L'aventure des passions aux XVIIe et XVIIIe siècles. Apogée et déclin d'une notion théorique cardinaleComme le souligne une anthologie récente de textes sur les passions, «il est certain que la préférence marquée et pour l'usage du mot "émotion" et pour l'investigation de cette notion signale une méfiance à l'égard de ce que désigne la "passion"». Au seuil d'un ouvrage consacré à la notion de passion à l'époque moderne, cette méfiance typiquement contemporaine a le mérite d'attirer l'attention sur une histoire de la compréhension de l'affectivité qui nous révèle le renversement du statut privilégié dont jouissait cette problématique dans la philosophie et la littérature des XVIIe et XVIIIe siècles. Au surplus, cette histoire est d'autant plus complexe que, sous l'apparente continuité des termes depuis l'Antiquité, les passions font l'objet d'une réflexion faite de ruptures, de remaniements, de reprises et de controverses sur les héritages. On se souviendra qu'avecLa persuasion est produite par la disposition des auditeurs, quand le discours les amène à éprouver une passion: car l'on ne rend pas les jugements de la même façon selon que l'on ressent peine ou plaisir, amitié ou haine.De ce point de vue, les passions impliquent davantage un rapport à autrui qu'un mouvement instinctif purement individuel. À ce titre, elles renferment aussi le principe d'une relation esthétique; Aristote, on le sait, s'intéresse également aux passions suscitées chez le spectateur en envisageant la purgation des passions, ou catharsis, comme la finalité de la tragédie dans la Poétique. Les passions font sans cesse l'objet de multiples descriptions, d'analyses et de représentations de manière à mieux les connaître, mieux les représenter et savoir mieux les contrôler. Objet de représentation, elles sont aussi des perturbationes, des désordres posant avant tout un problème moral. C'est cette conception de la passion comme pertubatio animi éminemment néfaste à la quiétude de l'âme qui anime toute la réflexion d'inspiration stoïcienne et que prolongera et infléchira à sa suite le christianisme. Les passions deviendront ainsi la marque de l'homme déchu, mais pourront être aussi la source de son rachat, s'il s'élève à l'amour de Dieu.Dans son Dictionnaire Universel, Antoine Furetière consacre dix entrées au terme passion:Passion, en Morale, se dit des différentes agitations de l'ame selon les divers objets qui se présentent à ses sens. Les Philosophes ne s'accordent pas sur le nombre des passions. Les passions de l'appétit concupiscible, sont la volupté et la douleur, la cupidité & la fuite, l'amour & la haine. Celles de l'appétit irascible sont la colère, l'audace, la crainte, l'espérance, & le desespoir. C'est ainsi qu'on les divise communément. Les Stoïciens en faisoient quatre genres, & se pretendoient estre exempts de toutes passions. Voyez l'Abrégé de Gassendi, & sur tout Monsieur Descartes, qui a fait un beau Traité des Passions d'une manière physique. Coeffeteau a fait le Tableau des Passions; la Chambre, les Characteres des Passions; le Père Senaut, l'Usage des Passions.
Nombre de pages
298
Date de parution
29/08/2012
Poids
406g
Largeur
152mm
Plus d'informations
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EAN
9782705684044
Titre
Penser les passions à l'âge classique
Auteur
Desjardins Lucie ; Dumouchel Daniel
Editeur
HERMANN
Largeur
152
Poids
406
Date de parution
20120829
Nombre de pages
298,00 €
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Mondes renversés où les hommes filent la quenouille, mondes à l'envers où les femmes sont médecins ou soldats : ces différentes figures d'un monde sens dessus dessous brouillent les identités fixées par de très vieilles évidences. De la Renaissance aux Lumières, les mécanismes de renversement que met en oeuvre la fabrique de ces mondes à rebours nourrissent un imaginaire littéraire, philosophique et artistique foisonnant, éminemment favorable aux associations burlesques ou paradoxales. À la faveur d'une capacité poétique et rhétorique à susciter la surprise ou le vertige s'affirme la vocation parodique, satirique et critique que comporte la représentation d'un autre monde. En bouleversant les rapports convenus entre les êtres et les choses, en dessinant parfois les contours d'un antimonde, les figures du monde renversé participent ainsi de l'avènement de notre modernité.
Au XVIIe siècle, le corps parle: il révèle dans la plus parfaite transparence ce qu'on appelle alors les "passions de l'âme". La rougeur ou la pâleur du visage, le battement des paupières ou l'élévation du sourcil, la plus ou moins grande ouverture de la bouche, le ton de la voix, le geste, la posture ou la démarche, chaque mouvement du corps devient signe d'une passion particulière et, de ce fait, objet d'un savoir que l'on cherche à codifier. Si ce savoir se déploie dans les traités de médecine et dans les " traités des passions ", il investit également de nombreux textes dont le principal objet est autre, qu'il s'agisse de la peinture, du théâtre ou du roman, de l'éloquence, de la musique ou du chant, de la danse ou encore de la vie de cour. De Descartes à Bernard Lamy, de Félibien au cardinal de Retz, de Marin Mersenne à Racine, ce savoir sur les pouvoirs du corps expressif traverse tout l'âge classique et devient le lieu d'une profonde inquiétude épistémologique où se forge peu à peu une conscience neuve du moi.
L'imaginaire du corps est sans bornes, mais chaque culture lui impose des limites qui le caractérisent et donnent lieu à des représentations verbales et visuelles. Le présent ouvrage explore les images et les usages du corps tels que décrits et illustrés dans les fictions romanesques de l'Ancien Régime à travers l'Europe et la France, sans négliger les arts, les croyances et les connaissances qui en affectent les représentations narrées et gravées. Trois grandes catégories se dégagent de la topique du corps romanesque et constituent les trois principales parties de l'ouvrage. La première partie, " Corps souffrant ", étudie la vulnérabilité du corps qui, voué à la douleur et à la mort, appelle des soins voire une rédemption. La seconde partie, " Corps éloquent ", étudie l'expressivité du corps dont l'apparence peut révéler l'identité, la sensibilité, le caractère et dont les gestes exemplaires suscitent l'admiration. La troisième partie, " Corps surprenant ", s'intéresse aux mystères du corps tantôt volatil, tantôt opaque, souvent équivoque et généralement irréductible et insaisissable. Pour clore ce triple parcours éclairant le corps des personnages qui peuplent récits et romans, une quatrième partie, " Corps métaphore ", met en jeu le roman lui-même.
Une peinture est un tout organisé, un ensemble de formes (lignes, surfaces colorées...) sur lequel viennent se faire ou se défaire les sens qu'on lui prête. Le contenu de cet ensemble n'est pas un équivalent d'émotion, de sensation, il vit de lui-même. Ces relations entre les formes sont un transfert de relations de l'univers à une autre signification. Dans ce qu'elle a d'essentiel la peinture est une humanisation du monde. " Pierre Soulages (1948) Voici réunis, dans leur variété, leur constante et exemplaire rigueur, quelques-uns des textes et entretiens de Pierre Soulages. Ils explicitent pour nous son oeuvre immense.
Nous vivons une époque paradoxale : les extraordinaires progrès scientifiques et techniques des dernières décennies ont bouleversé notre existence, mais, dans le même temps, un fulgurant retour de la barbarie sape nos valeurs laïques fondamentales, héritées des Lumières. Religions et utopies sociales, ces illusions dangereuses constituent la pire malédiction de l'humanité ; elles assaillent notre liberté de penser et de nous exprimer librement. Elles nous imposent leurs critères absolutistes du Bien et du Mal ainsi leur foi dans un au-delà ou un avenir radieux chimériques. Leur but est évident : nous empêcher de vivre sereinement et nous priver du bonheur quotidien. Dès lors, l'alternative est tranchée : Homme ou Dieu ? Raison ou foi ? Plaisir ou ascèse ? Vivre ici et maintenant ou attendre la vie après la mort ? Ce livre très documenté n'en est pas moins un ouvrage grand public : écrit dans un style simple et accessible, il se veut un essai-coup de poing, un pamphlet choc et sulfureux pour nous libérer des fausses promesses et des mensonges qui nous emprisonnent.
Les technologies visant à augmenter les capacités physiques et psychologiques des soldats ont toujours fait partie intégrante de l'histoire militaire. Toutefois, les recherches actuelles n'ont plus rien à voir avec les expériences du passé, à tel point qu'il est désormais possible de parler d'une révolution de la condition humaine qui mènera à plus ou moins brève échéance à une situation où les guerres du futur seront menées par des "super soldats". Cette possibilité, qui est de plus en plus réelle et inévitable, mais qui demeure étonnamment négligée par les éthiciens, ouvre la porte à une série de questions fondamentales : ces technologies sont-elles moralement problématiques ? Si elles sont permises, en vertu de quels critères est-il possible de distinguer celles qui sont acceptables de celles qui ne devraient pas être tolérées ? Ces innovations vont-elles enfreindre les principes moraux de la "guerre juste" ? Quels devraient être les paramètres éthiques du développement de ces technologies ? Ce premier ouvrage en langue française sur le soldat augmenté cherche à répondre à ces questions. Refusant d'adopter un point de vue manichéen sur cette question, Jean-François Caron explique que les nouvelles technologies d'augmentation entraînent un dilemme moral important. D'un côté, elles peuvent être interprétées comme une obligation morale de la part de l'armée à l'égard des soldats. De l'autre, elles peuvent également entraîner des violations des règles de la guerre. A la lumière de cette tension, l'auteur propose une vision nuancée des tenants et aboutissants de ces technologies militaires et suggère un cadre éthique original permettant de délimiter leur développement et leur utilisation.
Cénat Jude Mary ; Cyrulnik Boris ; Dérivois Daniel
Même si, avec plus de 200 000 morts et des dizaines de milliers de blessés, le séisme du 12 janvier 2010 a déjà suscité nombre de réflexions sur l’histoire et la population haïtiennes, on a rarement l’occasion de lire des témoignages aussi poignants ainsi qu’une fine analyse des traumatismes et de la résilience des survivants.Tout le monde s’en souvient : isolés, sans abri, sans nourriture, débordés par la dévastation et dans l’attente des secours, les insulaires ont vécu parmi les morts et avec les morts pendant de nombreuses semaines.Ces témoignages de survivants nous font précisément entrer dans cet enfer, dans le récit d’une souffrance insupportable, mais qui refuse toute attitude condescendante. Par-delà blessures et amputations, le dialogue avec l’auteur laisse lentement apparaître les voies salutaires de la résilience, une sortie proprement humaine vers la vie, comme une renaissance que donne en partage le peuple haïtien à l’humanité entière.Cela nous donne un ouvrage touchant, rigoureux et engagé. Un ouvrage édifiant.