Les guerriers de Dieu. La violence au temps des troubles de religion (vers 1525- vers 1610)
Crouzet Denis ; Chaunu Pierre ; Richet Denis
CHAMP VALLON
39,50 €
Epuisé
EAN :9782876734302
C'est en se focalisant sur une violence jugée "inouïe" par les contemporains que ce livre entend proposer une explication de la grande cassure religieuse du XVIe siècle français. Tout aurait commencé vers 1525, quand monte dans le royaume de François Ier une grande angoisse du châtiment divin. Le monde se surenchante prodigieusement: sur terre et au ciel apparaissent des signes prophétiques qui proclament l'imminence de la fin des Temps et la faute d'une humanité qui a oublié Dieu. Survient le temps des guerriers de Dieu, le temps d'un "Triomphe de la guerre". Deux imaginaires s'opposent aux lendemains de la mort du roi Henri II. Les huguenots, recourant à une violence désacralisatrice, s'efforcent d'éradiquer les "pollutions" d'une Église romaine ennemie du Christ: images et reliques saintes, prêtres... Les violences des papistes sont des violences mystiques qui visent le châtiment de tous ceux qui ont rompu avec Dieu: elles marquent sur les corps des hérétiques les signes effroyables de la colère du Christ accomplissant l'ordre des Temps. Cette histoire, qui, de part et d'autre, est celle d'une quête du pardon divin, culmine en intensité lors de la tragédie de la Saint-Barthélemy. Pour les guerriers de Dieu, après 1572, s'ouvre le temps du "repli" de la violence. Aux protestants survivants, le massacre révèle une situation d'impureté culpabilisante; aux catholiques, parce que se défait l'illusion d'une alliance retrouvée avec Dieu, il suggère que la France demeure infidèle et corrompue. La faute n'est plus celle des seuls hérétiques, elle est désormais celle de tous. Et l'angoisse prophétique revient en force avec le temps de la Ligue, "sainte union" mystique de préparation pénitentielle à la venue de Dieu et d'intériorisation de la tension d'agression. La violence de sang devient alors comme impossible, surtout après qu'elle semble s'être accomplie, lors du régicide d'août 1589, dans la "force" de Dieu venue en un seul fidèle, le dominicain Jacques Clément. Au terme de cette dynamique d'expansion et de réduction du désir de violence, s'impose l'ordre d'un roi de la raison: Henri IV se veut le roi pacificateur du royaume parce que son règne va inaugurer la fin du temps des angoisses, le monarque providentiel de toute éternité appelé à agencer sur terre un "bonheur" humain. La véritable "modernité" du XVIe siècle ne serait-elle pas là? "Tout dans ce livre étrange, fascinant, dérange, bouscule, piétine les certitude d antan. Rien ne se comprend plus après comme avant, ou plus exactement, tout commence à se comprendre" Pierre Chaunu.
Nombre de pages
747
Date de parution
16/11/2005
Poids
806g
Largeur
130mm
Plus d'informations
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EAN
9782876734302
Titre
Les guerriers de Dieu. La violence au temps des troubles de religion (vers 1525- vers 1610)
Auteur
Crouzet Denis ; Chaunu Pierre ; Richet Denis
Editeur
CHAMP VALLON
Largeur
130
Poids
806
Date de parution
20051116
Nombre de pages
747,00 €
Disponibilité
Epuisé
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Tour à tour dépeint comme un aventurier audacieux ou un conquérant avide, un visionnaire incompris ou un illuminé intransigeant, Christophe Colomb (1451-1506) est aujourd'hui celui qui a volontairement déclenché le premier génocide amérindien au nom du Christ et des rois catholiques. Denis Crouzet privilégie ici le regard quasi onirique que le Gênois portait sur le monde et sur lui-même. A partir du Journal de bord ou du Livre des prophéties de l'Amiral de la mer Océane, il recompose ses rêves, ses attentes, ses angoisses, et démêle l'écheveau d'un imaginaire singulier. Colomb s'imagine avoir trouvé une terre bénie, signe divin annonçant le retour du Christ. Ses déceptions multiples - l'or qui est rare, le Cathay qui tarde à apparaître, le mécontentement de ses compagnons et les réactions défensives des Indiens - vont le convaincre que la révélation apocalyptique dont il est le héraut se heurte à la puissance du Diable. Il bascule ainsi dans un temps de violence, imprimant une tournure dramatique à la rencontre avec le Nouveau Monde.
Quatrième de couverture Lorsque, sur la fin du mois de mars 1562, le prince de Condé lance un appel aux Eglises protestantes en vue d'une mobilisation générale des fidèles de l'Evangile, le royaume de France est pris dans la spirale d'un processus accéléré de changement historique qui, d'une situation de rupture de l'unité religieuse, le fait basculer dans la guerre civile. Catholiques et calvinistes vont désormais s'affronter, de manière certes discontinue, durant près de quatre décennies dramatiques. Mais ce rapide glissement dans la violence coIlective ne doit pas oblitérer une évidence : la Réforme française relève d'un lent travail, d'une progressive découverte qui, entre 1520 et 1562, façonne une dynamique identitaire. Sa séquence de genèse semble débuter par des expériences religieuses plurielles, empiriques et bien souvent instructurées, dont certaines s'amplifient ou se transforment en des attitudes schismatiques que la répression étatique ne parvient pas à brider et que, tardivement, le calvinisme fixe dans un ordre confessionnel. C'est cette histoire que ce livre, en se fondant sur la diversité des approches historiographiques, tente de recomposer.
Denis Crouzet est professeur d'histoire moderne à l'Université Paris-Sorbonne. Il est directeur du Centre Roland Mounier (CNRS). Ses livres portent aussi bien sur les imaginaires de violence et de paix au temps des guerres de Religion (Les guerriers de Dieu en 1990, Dieu en ses royaumes en 2008) que sur certaines des figures majeures du XVIe siècle: Calvin, Colomb, Catherine de Médicis ou dernièrement Nostradamus.
Face à la truculence et à la vitalité de Martin Luther, Jean Calvin (l509-1564) semble faire pâle figure. L'histoire souvent a vu en lui un réformateur froid et distant, dépassionné et peu prolixe sur lui-même. Pourtant sa vie fut intense et contrastée, traversée à tout instant par la violence du don de soi à une humanité qu'il voulait fraternelle et solidaire. Calvin se pensait en effet comme élu de Dieu sur le modèle des élus de l'Ancien et du Nouveau Testament. Prophète et apôtre, il mena - spécialement à Genève - ses combats en reprenant avec opiniâtreté, comme un acteur monté sur une scène, les paroles et les gestes des acteurs des temps bibliques: Abraham, Job, Saül, David, Jonas, Paul... Il fonda ainsi une foi évangélique qui tentait de rompre avec les angoisses dont il avait lui-même souffert avant sa conversion, avec les illusions dont à ses yeux les chrétiens de son temps étaient bercés; une foi rassurante qu'il s'efforça sans relâche de communiquer. Même lorsqu'il proclamait que Dieu haïssait les incrédules et que Sa justice s'exerçait inexorablement sur tous ceux qui vivaient dans le péché, il agissait en croyant débordant d'un amour qui épousait l'amour divin. Il serait donc anachronique de discerner en lui un inventeur ou même un accoucheur de la "modernité", car il se comprend au sein d'un XVIe siècle envahi par des doutes et des craintes, travaillé par la question lancinante du salut, mais aussi ouvert à une profonde espérance, au désir de faire de la vie de tous les jours une sagesse.
Tenant des carnets (un journal ?) depuis la jeunesse, je n'y ai jamais écrit que par spasmes, par bouffées, et dans une sorte d'état d'urgence. Brusques afflux de souvenirs, rêves ou lectures pareillement commentés, ce double qui n'a cessé de m'accompagner est bien aussi projet, que le livre entrevu ait abouti ou non, et interrogation sur ce projet même. Aussi m'a-t-il semblé que je ne pouvais extraire des fragments de ce long flux tout ensemble intermittent et proliférant sans tenter d'y introduire au moins un fil d'Ariane. Si le thème de la mémoire, chez l'être de souvenir qu'est, par définition presque, l'autobiographe, s'est imposé à moi, c'est que la mémoire m'est longtemps apparue comme la dépositaire de l'être même. Souvent, il va sans dire, ces plongées ou ces visitations fortuites s'accompagnent d'une réflexion sur la littérature. Au naïf émerveillement des premières années ici retenues - contemporaines de L'Adoration et s'aventurant à tâtons vers Le Retour - succède assez vite un soupçon qui, dû pour la plus grande part à la cruelle expérience de la mère internée, et qui va s'accusant dans ces pages mêmes, est tout près de s'en prendre au chant longtemps tenu pour " doré " d'une mémoire qui, par places traversée de nostalgie, entend bien pourtant ne se confondre avec aucun " passéisme ", sans cesse au contraire jouaillé, dénoncé que, pratiquement dès le début, est ce dernier. " J. B.
Les figures souvent grotesques créées par James Ensor s'animent. Elles évoquent la mer du Nord, Ostende la ville balnéaire et ses habitants évanouis, le retour du carnaval ou le célèbre Bal du Rat mort. Libérées des tableaux où leur apparition continue à nous surprendre, elles haussent parfois le ton entre les murs d'une baraque abandonnée, se répondent et s'affrontent. Elles aimeraient régler de vieux comptes. Elles interpellent un visiteur à la nature incertaine. Tout à la fois ancrées dans leur époque et hors du temps, les voix interrogent, avec une ironie d'outre-tombe, la disparition des corps qui un jour les habillèrent. Avoir connu semblable mascarade est-il possible ailleurs qu'en un rêve où l'on croisera les ombres de Proust, Rilke, Roth, Celan ou Perec bien vivant, installé à la terrasse d'un café ...