Dans le dernier numéro de Connaissance des Pères de l'Eglise, nous avons présenté la correspondance des Pères, dans sa riche diversité. Cette fois, nous nous attachons à un point précis de cette correspondance : les lettres monastiques. L'article de Jean-Pierre Weiss réalise la transition entre les deux numéros en reprenant les différents aspects des lettres à l'époque patristique et en s'attachant à un corpus précis : celui de Salvien de Marseille, qui se retira à Lérins avant d'être prêtre à Marseille. Son abondante correspondance est multiforme : Salvien s'adressant aussi bien à ses supérieurs qu'à ses amis, qu'à des personnes qu'il ne connaît pas mais qui lui posent des questions sur la vie spirituelle... De plus, ses Lettres se distinguent par leur originalité à côté de ses autres oeuvres : l 'Ad Ecclesiam et le De gubernatione Dei. Les Lettres de Jérôme, quant à elles, sont souvent hautes en couleur. Patrick Laurence envisage ici les lettres relatives au milieu monastique et étudie plus précisément l'une d'entre elles : la Lettre 22, traitant de la virginité. Pour saisir la spécificité des lettres monastiques, nous envisageons ensuite celles d'Antoine, ainsi que de Basanuphe et de Jean de Gaza. Passant au VIIIe siècle, Nadira Khayyat nous introduit à cet auteur mystique que fut Jean de Dalyatha et elle fait ressortir non seulement son lyrisme, mais aussi l'apport théologique de sa correspondance qui n'est pas sans rappeler celui de Cyprien que Simone Deléani présente en ouverture. En prolongement du numéro 99 sur la prédication, Paul-Irénée Fransen reprend les différentes formes de la prédication patristique et montre comment la prédication donne une intelligence de la foi. Or, dans leur correspondance, les moines poursuivent un but analogue, comme on le voit égale-ment dans la Lettre d'Augustin à Proba, lettre consacrée à la prière et qui répond à son Commentaire du Sermon sur la montagne. Au cours de la réalisation de ce numéro, Gilbert Kongs, membre du comité de rédaction de Connaissance des Pères de l'Eglise et connaissant de l'intérieur le monde monastique, nous a brutalement quittés. Nous l'évoquerons dans un In memoriam (p. 58). Marie-Anne VANNIER
Classique du christianisme, les Confessions de saint Augustin sont de ces livres qui appellent une interprétation infinie. Biographie d'Augustin ou plutôt des actions de Dieu dans sa vie? Elles ne se réduisent pas à une autobiographie spirituelle. Leur structure a été aussi longuement discutée, plusieurs plans en ont été proposés. En prenant en compte la recherche réalisée antérieurement, Marie-Anne Vannier propose une clé de lecture de l'ouvrage à partir de la notion de locus, qui constitue en quelque sorte un fil rouge. C'est en trouvant son locus, son lieu, l'image de Dieu qui est en lui, qu'Augustin passe du désir de Dieu au repos en Dieu, comme le manifestent la dynamique de l'ouvrage et l'originalité de l'anthropologie qui s'y dessine. Biographie de l'auteur Marie-Anne Vannier; professeur à l'université de Metz, a déjà écrit de nombreux articles et plusieurs ouvrages sur saint Augustin: Creatio, conversio, formatio chez saint Augustin, Fribourg, Editions universitaires, 1991, 2e éd. aug., 1997; Saint Augustin et le mystère trinitaire, Paris, Ed. du Cerf, 1993. Elle a dirigé l'édition française de l'Encyclopédie saint Augustin. La Méditerranée et l'Europe, IVe-XXIe siècle, Paris, Ed. du Cerf, 2005.
Professeur à l'université de Metz et directrice de l'Équipe de recherche sur les mystiques rhénans, Marie-Anne Vannier dirige aux Éditions du Cerf la collection "Sagesses chrétiennes". Elle a publié Saint Augustin et le mystère trinitaire (1993), L'Expérience du Saint-Esprit (1998), Dieu le Père, mystère de charité (1998), La Communion trinitaire (1999), Les "Confessions" de saint Augustin (2007) et dirigé l'édition de l'Encyclopédie saint Augustin, La Méditerranée et l'Europe, IVe - XXIe siècle (2005), ainsi que du volume sur La Naissance de Dieu dans l'âme chez Eckhart et Nicolas de Cues (2006)
Avec Hadewijch d'Anvers et Catherine de Sienne, Hildegarde de Bingen est une des trois grandes mystiques qui ont marqué la spiritualité du Moyen Age. Elle est restée d'une étonnante modernité, notamment par sa vision "écologique" avant la lettre - ses recettes de médecine par les plantes sont redevenues à la mode. Sa vision, cette femme aux multiples talents l'a exprimée à travers des créations picturales qui illustrent ses livres. Une dizaine de ces peintures accompagnent l'original du Livre des oeuvres divines, son grand classique. Ces images remarquables nous montrent un Homme christique en totale harmonie avec le Cosmos. Marie-Anne Vannier, spécialiste des mystiques rhénans, en décrypte la symbolique des formes et des couleurs, et montre comment ces oeuvres s'enracinent très précisément dans une mystique de l'harmonie.
L'année 1996 sera marquée, en France, par le XVe centenaire du baptême de Clovis. Connaissance des Pères de l'Eglise s'associe à cette célébration par ce numéro spécial, consacré non seulement au baptême de Clovis, mais plus largement à la christianisation de la Gaule. Compte tenu des interrogations relatives à l'année exacte du baptême de Clovis (Noël 496 ou 498 ou entre 490 et 500 ? ) et du caractère somme toute assez ponctuel et symbolique de cet événement qui vient sceller la conversion du roi franc au christianisme, nous optons pour un thème qui correspond mieux à la réalité : celui de la christianisation de la Gaule. En effet, à la différence du roi Vladimir, du prince Miesko Ier... , dont le baptême, avec tout leur peuple, a été un événement fondateur de l'Etat et de l'Eglise en Russie, en Pologne... , Clovis est baptisé seulement avec sa garde personnelle et divers foyers de christianisme existaient déjà en Gaule avant son règne, et même depuis 177 (date à laquelle on situe les martyrs de Lyon) : à Lyon grâce aux évêques saint Pothin et saint Irénée et aux martyrs de Lyon, à Poitiers avec saint Hilaire, à Tours avec saint Martin, à Toulouse avec saint Sernin, à Lérins avec saint Honorat... Dans le cadre de ce numéro, nous ne pouvons reprendre la genèse de la christianisation de la Gaule, qui s'agrandit, d'ailleurs, par les victoires de Clovis (cf carte p. 8), pas plus que nous ne pouvons envisager tous les problèmes liés à l'arianisme, mais nous y reviendrons dans de prochains numéros, à propos de saint Irénée, de saint Hilaire... Nous nous limiterons donc à deux tournants dans la christianisation de la Gaule : le rôle de saint Martin à Tours - qui n'a pas été sans infléchir la conversion de Clovis - et le baptême de Clovis, à Reims, présentés respectivement par l'Académicien Jacques Fontaine, spécialiste, entre autres, de saint Martin, dont il a édité la Vita dans la collection Sources Chrétiennes et par Jaime Garcia, de l'Université de Burgos. Claude Collignon, Supérieur du Séminaire de Reims, ouvre le numéro en dégageant la signification de cette commémoration du baptême de Clovis. Puis, Pierre Riché, spécialiste du Haut Moyen Age, retrace les grands moments de la christianisation de la Gaule aux Ve et VIe siècles et Jean Gaudemet, spécialiste de l'histoire des institutions, explique quelles étaient les structures ecclésiales dans la Gaule mérovingienne. Que tous soient remerciés de leur contribution à ce numéro fort dense ! Le comité de rédaction connaît quelques changements en ce début d'année. Thierry Ziegler part pour une autre mission et est remplacé par Laurence Brottier, spécialiste de Jean Chrysostome et déjà auteur dans Connaissance des Pères de l'Eglise. Françoise Vinel et moi-même échangeons les fonctions. Que toute l'équipe de Connaissance des Pères de l'Eglise soit remerciée pour le travail qu'elle effectue pour faireconnaître cet esprit qui animait les Pères. Marie-Anne VANNIER
Jacques Maritain (1882-1973) fut sans doute le plus grand philosophe chrétien du XXe siècle. Né à Paris dans le milieu de la gauche libérale, il découvrit la foi chrétienne avec sa jeune compagne Raïssa (1883-1960), juive issue de l'émigration russe. On peut dire qu'il arma intellectuellement le monde chrétien face aux défis de la modernité, promouvant un humanisme démocratique plus actuel que jamais. Homme et femme de prière, Jacques et Raïssa témoignèrent pour une Église servante et pauvre qui puisse trouver, dans la contemplation de Jésus sur tous les chemins du monde et de la vie, un chemin d'Évangile pour aujourd'hui. Jean Daniel fut marqué par la pensée de Jacques Maritain au grand séminaire de Quimper. Il connut la vie monastique bénédictine, puis il discerne sa vocation à la Chartreuse : celle d'ermite paysan. En 1969, il a un contact direct avec Jacques Maritain qui l'encourage dans sa vocation.
Depuis plus d'un millénaire, l'oeuvre du moine arménien, Grégoire de Narek (940-1003), a accompagné les fidèles de sa nation dans toutes les circonstances de leur vie. On déposait son livre sur l'autel paroissial ; on le lisait au chevet des malades pour obtenir leur guérison ; on en insérait des extraits dans la liturgie de la messe. Si l'on partait en voyage, on en recopiait quelques pages, qu'on gardait sur soi comme viatique contre les craintes et les périls. Presque inconnu en Occident jusqu'au milieu du XXe siècle, saint Grégoire de Narek a été proclamé docteur de l'Eglise universelle en 2015. Il enseigne l'art de parler à Dieu des profondeurs du coeur, en nous présentant devant lui avec une sincérité exempte de pharisaïsme. Si nous sommes tous sauvés en Christ, nous partageons solidairement toutes les fautes de nos semblables. Nous sommes tous impliqués dans la même chaîne de prières, jusqu'à la fin des temps, en une démarche de contrition profondément libératrice.
A 36 ans, je redécouvre un monde devenu presque "étranger" : le monde de la nourriture apaisée, le monde de la vie restaurée, un monde qui ne ressemble finalement qu'à celui de nouvelles faims. D'appétits furieux de sens et de désirs retrouvés, de boulimie de vie intérieure. Je passe devant ces toilettes qui ne servaient à rien sauf à ma destruction, à ma douleur et à mon apaisement. (...) Dans quelle prison faut-il se trouver pour se sentir menacée et dérangée pour une bouchée ? Une prison mentale qui s'appelle l'anorexie et sa meilleure copine la boulimie. Deux "personnes" qui avaient pris possession de mon cerveau, de mes comportements, de mon être tout entier jusqu'à éclipser ce que j'étais réellement. Deux personnes qui ont dominé ma vie pendant plus de dix ans. Qui m'ont fait sombrer dans l'horreur du gouffre, de la vase et de la boue. Qui m'ont dépouillée entièrement physiquement et mentalement".
Ils s'appellent Denko, Bintou, Jonathan. Ils viennent d'Afrique noire, d'Europe de l'Est, du Maghreb. A 16 ans, parfois plus jeunes encore, ils ont fui la guerre, des menaces pesant sur leurs familles, la misère. Le drame de l'exil les a endurcis, a broyé leur innocence. Au titre de la protection de l'enfance, la France reconnaît des droits à ces garçons et filles, mineurs étrangers non accompagnés (MNA) le droit à bénéficier d'une assistance et d'un hébergement, le droit à être scolarisé. Mais faire appliquer ces droits est un long combat, d'abord parce que les administrations mettent systématiquement en doute l'âge de ces jeunes, qu'ils soumettent à des tests osseux pourtant très controversés, ensuite parce que le droit de rester en France leur est souvent refusé à la majorité. Membre du Réseau Education Sans frontières (RESF) depuis 2008, et fondatrice des associations Eole en 2018 et Hébergeurs Solidaires et Parrains Engagés (HéSoPE) en 2019, Marie-Pierre Barrière se bat à leurs côtés. Comme citoyenne et comme chrétienne, elle témoigne avec force de sa foi en ces jeunes encore à l'aube de leur vie, et défend un autre projet de société : celui de l'ouverture et de l'inclusion, à rebours de la politique actuelle de durcissement des conditions d'accueil et de fermeture des frontières.