, que l'on nomme les nouvelles théories de la lecture et de la spectature. Ces théories réactualisent le pragmatisme de Peirce au regard d'enjeux contemporains à propos de l'acte de lecture et de "spectature ". Leurs travaux portent sur la logique au seuil de l'interprétation, ainsi qu'au résultat de l'interprétation - la figure- et au déroulement processuel de l'acte. On adjoint une dimension sociale à l'appropriation en référant aux théories de lan Hacking. Voulant adopter un point de vue critique par rapport à d'autres théories de l'interprétation comme l'herméneutique et le structuralisme, on a situé diverses conduites interprétatives sur deux axes de l'appropriation (excessive et insuffisante). La méthodologie inhérente à l'appropriation réside dans l'équilibre précaire entre ces deux axes. Une certaine sensibilité culturelle doit alors être acquise, ce qui implique qu'un sentiment de responsabilité accompagne les actions du spectateur soucieux de la pertinence de la figure élaborée au cours de son effort d'interprétation. Étudiants et chercheurs en analyse filmique et littéraire seront particulièrement interpellés par ce sujet, car la question de savoir ce qui provient de soi versus ce que l'objet nous dicte est un problème auquel chacun fait face rapidement.
Date de parution
21/01/2010
Poids
205g
Largeur
151mm
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EAN
9782760524897
Titre
APPROPRIATION D UN OBJET CULTUREL
Auteur
DUMAIS F
Editeur
PU QUEBEC
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151
Poids
205
Date de parution
20100121
Disponibilité
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Ernst Troeltsch (1865-1923) et Paul Tillich (1886-1965) font actuellement l'objet d'intenses travaux de recherche, d'éditions critiques et de traductions. Ils gagnent une pertinence nouvelle en ce tournant de siècle, où se multiplient les questions concernant la place de la religion dans la société, le pluralisme religieux, les nouvelles formes du religieux. Cela a suggéré l'idée d'une comparaison systématique des deux oeuvres, pour mieux percevoir leurs différences et leur complémentarité, favorisant par là môme leur impact sur la situation présente. Les séminaires d'été, qui se sont tenus à Québec, ont réuni à cette fin des spécialistes de Troeltsch (Alfred Dumais, Pierre Gisel et Peter De Mey) et de Tillich (André Gounelle, Jean Richard, James Reimer et Peter Haigis). Pour déterminer les étapes de la recherche, on s'est inspirés de Tillich qui, dans ses retours sur l'oeuvre de Troeltsch, distingue toujours chez le philosophe de la religion (incluant le théologien), le philosophe social et le philosophe de l'histoire. Ce volume rend compte de la première étape des travaux. La philosophie de la religion est au centre des préoccupations de Troeltsch et de Tillich. Les deux s'interrogent sur la situation et le statut de la religion en modernité. Mais de là surgit aussi la question épistémologique, celle des rapports entre sciences empiriques et sciences normatives de la religion. La recherche de Troeltsch va couvrir tous ces deux domaines : de la psychologie empirique de la religion (William James en particulier) jusqu'à la théorie de l'a priori religieux, par où il entend surmonter le positivisme. Tillich, pour sa part, approfondira la question épistémologique (les rapports entre sciences empiriques et sciences normatives), et il proposera l'idée théonomie, où la religion est conçue comme substance de la culture. En théologie, les deux entendent relever le défi d'une interprétation de la foi chrétienne qui corresponde à la situation actuelle. Pour Troeltsch, la situation est celle de la modernité sans plus. De son côté, Tilliche pense que la Grande Guerre a marqué la fin de la bourgeoisie moderne et qu'une nouvelle époque (un nouveau kairos) s'ouvre maintenant devant nous. Les deux partagent pourtant les mêmes convictions concernant le caractère non surnaturaliste de la nouvelle interprétation de la révélation, de la foi et du Christ lui-même. Ils pourront ainsi ouvrir un nouveau chant disciplinaire, celui de la théologie des religions : troeltsch dans une perspective historique, Tillich dans le contexte du dialogue religieux.
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