Tourner les mots : chercher le langage le moins inapproprié pour dire un film, certes, mais aussi en vue de tourner autour des mots, pour les contourner, sans toutefois renoncer à les " tourner ", caméra en main : au-delà du méta-discours sur le cinéma, et plutôt qu'un " langage cinématographique ", tenter une autre cinématographie de la parole. D'abord un simulacre de dialogue : un " Acteur " (" alias moi, Jacques Derrida ") et un Auteur (" alias moi, Safaa Fathy ") croisent leur mémoire mais aussi leur réflexion. Il leur aurait fallu, contre les lois du genre, inventer le statut d'un film, D'ailleurs, Derrida : ni une fiction ni un documentaire, bien qu'il soit produit dans la série " Profils " d'Arte. Lune des deux voix hésite " ... frappés de mutisme, appauvris et assignés à résidence ", les mots " se laissent ainsi déloger par les icônes muettes d'un film, des silhouettes plus fortes que la langue, images promises, images prises, images encore virtuelles, images gardées, images exclues. Comment pourrions-nous dire ici toutes les durées enchevêtrées de ces possibles ? Comment parler de nos expériences respectives, si différentes, si intraduisibles l'une dans l'autre ? Comment accorder nos endurances de ce que fut un tournage - sa veille, ses lieux, les rôles qu'il nous assigna, son temps et son labeur, son lendemain aussi, l'écriture de montage, puis le retour à l'écran ? " Après ce dialogue aux voix indiscernables, Jacques Derrida (" Lettres sur un aveugle ") et Safaa Fathy (" Tourner sous surveillance ", " Tourner sur tous les fronts ") reprennent la parole, chacun pour soi : deux autobiocinématographies.
Nombre de pages
169
Date de parution
23/03/2000
Poids
346g
Largeur
155mm
Plus d'informations
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EAN
9782718605401
Titre
Tourner les mots. Au bord d'un film
Auteur
Derrida Jacques ; Fathy Safaa
Editeur
GALILEE
Largeur
155
Poids
346
Date de parution
20000323
Nombre de pages
169,00 €
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Comment une écriture autobiographique, dans l'abîme d'une auto-analyse non terminée, peut-elle donner sa naissance à une institution mondiale ? La naissance de qui ? De quoi ?
Spectres de Marx En 1993, quatre ans après la chute du mur de Berlin, et en plein triomphe de la démocratie libérale, Jacques Derrida écrit un livre intempestif sur l'héritage de Marx. Il n'est pas question d'un ralliement tardif au marxisme mais d'un retour de Marx et de tous ceux qui l'ont habité sous forme de spectres dans le nouvel ordre du monde. Il s'agit d'une possible réconciliation possible entre une idée devenue spectrale et un apprendre à vivre enfin, entre un temps disjoint et un temps de longue durée. Prise de position, geste politique, propos de résistance à l'Etat mondial, déconstruction du droit international. Tout y est. Lire Spectres de Marx trente ans après sa parution, c'est aussi s'entretenir avec le spectre de Jacques Derrida, saisir l'idée d'une possible révolution à venir. Jacques Derrida (1930-2004) Né en Algérie, il est l'auteur d'une oeuvre monumentale, au centre de laquelle se trouve le concept de "déconstruction" . Philosophe français le plus étudié dans le monde, il a notamment publié au Seuil La Dissémination (1972) et Foi et savoir (2001).
Je n'ai qu'une langue, ce n'est pas la mienne." C'est par cet aveu déconcertant que Jacques Derrida ouvre Le monolinguisme de l'autre. Livre hybride, il renferme à la fois un essai de philosophie du langage et un témoignage de l'auteur sur l'acculturation qu'il a vécue durant son enfance en Algérie française. Dans ce récit, Derrida fait état des facteurs psychologiques parfois contradictoires dont est investi le sujet colonisé, tiraillé entre le désir de renouer avec une langue d'origine "perdue" et l'ambition de maîtriser celle du colonisateur. En comparant sa trajectoire avec celles d'autres penseurs bilingues, notamment ashkénazes, il met également au jour la singularité culturelle, linguistique et historique de la diaspora juive sépharade. Retraçant la construction de son identité par le langage, Derrida revient par la même occasion sur un passé colonial que la France peine à exorciser, et offre un texte d'une rare fécondité sur les questions de l'occidentalisme, de l'ethnocentrisme et de la décolonisation.
Démocrite fut dans la Grèce antique un philosophe matérialiste fêté, qui parcourut le monde. Lors de son périple jusqu'en Inde, il a constaté la vilenie des hommes, à la suite de quoi il fit construire une petite cabane au fond de son jardin pour y finir en sage le restant de ses jours. Je nomme tentation de Démocrite et recours au forêt ce mouvement de repli sur son âme dans un monde détestable. Le monde d'avant-hier, c'est celui d'aujourd'hui, ce sera aussi celui de demain: les intrigues politiques, les calamités de la guerre, les jeux de pouvoir, la stratégie cynique des puissants, l'enchaînement des trahisons, la complicité de la plupart des philosophes, les gens de Dieu qui se révèlent gens du Diable, la mécanique des passions tristes ? envie, jalousie, haine, ressenti-ment le triomphe de l'injustice, le règne de la cri-tique médiocre, la domination des renégats, le sang, les crimes, le meurtre... Le repli sur son âme consiste à retrouver le sens de la terre, autrement dit, à se réconcilier avec l'essentiel: le mouvement des astres, la logique de la course des planètes, la coïncidence avec les éléments, le rythme des saisons qui apprennent à bien mourir, l'inscription de son destin dans la nécessité de la nature. Fatigué des misères de ce temps qui sont les ancestrales souffrances du monde, il faut planter un chêne, le regarder pousser, débiter ses planches, les voir sécher et s'en faire un cercueil dans lequel on ira prendre sa place dans la terre, c'est-à-dire dans le cosmos.
Que puis-je faire d'autre aujourd'hui, pour camper ici, dans ce Collège d'études mondiales en création, la question si générale de l'altérité - peut-être la plus générale de la philosophie - que d'indiquer en commençant d'où - par où - je l'aborde? Donc, pour éviter des vues trop vagues et les banalités qui déjà nous menacent, de vous inviter à entrer dans la singularité - modeste - de mon chantier? Que puis-je faire d'autre, autrement dit, pour débuter ce périlleux exercice de la "Leçon", que de me justifier dans ma nature hybride: de philosophe et de sinologue? J'ai dit souvent, quitte à provoquer un haussement d'épaule chez mon interlocuteur, que, jeune helléniste à la rue d'Ulm, j'ai commencé d'apprendre le chinois pour mieux lire le grec... Nous disons si volontiers, en effet, que nous sommes "héritiers des Grecs". Mais, justement, la familiarité n'est pas la connaissance. Ce qui est "bien connu", disait Hegel, n'est, de ce fait, pas connu, weil es bekannt ist, nicht erkannt. Il faut, dirons-nous, de l'autre pour y accéder. Mais pourquoi le chinois? Pourquoi la Chine? Je n'avais, par famille et par formation, vraiment rien à voir avec la Chine. Mais justement...
Il ne s'agit pas d'ajouter quelque chose à Derrida. Pas non plus de suppléer à des manques chez lui. Rien du double sens de ce mot — supplément — dont il a fait une de ses signatures conceptuelles. De manière générale, on ne complète ni on ne remplace jamais rien dans l'oeuvre d'un auteur : elle vaut telle qu'elle existe. Je pense plutôt à un troisième sens du mot, à ce sens littéraire ou journalistique selon lequel on joint une publication à une autre pour offrir un autre registre ou un autre aspect (un supplément illustré, sonore, ou bien encore le Supplément au voyage de Bougainville...). Ces textes écrits au gré des circonstances — colloques, ouvrages collectifs — et au fil de vingt-cinq années ne sont ni des études, ni des commentaires, ni des interprétations de la pensée de Derrida. Ce sont, pour le dire ainsi, des réponses à sa présence — telle qu'elle est venue et qu'à nouveau elle nous vient, supplément d'elle-même.
Libre parole rassemble trois essais de style et de circonstance différents : la Conférence Hrant Dink sur la démocratie et la liberté d'expression par temps de violence, donnée en public à Istanbul en janvier 2018 ; les Thèses élaborées en 2015 sur "Liberté d'expression et blasphème", pour intervenir dans la discussion qu'ont relancée les assassinats par les membres de Daech de journalistes de Charlie Hebdo associés à la publication des "caricatures de Mahomet" ; enfin, le séminaire donné en 2013 et rédigé l'année suivante sur les formes de la parrésia selon Michel Foucault, où se trouve déployée à partir de l'exemple grec sa conception du courage de la vérité. Leur objectif commun est de problématiser les conditions et la fonction de la liberté d'expression en tant que droit aux droits, plus fondamental que jamais dans une période de régression des formes démocratiques, facilitée par les effets désagrégateurs de la mondialisation capitaliste, et surdéterminée par les effets de terreur et de contre-terreur que suscite une situation de guerre endémique à laquelle aucune région du monde n'échappe entièrement désormais. Il est aussi de montrer que, si la liberté d'expression institutionnellement garantie, et la libre parole qui en forme la contrepartie subjective, constituent une "propriété" inaliénable des individus et des groupes dont l'autonomie est (théoriquement) reconnue en démocratie, il faut s'élever à la conception d'un bien public de la communication si l'on veut en généraliser l'exercice, en prévenir les usages discriminatoires, et lui conférer par là-même toute sa normativité politique.