Je sais, nous avons deux corps et même cent et même mille. Mais comment en parler, d'autres l'ont si bien fait avant nous ? Dans Les mille corps, on apprend de la poésie que le corps est plein de possibles, bien au-delà de l'image quotidienne qu'on en a, que ses possibilités sont infinies. Quand l'imaginaire offre au corps de s'identifier à certaines images, à première vue étrangères à sa nature, issues d'un règne différent du sien, il peut arriver qu'il y reconnaisse une possibilité intéressante, qui le réjouit et lui donne de nouvelles facultés. C'est comme un outillage, une augmentation. Un corps ne s'arrête pas aux frontières de sa peau, ni au sol sur lequel il pose les pieds. Il travaille, avec son frère le cerveau, à nous constituer une panoplie d'avatars plus ou moins larges, fluides ou enracinés. Ces autres corps, on peut les appeler images du corps et il ne tient qu'à nous de les multiplier. Loin d'appartenir au seul domaine de la pensée, ces images prennent leur origine et se développent en sensations bien concrètes. Le corps peut gagner en épaisseur, longueur, largeur, membres et bifurcations, s'il utilise cette faculté de se réinventer selon sa perception du monde extérieur : celle des objets, des plantes, des animaux, des mains aimées et même celle des pieds qui nous ont heurtés. À chaque perception, un nouveau corps possible à mettre dans notre panoplie. Il trouvera son usage. À l'occasion il nous élargira. Les textes sont une invitation à se réinventer sous d'autres formes qui, étrangement, nous révèlent à nous-mêmes.
Nombre de pages
20
Date de parution
11/01/2019
Poids
55g
Largeur
107mm
Plus d'informations
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EAN
9782359841046
Titre
Les mille corps
Auteur
De Roo Anne
Editeur
ESPERLUETE
Largeur
107
Poids
55
Date de parution
20190111
Nombre de pages
20,00 €
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Un geste, un objet, une sensation et Anne De Roo entrevoit l'espace d'un instant les moments du lien amoureux. Entre lien et perte, déséquilibre et repos, un temps en creux ou en plein se construit en une suite de textes courts. Les gravures à l'eau-forte de Monique Dohy montrent l'équilibre fragile qui s'installe entre deux objets. Ces formes en suspension se cherchent dans les plis du livre ou tout au bord de la page. Textes et images se répondent alors comme les amants peuvent le faire.
Une femme, la nuit, marche dans une maison.La nuit, je ne vois pas et c'est bien. La matière me suffit. Elle explore son corps, le dedans le dehors. Les humeurs qui en sortent, les larmes, la salive, l'urine... La nuit, elle est plus sauvage et plus vive. Peut-être moins sage que le jour. Le texte rythme ces moments de réflexion et explore chaque facette du corps, entre repli et ouverture. Par leur légèreté, les dessins au crayon tracent cette géographie du corps.
Anne De Roo est peintre et dessinatrice, elle sait donc ce que bricoler veut dire. Elle invite les lecteurs à l'accompagner dans ses jeux. Aérer la maison offre une succession de rituels de « rien du tout », une liste de stratégies inventées tantôt pour évoquer le passé, tantôt pour affronter la vie, ou encore pour conjurer l'ennui. A la manière des rites de passage ou de certains jeux d'enfant, ces bricolages saisissent à bras le corps la peur du monde. Aérer la maison voudrait nous dire : allez jouer dehors, soyez curieux, touchez au c'ur des choses et approchez cette qualité de présence qui manque dans les vies qu'on mène. Les photographies de Luc Stokart répondent aux textes avec ce même souhait « d'accueillir l'étonnement ». Images d'un piéton qui, sans dessein, et surtout sans a priori, capte des scénographies inattendues du quotidien. Les détails superflus, propres au moyen format, invitent à la re-lecture. Le sens est suspendu, secrètement accroché au texte qu'il poursuit.
Dénoncer le mensonge n'a rien d'étrange. Mais la vérité ? Peut-on la mettre au banc des accusés ? C'est pourtant ce que fait ce livre incisif et dérangeant, conçu comme une enquête où s'imbriquent activement histoire et philosophie. L'auteur part d'un constat : la violence à l'égard de l'autre trouve toujours un cadre légitime, guerres justes , inquisitions d'hier et d'aujourd'hui, occupations coloniales, goulags et génocides se réclament en effet, trop aisément, de la vérité. D'où provient cette ambiguïté ? Rappelant le débat entre Platon et les sophistes, l'enquête démontre que la vérité du philosophe possède la duplicité d'un Janus à deux faces agissant comme si sa main gauche ignorait ce que fait la droite, vertueux de l'une, assassin de l'autre. Cette ruse fondatrice explique pourquoi la raison, si elle donne à la violence les moyens de se réaliser en toute impunité, peut servir d'alibi au crime. Le paradigme de la philosophie est donc en cause. Une réflexion opportune, alors que nos libertés sont menacées par toutes sortes de fondamentalismes. . . Philosophe belge né au Portugal, Pierre De Roo vit aujourd'hui près de Lisbonne. Après des études de physique il se consacre à la philosophie analytique, à Wittgenstein en particulier, et travaille comme consultant en stratégie aux quatre coins du monde. De Roo a publié Mécaniques du destin. Une approche philosophique des théories de l'avenir, en 2001, chez Calmann-Lévy.
Lorsque Frédérique Dolphijn rencontre l'histoire des Catulas, ces in-surgés qui, dans la première moitié du XIXe siècle, se sont rebellés parce que leurs conditions de vie et leur travail ne leur permettaient plus de vivre, elle fait le lien avec ce que l'on appelle, de nos jours, les travail-leurs-pauvres. Ceux qui crient leur colère sur les ronds-points, ceux qui prennent leurs tracteurs pour manifester leur ras-le-bol d'être laissés-pour-compte, ceux qui souvent subissent l'indifférence des nantis et du plus grand nombre. En 1847, à Berzée en Belgique, des conditions climatiques désastreuses et de mauvaises récoltes engendrent un début de famine. Un groupe d'hommes et de femmes décident de changer la donne. D'abord en ten-tant d'acheter au prix juste le grain nécessaire à leur survie, puis, en der-nier recours, en se servant dans les greniers de ceux qui thésaurisent les récoltes et en déterminent le prix selon la loi de l'offre et de la demande. Les révoltés seront repoussés, arrêtés et pour certains incarcérés et jugés. Or, fait étonnant, la cour ne les condamnera pas... Frédérique Dolphijn brosse un récit tout en nuances. Les différents points de vue sont évoqués, les nantis ne sont pas que les "méchants" de l'histoire ; les insurgés ont aussi leurs failles. Si leurs vies se côtoient, le cycle des saisons et les circonstances de la vie les impactent différem-ment. C'est dans cette nuance que le récit se tisse, dans les jours qui précèdent l'insurrection elle-même, jusqu'à ses conséquences. En faisant sienne cette révolte, c'est toute une époque que l'écriture de Frédérique Dolphijn fait revivre, celle d'un siècle où chacun et chacune a sa place et est censé la tenir, jusqu'au jour où tout bascule...
Lorsque Violaine Lison reçoit en dépôt les carnets de Léonce Delaunoy, elle est frappée par la beauté et la force de l'écriture de ce jeune homme mobilisé comme brancardier lors de la Première Guerre mondiale. Malgré les horreurs de la guerre, Léonce reste proche de la nature ? décrivant comme personne les paysages, l'Yser, les oiseaux ? mais aussi de ses idéaux d'amitié. Le récit de la «guerre de Léonce» se déploie sous les yeux de Violaine. Pourtant, très vite elle sent que «quelque chose» ne va pas. Des manques apparaissent. Des incohérences. S'agit-il d'un faux, d'une retranscription ? Une forme d'enquête historique et littéraire commence? Lorsque l'autrice retrouve les carnets originaux, elle comprend que le journal de Léonce a été recopié par Paul, un ami très proche de Léonce. Mais la retranscription est lacunaire. Les parties censurées parlent de l'absurdité de la guerre, du désespoir, de l'envie de mourir, mais aussi d'une amitié amoureuse pour Herman, troisième personnage de cette histoire. Quel intérêt avait cette censure ? Faire de Léonce un héros ? Gommer l'amour porté à un autre homme ? Violaine ne tranche ni ne juge, elle tisse son récit entre les carnets, approche la vie de Léonce tout en racontant sa propre quête. Lequel de nous portera l'autre ? est un récit polyphonique, où les voix de Léonce et de Violaine s'entremêlent, se répondent et se questionnent. Cent ans les séparent, pourtant le texte de Léonce Delaunoy résonne avec une modernité frappante. Et c'est tout l'art de Violaine Lison que de nous ancrer dans le réel tout en laissant une place à l'inattendu des mots. Il en naît une rencontre rare et précieuse.
Faire ses blancs pains, au Pays des Collines, c'est pétrir le drap du lit comme pour préparer une offrande pour l'au-delà. Ce geste annonce alors que la mort est proche et que le mourant, doucement, se prépare. En trois textes qui s'enchaînent, Françoise Lison-Leroy interroge la place prise par chacun dans sa famille, les présents comme les absents, ceux à la longue vie ou les enfants partis trop tôt. Comme cette tante de deux ans, emportée par la fièvre dans un temps où la vie des enfants était plus fragile. Au cimetière du village, sa tombe côtoie celles d'autres enfants ; un respect sacré, partagé, inné, entoure ce petit coin du cimetière. Sa présence habite les pensées et les promenades de l'auteur. évocations légères, souvenirs, bribes glanées au fil des pérégrinations, mémoire de la famille... ce qui reste de vie pour ceux qui grandissent. Précédée par cet enfant, l'auteure se sent aussi portée par celle qui lui offre alors une bienveillante attention. Elle tisse un monde où les sentiments se transmettent par delà les mots. Diane Delafontaine accompagne ce texte d'images qui, elles aussi, s'ancrent au passé comme au présent. Une manière de faire le lien et de donner au texte une tonalité faite de photos anciennes et de retouches à l'encre.