Mauvais genre que celui de la satire, qui se complaît à dégrader les valeurs, à outrepasser les tabous, à recourir aux coups les plus bas et à se rire du bon goût pour ridiculiser ses cibles. Mais genre douteux, la satire l'est aussi sur le plan de la théorie littéraire, depuis que la forme générique en vers a périclité au XVIIe siècle, laissant le champ libre à des formes mal définies, parasitaires et inventives, aptes à investir - et à subvertir - les genres canoniques : échappant à toute codification, entité fuyante, frondeuse, transgénérique et métamorphique, la satire moderne semble défier les tentatives de conceptualisation critique. Telle est la double raison pour laquelle la satire n'est guère comprise comme une catégorie esthétique. Cet ouvrage collectif vise donc à explorer la satire en tant que mode de représentation littéraire propre, dans un champ allant du déclin du genre jusqu'à l'époque contemporaine. Entre un prologue métacritique et un épilogue réflexif sur la satire de l'Université française, il confronte, à travers des ?uvres majeures et mineures, le mode satirique à la poésie, au roman et au théâtre, et il examine des points particuliers à la poétique satirique: les rapports qui lient le satiriste à ses cibles et à ses valeurs, la stabilité et la déstabilisation axiologiques et sémantiques, les perspectives éthiques, la tendance à la réflexivité, le polymorphisme et l'hybridation générique, les rôles de l'ironie et de la parodie marquent les étapes d'une réflexion qui mène à interroger les capacités de mutation du mode au XXe siècle. En proposant un tel parcours, cet ouvrage voudrait contribuer à sensibiliser à la complexité des réalisations et des problématiques de l'art satirique, à diffuser la réflexion qu'il appelle et stimule et ainsi à réhabiliter ce mauvais genre qu'est la satire littéraire moderne.
Nombre de pages
463
Date de parution
13/05/2008
Poids
734g
Largeur
149mm
Plus d'informations
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EAN
9782867814884
Titre
Mauvais genre : la satire littéraire moderne
Auteur
Duval Sophie ; Saïdah Jean-Pierre ; Bogel Fredric
Editeur
PU BORDEAUX
Largeur
149
Poids
734
Date de parution
20080513
Nombre de pages
463,00 €
Disponibilité
Epuisé
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Paradoxalement, Proust réprouve et ridiculise l'ironie quand elle est pratiquée par ses personnages alors qu'il la fait fructifier dans son écriture. Cette contradiction se dénoue si l'on distingue dans la Recherche plusieurs types d'ironie, dont on peut analyser l'agencement grâce au modèle du trope ironique : de même que le signe ironique se structure sur au moins deux degrés, le second dominant le premier, les diverses ironies du roman se greffent les unes sur les autres, chacune critiquant la précédente et fournissant une cible à la suivante. Selon ce dynamisme propre à la régressivité ironique, la Recherche s'organise sur quatre niveaux. Au premier, celui de l'histoire, se situe l'ironie des personnages - notamment le bel esprit -, qui est ridiculisée par l'ironie de deuxième niveau, la satire, maniée par la persona satirique du narrateur. Celle-ci est elle-même prise pour objet par l'ironie romanesque, qui occupe le troisième niveau : exercée par un narrateur pédagogue et chargée de dégager lois et vérités des travers satirisés, elle permet au héros de mener à bien sa quête romanesque. L'ironie du démiurge domine le tout sur le quatrième niveau, où elle reflète le fonctionnement et la fictionnalité du roman en prenant pour cible l'illusion référentielle. La structure polyphonique et échelonnée de la Recherche est construite au moyen de la mention d'une ironie par une autre. La vision stéréoscopique de l'ironie consiste alors à déployer les différents niveaux : tout degré supérieur réfute sans l'annuler le degré inférieur, ce qui produit des effets de rémanence, et appelle un degré supplémentaire, ce qui suscite un recul perpétuel du sens. La conception de l'ironie comme représentation critique d'une représentation première permet ainsi d'appréhender la complexité voire l'ambiguïté de l'oeuvre, ses rapports avec le roman traditionnel, sa nature d'autofiction et l'évolution du système esthétique de Proust qui aboutit à ce roman de fuite qu'est la Recherche.
En raison de sa visée morale et militante, la satire n'est guère considérée comme une catégorie esthétique : on y voit surtout une critique moqueuse, voire féroce, dirigée contre des personnes réelles ou contre des cibles stéréotypées. Or, dès les années cinquante, des théoriciens anglo-saxons ont contesté cette perspective naïve et simplificatrice pour s'intéresser à l'aspect littéraire de la satire. Selon eux, la causticité du satiriste résulte d'une stratégie rhétorique et la représentation du monde satirique relève d'une esthétique de la déformation et de la dégradation. Dans la vision satirique, toutes les hiérarchies se brouillent, s'inversent, se nivellent. La satire se complaît dans le bas corporel, affectionne le monstrueux, lève tous les tabous. C'est pourquoi l'imaginaire lui a donné comme emblème le satyre lubrique à la parole acerbe. Cette créature capricieuse illustre aussi l'instabilité propre à l'écriture satirique, qui, contrairement aux idées reçues, subvertit les catégories logiques, idéologiques et littéraires. Cet ouvrage porte sur deux domaines, français et anglais, pour appliquer les théories anglo-saxonnes à la littérature qui les a fait naître ainsi qu'aux textes français. Il étudie l'esthétique satirique dans des ?uvres qui ne sont pas toujours considérées comme des satires, puisque la satire, de nature protéiforme et parasitaire, se loge dans tous les cadres et dans tous les genres. La première partie examine les origines rituelles et magiques de l'esprit satirique et leurs survivances littéraires ; la deuxième retrace l'histoire du genre versifié en France et en Angleterre ; la troisième explore le mode de représentation satirique dans les littératures des deux pays.
Proustiens et historiens croisent leurs analyses des représentations du Moyen Age dans l'oeuvre de l'écrivain. Son intérêt intime pour ce thème, hérité du XIXe siècle, est reflété notamment dans ses lettres à Reynaldo Hahn qui mêlent fantaisie, langage et croquis médiévalisants.
Duval Sophie ; Jeandillou Jean-François ; Mühletha
Les essais réunis dans ce volume interrogent aussi bien le temps des ?uvres que le temps à l'?uvre, c'est-à-dire sa formulation narrative mais également son pouvoir d'érosion et de genèse qui affecte les hommes, auteurs et lecteurs, les livres qu'ils écrivent ou qu'ils lisent et les genres littéraires qu'ils pratiquent. Si l'on veut explorer l'?uvre du temps, on ne peut s'en tenir à l'hypothèse que les intrigues se contentent de mettre en ordre l'histoire et de la doter d'un sens, il nous faut à l'inverse définir les fondements d'une poétique de la discordance narrative qui permette de suivre le glissement du sens dans le temps. Cette réflexion sur le temps soulève une question subsidiaire mais non moins essentielle : " D'où vient le récit et où va-t-il ? " Tenter de répondre à cette question exige de sortir de l'emprisonnement textualiste pour (re)penser la manière dont la narration émerge de la vie et retourne à elle. Il s'agit aussi de marquer la différence qui existe entre les récits qui visent à clarifier le passé, ceux qui veulent en témoigner fidèlement, et ceux enfin qui tentent de mettre en scène le caractère tâtonnant et ouvert des histoires inachevées, tournées vers un avenir à vivre, à écrire ou à lire. Face à la crise que connaissent aujourd'hui les études littéraires et à l'inquiétude que génèrent les usages médiatiques, politiques ou économiques du storytelling, il s'agit de rappeler que la théorie narrative permet de reconnaître dans la littérature le plus fascinant des laboratoires du récit. Si l'homme n'est pas autre chose qu'un faisceau d'histoires, alors 'analyse narratologique des ?uvres littéraires demeure la voie royale pour accéder à son humanité.
Cet ouvrage décrit et analyse les différents emplois de nom mono (chose, objet) en japonais contemporain. Comme le mot français chose, ce terme d'usage très courant a la particularité de ne pas avoir de signifié en propre mais de pouvoir tout aussi bien désigner un objet concret qu'un concept abstrait ou encore une classe d'individus partageant les mêmes traits. Il est aussi fréquemment employé à des fins fonctionnelles, voire purement énonciatives. A travers des observations en discours, cet ouvrage précise les contours de ces deux emplois référentiel et fonctionnel et explore la contribution sémantique de mono à la réalisation de tournures expressives plus ou moins figées.
Ce livre collectif est le troisième d'une série de cinq explorant les "Poétiques de la négativité". Il fait suite à Poétiques de l'incomplétude (vol. 49, en 2024) et Poétiques de l'insaisissable (vol. 51, en 2025). Nous vivons une époque d'inquiétude : covid, guerres, dérèglement climatique... Certes, l'inquiétude est un affect pénible, apparemment négatif. Mais il peut être salutaire de s'inquiéter : l'inquiétude peut avoir une fonction d'alerte et de résistance. Ainsi, bien des écrivains ont valorisé l'inquiétude, ou en ont fait un motif créateur de leur oeuvre. Nous pouvons le vérifier de Montaigne à Gide ou Camille de Toledo. La première partie de ce livre est consacrée aux inquiétudes spirituelles et philosophiques, depuis Augustin ("Notre coeur est inquiet..."), jusqu'à Pascal, Kierkegard, Baudelaire, Péguy, Bataille, Mauriac, Bernanos, Montherlant, Juan Benet, Cioran, Jean-Luc Nancy... La deuxième partie explore des inquiétudes psychologiques : à partir de "l'inquiétante étrangeté" freudienne, nous y abordons des oeuvres de Quignard, Kafka, Proust, Rousseau, Pessoa, Michaux, Marie NDiaye... La troisième partie se concentre sur les aspects formels de l'écriture de l'inquiétude : enjambements poétiques, tension narrative, stratégies stylistiques d'évitement, questions de traduction, inquiétudes dans la littérature pour la jeunesse ou dans la science-fiction, productivité esthétique du "déséquilibrisme". La quatrième partie développe enfin des inquiétudes historiques ou politiques : de Stefan Zweig à Camille de Toledo, en passant par Buzzati, Gracq, Char, Vargaftig, Günther Anders, Toni Morrison, la littérature du "near chaos", jusqu'à rejoindre notre présent.
Choi Eun-Sook ; Lee Bouriane ; Song Hyun-Joo ; Hon
Ce manuel est spécialement conçu pour faciliter l’approfondissement de la langue coréenne et atteindre le niveau B2-C1. Il comprend des pistes audio, des exercices avec leurs corrigés.Apprenons le coréen !Niveau intermédiaire 2 (B2-C1) est spécialement adapté pour faciliter l'approfondissement de la langue coréenne. Sa conception est le fruit de longues années de travail d'une équipe de professeurs du secondaire et d'université, spécialistes de l'enseignement du coréen. Il est destiné aux étudiants ainsi qu'à tout public francophone voulant aller plus loin dans la langue coréenne après le niveau intermédiaire 1 (B1-B2). Son objectif est d'aider les apprenants à maîtriser les structures grammaticales grâce à des explications simples, des dialogues et des mises en situation. Les activités sont intégrées dans le manuel avec des exercices pour encourager les apprenants à communiquer avec un esprit critique sur la société et le monde qui les entoure. On y trouvera : § des expressions permettant de nuancer les propos tenus ; un lien vers les pistes audio MP3 des dialogues enregistrés ; un riche vocabulaire d'environ 1 700 mots (1 400 répertoriés + 300 non répertoriés) ; des exercices et leurs corrigés pour faciliter le travail autonome ; § des textes de compréhension sur les thèmes liés à la société et à la culture coréennes ; § des activités avec exercices pour renforcer la compréhension écrite et orale, ainsi que l'expression écrite et orale.