Ce volume contient : Les Piliers de la société, La Maison de poupée, Les Revenants, Un ennemi du peuple, Le Canard sauvage, Rosmersholm, La Dame de la mer, Hedda Gabler, Solness le Constructeur, Le Petit Eyolf, John Gabriel Borkman, Quand nous nous réveillerons d'entre les morts. En 2006, ce sera le centenaire de la mort d'Ibsen. Cette commémoration de dimension européenne revêtira en France une ampleur particulière. Ibsen est déjà - depuis sa "découverte" et sa réception en France à la fin du XIXème siècle, l'un des dramaturges dont les pièces sont les plus jouées sur les scènes parisiennes : que l'on songe, notamment, aux deux adaptations récentes d'Hedda Gabler. Il n'était pas question de donner dans "La Pochothèque" la totalité des pièces. On ne joue plus guère, par exemple La Terre du guerrier (1850) ni Les Prétendants de la couronne. L'intérêt se concentre manifestement aujourd'hui sur les 12 dernières pièces. Ibsen y traite de grands thèmes moraux et psychologiques qui font écho à l'actualité de son temps (le féminisme, l'affirmation de l'individu, la puissance de l'instinct, le scepticisme à l'égard des valeurs bourgeoises et religieuses) mais il ne s'agit nullement d'un théâtre à thèses. Le réalisme ibsénien n'étouffe en aucune manière le lyrisme et le sens du tragique qui s'affirment à travers ces oeuvres. On sait que l'échec de Peer Gynt (1867) constitua une rude épreuve et donna une orientation nouvelle à sa carrière. Ainsi détaché des traditions exclusivement norvégiennes, Ibsen allait accéder à un mode d'expression plus large et presque universel. Les Piliers de la société (1877) bientôt suivi de La Maison de poupée marque donc le début de la grande carrière européenne qu'Ibsen est loin d'avoir achevée. Les traductions que nous avons retenues - après une sérieuse révision stylistique et philologique (cette dernière assurée par une universitaire norvégienne), sont celles qui ont fait connaître Ibsen en France, qui ont été jouées au Théâtre Antoine, qui ont été interprétées par Lugné-Poe ou par les Pitoëff. Ce sont elles qui ont fait d'Ibsen le grand dramaturge classique que l'on applaudit aujourd'hui. La préface de Michel Meyer, réflexion d'un philosophe sur les grands thèmes ibséniens, est complétée par des notices d'histoire littéraire et par un aperçu de la scène européenne au tournant du XIXème et du XXème siècle. Ce travail a bénéficié des travaux en cours, en particulier de la grande édition "scientifique" du Théâtre d'Ibsen qui paraîtra à Oslo fin 2005.
1954, dans un hôpital militaire de Hanoi, Yann, un soldat breton, est soigné par Mai. Ils tombent amoureux, mais le père de la jeune fille l'a promise à un autre. Elle s'insurge, elle est bannie de la famille... Ils se marient en toute hâte, avant que Yann rejoigne la cuvette de Diên Biên Phu. Après la défaite de l'armée française, Yann est emmené dans un camp d'internement. Dans une langue poétique, avec grâce et pudeur, Hoai Huong Nguyen peint le Vietnam d'hier et un amour qui affronte la violence d'une guerre. L'histoire bouleversante de Mai et de Yann laisse percer la lumière des humbles héros qui croient à la liberté et à l'absolu malgré les vicissitudes de l'Histoire. Tout est là : l'Histoire, l'histoire, la manière de les faire s'imbriquer, la netteté de l'écriture, la volonté de trouver une parole adéquate à la tragédie, la complexité des psychologies... "Un instant de littérature pure." Yann Moix, Le Figaro littéraire.
Avant le vol des bons de la Défense nationale et les assassinats qui suivirent, la renommée de Victor, de la Brigade mondaine, n'excédait pas le cercle restreint de ses chefs et de ses collègues. Il fallut, pour le mettre en évidence, qu'apparût brusquement en face de lui cet extraordinaire, ce formidable personnage d'Arsène Lupin, qui allait donner à cette ténébreuse affaire sa signification et son intérêt spécial. Les qualités déjà remarquables du vieil inspecteur furent portées à leur paroxysme par le prodigieux adversaire que lui opposaient les circonstances. C'est leur lutte sournoise, ardente, implacable, poursuivie dans l'ombre d'abord, puis en pleine clarté, que nous raconte Victor, de la Brigade mondaine.
Antonine?? Clara?? laquelle de ces deux figures constituait la véritable personnalité de l'être charmant qu'il avait rencontré? Elle avait à la fois le sourire le plus franc et le plus mystérieux, le regard le plus candide et les yeux les plus voluptueux, l'aspect le plus ingénu et l'air le plus inquiétant. "Arsène Lupin, dit Raoul, résout, bien sûr, le premier, une ténébreuse affaire de meurtre, et avec quelle maestria! Amoureux, il risque sa vie. Ingénieux, il s'échappe alors qu'il est cerné par la police ou les truands. Insolent, il joue des tours aux deux.Le gentleman-cambrioleur est au mieux de sa forme pour notre plus grand bonheur. "
Louis Edouard ; Ostermeier Thomas ; Borchmeyer Flo
Reda se lève et marche d'une extrémité à l'autre de la chambre. Reda : tu vas le payer, je vais te buter moi sale pédé, tu m'as insulté de voleur, je vais te faire la gueule pédale. Edouard, Voix intérieure : voilà pourquoi. Il désire et il déteste son désir. Maintenant il veut se justifier de ce qu'il a fait avec toi. Il veut te faire payer son désir. Il veut se faire croire que ce n'était pas parce qu'il te désirait que vous avez fait tout ce que vous avez fait mais que ce n'était qu'une stratégie pour faire ce qu'il te fait maintenant, que vous n'avez pas fait l'amour mais qu'il te volait déjà. Reda, hurlant : sale pédé ! T'es qu'un putain de sale pédé ! Il secoue Edouard. Soudain il se calme. Il l'embrasse. arrête d'avoir peur, je suis sensible, j'aime pas quand les gens ont peur ou quand les gens pleurent." En 2018, Thomas Ostermeier a adapté pour le théâtre le roman d'Edouard Louis, Histoire de la violence, avec l'auteur. Au coeur de la violence est le fruit de cette collaboration.
Dans Fin de partie il y a déjà cette notion d'immobilité, cette notion d'enfouissement. Le personnage principal est dans un fauteuil, il est infirme et aveugle, et tous les mouvements qu'il peut faire c'est sur son fauteuil roulant, poussé par un domestique, peut-être un fils adoptif, qui est lui-même assez malade, mal en point, qui marche difficilement. Et ce vieillard a ses parents encore, qui sont dans des poubelles, son père et sa mère qu'on voit de temps en temps apparaître et qui ont un très charmant dialogue d'amour. Nous voyons deux êtres qui se déchirent, qui jouent une partie comme une partie d'échecs et ils marquent des points, l'un après l'autre, mais celui qui peut bouger a peut-être une plus grande chance de s'en tirer, seulement ils sont liés, organiquement, par une espèce de tendresse qui s'exprime avec beaucoup de haine, de sarcasme, et par tout un jeu. Par conséquent, il y a dans cette pièce - qui est à un niveau théâtral absolument direct, où il n'y a pas d'immense symbole à cher-cher, où le style est d'une absolue simplicité -, il y a cette espèce de jeu qu'ils se font l'un à l'autre, et qui se termine aussi d'une façon ambiguë parce que le suspense dérisoire de la pièce, s'il y a suspense, c'est ce fils Clov, partira-t-il ou non? Et on ne le sait pas jusqu'à la fin. Je dois dire aussi que c'est une pièce comique. Les exégètes de Beckett parlent d'un "message", d'une espèce de chose comme ça. Ils oublient de dire le principal, c'est que c'est une chose qui est une découverte du langage, de faire exploser un langage très quotidien. Il n'y a pas de littérature plaquée, absolument pas. Faire exploser un langage quotidien où chaque chose est à la fois comique et tragique.
Un des pionniers du Théâtre de l'Absurde, Samuel Becket, offre un spectacle qui fait rire jaune à plus d'une reprise. Deux personnages en attendent un troisième et pendant cette attente, ils refont le monde à leur manière. Jamais ce que l'on nomme l'absurde n'aura été si visionnaire et réellement vrai.
Les jurés se réunissent pour délibérer à l'issue d'un procès dont l'accusé est un adolescent de seize ans inculpé pour parricide. Les preuves manquent et il clame son innocence. Mais les témoignages sont graves, précis et concordants. S'il est reconnu coupable, le jeune homme sera condamné à mort. Onze jurés sur douze votent "coupable". Le huitième Juré explique son veto, analyse les témoignages, décortique les contradictions, et peu à peu le doute gagne les onze autres jurés. Condamnera-t-on à mort ce garçon?