Le livre que vous tenez en main revisite un genre oublié : le roman populaire qui fit flores au XIXe siècle avec Eugène Sue ou Fenimore Cooper. Il est parsemé, comme il se doit, de grands moments d'aventure dans des terres lointaines, de fantastique, voire d'horreur, pour nous conter les tribulations au Mexique du soldat confédéré Charles Hopkins, à l'issue de la guerre de Sécession, en avril 1865. Charles est né au Texas, le 22 avril 1837, un an jour pour jour après la victoire de San Jacinto où Sam Houston défit les troupes du général Santa Anna, le boucher de Fort Alamo. Il nous raconte sa participation à l'expédition française au Mexique dans le cadre de la contre-guérilla du colonel Dupin. Puis il poursuit son récit en ne nous cachant rien de ses aventures hoffrnannesques - car comment se fait-il que Davy Crockett et Jim Bowie soient encore de ce monde ?... Que verte soit la couleur du sang qui coule dans les veine de l'armée de Juarez assiégeant Camerone ?...Que l'assassin (présumé ?) d'Abraham Lincoln ait escamoté le cadavre du grand homme et l'ait enseveli les profondeurs d'une pyramide aztèque ? Charles, enfin, nous révèle en quelles circonstances il a mis la main (ce n'est pas peu dire) sur le trésor de Maximilien de Habsbourg que Napoléon III avait hissé sur le trône avant de l'abandonner à son destin tragique. Mais place aux aventures de notre héros dans ce beau pays malheureusement meurtri par des luttes incessantes et des exactions sans nombre.
Popularisé par Jean Ray - qui n'a pourtant pas créé le personnage - et les éditions Marabout, le détective Harry Dickson a trouvé en Gérard Dôle un de ses plus brillants continuateurs, comme on peut en juger, depuis 1984, avec la publication de nouvelles aventures. Le Vampyre des Grampians recueille neuf nouvelles totalement inédites. Dans ces histoires mêlant fantastique et enquête policière, tout y est de ce qu'on attend du récit dicksonien : une Grande-Bretagne figée à jamais dans les brumes, apparences trompeuses et apparitions grotesques, masques animés avec peut-être rien derrière, le rouge du théâtre et du sang, personnages insolites et surannés, fraternités interlopes, géométrie extravagante où, passé la porte d'un cabanon de jardin londonien, on débouche dans un vaste temple oriental dont les colonnes se perdent dans la nuit des voûtes, meurtres sans rime ni raison, tueurs improbables comme cette marionnette brisant ses fils pour mieux planter ses dents dans la gorge d'un badaud. Et puis, il y a la touche personnelle de Gérard Dôle qui introduit dans la plupart des récits ses musiques maléfiques. Chez lui, le spectacle dicksonien est avec fosse d'orchestre et les sons concourent au déroulement de l'intrigue. Pour mieux diriger ce concert diabolique, l'auteur apparaît fugacement, figure du Destin, sous l'apparence de l'Homme au singe, une réminiscence de l'époque lointaine où il chantait aux terrasses des cafés de Saint-Germain-des-Prés en s'accompagnant à l'orgue de Barbarie, assisté d'un macaque furibond battant la mesure de ses longs bras griffus.
Au départ, il y a Edgar Poe et la trilogie du chevalier Auguste Dupin : " Double assassinat dans la rue Morgue " (1841), " Le Mystère de Marie Roget " (1842-1843), " La Lettre volée " (1844), trois contes traduits par Baudelaire qui les inclura dans Histoires extraordinaires et Histoires grotesques et sérieuses. Ces nouvelles, éditées sans interruption, sont à 1a base du roman policier moderne. Dans le Paris mouvementé de la Monarchie de Juillet, elles mettent en scène un enquêteur privé, Auguste Dupin, dont les seules facultés d'observation et d'analyse lui permettront de venir à bout de redoutables énigmes judiciaires. Malheureusement, le lecteur avide des exploits de Dupin, dut se contenter de ces trois textes jusqu'en 1968, année ou le Britannique Michael Harrison publia un premier recueil de nouvelles aventures, paru en France sous le titre Le Retour du chevalier Dupin (1990). Maintenant, voici Gérard Dôle et ses Ogres de Montfaucon, ou comment l'illustre Auguste Dupin va nous éblouir à treize reprises. Des hommages inédits, mais pas des imitations, car ici le Paris historique se trouble pour laisser passer l'étrange et fantasmagorie - ce n'est pas pour rien que l'auteur est aussi celui des nouvelles aventures de Harry Dickson. En résumé, beaucoup de mystère et parfois une touche de fantastique, jusqu'à la surprise finale qui devrait ravir les nombreux passionnés de Sherlock Holmes.
Finn, descendant du dieu Nuadh à la Main-d'Argent, règne en maître et capitaine, du haut de sa forteresse d'Alvainn, sur les Fiana, ordre militaire garant de la paix du royaume d'Irlande. Dès lors, tout n'est que prétexte à l'aventure ; à chaque instant, l'amitié, l'honneur, l'amour ou les injonctions magiques entraînent Finn et les Fiana dans d'étranges et mystérieuses contrées au milieu de périls surnaturels. Depuis les sidh hantés par les fils de Dana, en passant par le Pays de l'Eternelle Jeunesse pour finir au Paradis des Chrétiens, la vie des Fiana ne peut se concevoir sans gloire ni aventures. Après le Cycle de la Branche rouge paru dans la même collection, c'est à la rencontre de ces hommes, de ces héros des temps anciens, de ce monde primitif où la rupture entre l'homme et les dieux n'était pas encore consommée, que nous entraîne le Cycle de Finn.
Merlin partage son temps entre la forêt mythique de Brocéliande où il ne fait qu'un avec la nature, et la cour où il guide Arthur avec sagesse. Il est le fondateur de la célèbre Table Ronde réunissant autour du roi la fleur de la chevalerie. Cet enchanteur aux multiples facettes, détenteur des secrets cachés de l'univers, n'a cessé de hanter notre imaginaire depuis des siècles et garde à jamais sa part de mystère. Devenu invisible, il survit dans le cercle féerique de la belle Dame du Lac et continue à nous enchanter... Sélectionnées parmi la riche floraison littéraire du cycle arthurien et adaptées en français moderne, ces Petites Histoires de Merlin l'enchanteur invitent le lecteur à s'aventurer dans un univers magique envoûtant.
Humour, sarcasme, mélancolie... Tels pourraient être les qualificatifs que l'on serait tenté d'attribuer à ces "contes et portraits" écrits - et illustrés - par Pierre Mas Orlan entre 1909 et 1917. Destinés à l'origine pour être publiés dans les journaux comme Le Rire, Le Journal ou Le Sourire, ils sont en quelque sorte les architectures des textes ultérieurs de l'auteur, des chefs-d'?uvre du "fantastique social" qui est la marque de fabrique de l'écriture de Pierre Mac Orlan. Mais retrouvons plutôt Garwell et con huître Dolly, le capitaine Pat à la recherche des sources du Missouri ou encore George Merry et son titanesque projet de terre automotrice, et abandonnons-nous entre les mains de ces "bourreurs de crânes"...