Construire au Liban est ma manière de prendre position face à la guerre". Cette phrase de l'architecte franco-libanais Youssef Tohme est la clé pour entrer dans Intensive Beyrouth. Cet essai illustré mêle des réflexions urbaines sur la capitale libanaise aux expériences de projets de ce maître d'oeuvre engagé à rouvrir le débat sur l'architecture dans son pays. A Beyrouth, où toute situation n'est jamais qu'un état provisoire, l'espace de l'analyse est fondamental. Youssef Tohme envisage sa discipline comme un outil critique et politique. Il ne l'aborde jamais comme un univers formel ou stylistique mais comme la possibilité de questionner le monde, réfléchir aux conditions de la ville. Profondément liées à son vécu, ses positions sur le vide, l'échange, le rêve ont un écho particulier dans un pays où la culture du fragment et de la superposition est poussée à l'extrême. La première partie de l'ouvrage expose les idées de Youssef Tohme en relation avec 25 photos de Ziad Antar. Outillé d'une Holga et d'un Rollefleix, l'artiste libanais a saisi quatre des réalisations majeures de l'architecte - l'université Saint-Joseph de Beyrouth (conçue avec 109 architects), la villa T et la villa M à Kornet Chehouane, la villa SC à Akoura - au regard de la ville de Beyrouth et de ce qui en déborde. La seconde partie est réalisée par Karine Dana. L'auteur met en conversation Youssef Tohme avec des personnalités importantes de la scène culturelle libanaise telles que l'architecte Tony Chakar, l'artiste Ziad Abilama ou encore le chanteur Ahmed de Maschrou.
Architecte de formation et critique au sein de la revue d'architecture AMC pendant douze ans, Karine Dana travaille aujourd'hui comme auteur et journaliste indépendante. Ses travaux actuels portent sur l'écriture d'un livre et d'un documentaire sur l'architecte Youssef Tohme et la ville de Beyrouth.
Créés en 1980, les Albums des jeunes architectes et paysagistes (AJAP) sont ouverts au aux architectes et paysagistes de moins de 35 ans ayant réalisé un projet ou participé à un concours en France sans condition de nationalité. L'analyse du travail des 20 équipes lauréates de la session des Ajap 2016, offre une occasion rare : comprendre de l'intérieur la profonde transformation des métiers d'architectes et de paysagistes, toutes générations confondues. Les singularités et les parentés entre ces nouveaux maîtres d'oeuvre, mais également leurs prises de libertés et la très grande vitalité qui s'expriment à travers leurs projets confirment à quel point leur métier est en pleine mutation.
Avec cet ouvrage, Jean-Louis Cohen, architecte et historien, et Monique Eleb, psychologue et sociologue, proposent une promenade architecturale dans le Paris intra-muros et sa proche banlieue. Trente-trois bâtiments photographiés par Antonio Martinelli sont visités parmi la multitude de réalisations qui ont marqué le XXe siècle. Ils ont été choisis en fonction de leur contribution au paysage urbain, de leur force esthétique et de leur rôle dans la transformation des modes de vie. Des architectes du début du siècle à qui les découvertes techniques ont permis de se libérer des conventions à la génération actuelle qui a retrouvé une dimension intellectuelle après la crise architecturale des années 1960-1970, on suit dans le Paris d'aujourd'hui les transformations d'identité d'une ville dont le centre dense est enserré dans une agglomération de plus de dix millions d'habitants. Par la succession et la mise en correspondance d'édifices en apparence étrangers les uns aux autres, des ossatures de béton des frères Perret aux prismes transparents de Jean Nouvel, Jean-Louis Cohen et Monique Eleb révèlent combien l'idéal d'une architecture rationnelle et lisible aura marqué l'architecture du siècle. This book takes the form of an architectural promenade devised by the architect and historian Jean-Louis Cohen and the psychologist and sociologist Monique Eleb. Thirty-three buildings in Paris and the inner suburbs are presented with photographs by Antonio Martinelli. Selected from the multitude of buildings which have marked the 20th century, each has been chosen for the contribution it makes to the cityscape, for its aesthetic value and for the role it has played in transforming life-styles. From the technical discoveries which enabled architects to break free from conventions in the early 20th century, to the rediscovery of an intellectual dimension by the present generation of architects in the wake of the architectural crisis of the 1960s and 1970s, this itinerary through today's Paris reveals transformations in the identity of the densely-built capital city at the center of an agglomeration populated by over ten million people. By explaining the connections between a sequence of buildings which look very different from one archer, ran no from the Perret brothers' concrete frames to Jean Nouvel's transparent prisms, Jean-Louis Cohen and Monique Eleb reveal the extent to which the long-established French architectural ideal of rationality and legibility has marked the architecture of the 20th century
« Mon ambition est de me consacrer aux grandes décorations murales, à la fresque, qui m'intéresse plus que tout. [?] Vous voyez que mes ambitions sont vastes ! » Première femme à obtenir le Grand Prix de Rome en peinture en 1925, à seulement 22 ans, Odette Pauvert (1903-1966) est une figure méconnue du XXe siècle, à contre courant des avant-gardes. Après un voyage à Pise où elle découvre les fresques monumentales du Camposanto, elle est durablement inspirée par le Quattrocento italien, notamment par Pisanello, Piero della Francesca ou encore Gozzoli. Née dans une famille de peintres et de miniaturistes, elle revendique un style classique et décoratif, et la tradition de la peinture d'histoire et de la fresque. D'abord élève à l'École des Beaux-Arts de Paris, où elle prend part à l'atelier de Ferdinand Humbert, puis pensionnaire pendant 3 ans à Rome, elle intègre les Ateliers d'art sacré en 1929, et passe l'année 1934 à la Casa Velázquez à Madrid, aux côtés d'Alfred Giess et de René Cottet. Elle participe au Salon des artistes français de 1923 à 1966. Peintre du monumental comme de la miniature, elle participe à de grands chantiers comme l'Église du Saint-Esprit à Paris, qui sera sa commande la plus importante, et se distingue tout particulièrement avec ses autoportraits, sujet singulier pour une femme de cette époque. Une première rétrospective lui est dédiée en 1986 au musée Sainte-Croix de Poitiers.
Barsac Jacques ; Viatte Germain ; Brunhammer Yvonn
Invitée en 1940 par le gouvernement japonais pour orienter la production d'art industriel du pays, Charlotte Perriand découvre une pensée, un mode de vie et une architecture ancestrales, conformes aux préceptes modernistes qu'elle défendait avec Le Corbusier et Pierre Jeanneret. L'élaboration de son "art d'habiter", qui modifia profondément la manière de vivre des Français dans les années 50, est née des réflexions qu'elle a menées pendant sa mission au Japon. En retour, elle a contribué avec passion, à travers ses interventions dans les ateliers de production, au renouveau de l'artisanat japonais. "De tous les Occidentaux qui ont travaillé au Japon, c'est probablement elle qui a eu la plus grande influence sur le monde du design japonais", a déclaré le grand designer Sôri Yanagi, qui fut son assistant. Ses expositions au Japon, "Sélection, Tradition, Création" (1941) et "Proposition d'une synthèse des arts" (1955), qui eurent un grand retentissement, ses publications et ses études, ses réalisations à Tôkyô, la maison de Jacques Martin (1953), l'agence Air France (1959), ou à Paris, la résidence de l'ambassadeur du Japon (1966-1969), le showroom Shiki Fabric House (1975) et la maison de Thé à l'Unesco (1993) sont autant de témoignages des liens entre cultures occidentale et japonaise et de leur enrichissement réciproque. L'ouvrage, qui révèle la liberté de pensée de cette grande créatrice face aux enjeux d'une période complexe, est d'un enseignement précieux pour les nouvelles générations d'architectes et de designers, mais aussi pour l'homme d'aujourd'hui.