Chrétien Jean-Pierre ; Dupaquier Jean-François ; N
KARTHALA
32,00 €
Epuisé
EAN :9782845868724
La crise de 1972, appelée ikiza - le fléau - par les Barundi, est la plus grave vécue par ce pays avant la guerre civile qui l'a déchiré entre 1993 et 2003. Une rébellion éclate le 29 avril 1972, accompagnée de tueries contre les Tutsi du Sud du Burundi. La répression qui se développe en mai et juin suivants touche non seulement les populations hutu de cette région, mais s'étend aussi à l'ensemble du pays. Elle vise tout spécialement les Hutu instruits : cadres, fonctionnaires, commerçants, paysans aisés, et surtout les étudiants et les élèves du secondaire. C'est notamment cette purification " ethnique " des écoles qui a amené les observateurs de l'époque à parler de génocide. Sous la pression internationale, en particulier celle de l'opinion belge, les massacres diminuent puis s'interrompent en juillet 1972, non sans des flambées qui se poursuivent jusqu'en 1973. Aucune étude approfondie de cette crise majeure n'existait. Les auteurs connaissent le Burundi depuis plus de trente ans. Ils ont rassemblé la documentation qu'ils avaient constituée à l'époque (Jean-François Dupaquier était sur place et Jean-Pierre Chrétien avait tenté d'alerter l'opinion française), ils l'ont complétée par des enquêtes orales menées dans plusieurs régions du pays entre 1999 et 2002 et par l'exploitation des archives diplomatiques françaises et belges, récemment ouvertes. Les nombreux documents et témoignages livrés par les auteurs sur ce génocide des élites hutu aideront aussi à réfléchir sur le génocide des Tutsi au Rwanda en 1994. L'un et l'autre s'insèrent dans un engrenage de crises du même type, qui ont déchiré cette région d'Afrique depuis le début des années 1960 selon la même logique d'un racisme interne manipulé par groupes politiques extrémistes. Les analyses portent aussi sur la construction des propagandes contradictoires et sur le jeu, souvent ambigu, des puissances étrangères.
Nombre de pages
494
Date de parution
01/04/2007
Poids
750g
Largeur
160mm
Plus d'informations
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EAN
9782845868724
Auteur
Chrétien Jean-Pierre ; Dupaquier Jean-François ; N
Editeur
KARTHALA
Largeur
160
Date de parution
20070401
Nombre de pages
494,00 €
Disponibilité
Epuisé
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Tristement célèbre depuis le génocide rwandais de 1994, la région des Grands Lacs d'Afrique demeure très peu connue. Découverts à partir des années 1860, les royaumes situés près des sources du Nil s'inscrivaient dans une histoire pourtant ancienne : établis depuis le XVIe siècle au moins, ils structuraient un peuplement complexe de langues bantu, maîtrisant agriculture, élevage et métallurgie depuis deux millénaires. Au contact des colonisateurs allemands, britanniques et belges - et des missionnaires catholiques ou protestants, leur organisation, qui reposait sur des constitutions non écrites de nature religieuse, a été remodelée. Les Etats indépendants nés au XIXe siècle (notamment le Burundi, le Rwanda, l'Ouganda) ont hérité de cette double histoire, ancienne et coloniale ; ils se retrouvent piégés par une reconstruction raciale ("Bantous" , "Hamites" , "Nilotes" , etc.) de leur propre passé qui nourrit la politique contemporaine.
La région des lacs de l'Afrique orientale est devenue synonyme de catastrophes. Pourtant son histoire séculaire est particulièrement riche : des densités humaines impressionnantes, un potentiel agro-pastoral remarquable, une inventivité politique et religieuse étonnnante. Le regard européen qui se porte sur elle depuis la fin du XIXe siècle, fasciné au premier abord par la civilisation qu'il découvrait en plein coeur du continent, n'a pas tardé à piéger ces peuples africains dans ses calculs et ses fantasmes. Il fallait conserver cette réserve humaine dans un ordre "féodal", qui convenait apparemment si bien à la vision raciale de l'histoire dans laquelle se comlpaisait la pensée coloniale. [saut de ligne] Ce qu'on appelle aujourd'hui "Afrique des grands Lacs", avec ses haines fonctionnant en boucle, s'est forgée dans ce contact, où acteurs étrangers et locaux portent des responsabilités spécifiques. Comment réfléchir sur cette région et son avenir sans démêler cette histoire complexe, qui est celle du XXe siècle, l'âge des extrêmes comme l'a écrit Hobsbawm ...
La première édition de ce livre, en 1997, se présentait comme le prolongement intellectuel du travail de deuil qu'appelaient le génocide des Tutsi et les massacres d'opposants hutu perpétrés au Rwanda en 1994, mais aussi les massacres commis au Burundi en 1993. Seuls les chapitres généraux de la première édition ont été gardés, complétés par une conclusion actualisée. Quinze ans plus tard, le défi reste le même : celui de la réduction de la réalité génocidaire, qui hante cette région d'Afrique depuis un demi-siècle, à des "colères populaires spontanées" ou à des "guerres ethniques", c'est-à-dire à des massacres sans responsabilités. L'opinion publique reste souvent attachée à ces clichés, en fonction de préjugés persistants sur une Afrique exotique, "continent des ténèbres" et des "violences ataviques". Toute une littérature, en France, continue étrangement à jouer de cette ignorance. Jean-Pierre Chrétien, qui a travaillé sur ces pays depuis plus de 40 ans, montre que l'ethnisme relève soit d'une illusion théorique, soit d'une propagande raciste qui, en l'occurrence, débouche sur des pratiques d'exclusion et des massacres de masse. Au Rwanda en 1994, l'éradication des Tutsi, décrits comme des êtres malfaisants d'origine étrangère, visait aussi à neutraliser les démocrates hutu qui s'opposaient au régime en place. Un projet censé être authentique et "populaire" a conduit justifier (quitte à le nier ensuite) l'élimination radicale de "l'autre", traité en bouc émissaire de calculs politiques à courte vue. Ce livre rappelle que l'impératif de la recherche, en Afrique comme ailleurs, est de décrypter les fausses évidences. Par-delà les cas rwandais et burundais, il permet de penser autrement les rapports complexes qui s'établissent entre mobilisation politique, violence et construction identitaire.
A la croisée de la psychanalyse et de l'anthropologie, cet ouvrage propose une lecture structurale de l'histoire ottomane et républicaine de la Turquie. D'Osman à Kemal, de la chute de Constantinople au mouvement protestataire du parc de Gezi (2013), sont retracées les transformations du "discours" social organisé par quatre places qu'occupent différentiellement le sultan, l'Etat, les assujettis et le territoire. Au "discours d'Empire" des premiers Ottomans succède au XVIIe siècle un "discours d'en pire" dont émerge, au XIXe siècle, celui "de la paranoïa" à la logique génocidaire. De cette matrice naît celui de la République, toujours actuel depuis cent ans : le "discours de l'hainamoration" dont Erdo?an est depuis vingt ans le sujet principal. Ces transformations successives ont pour enjeu, avec une étrange constance, le champ de l'altérité : le lieu de la différence.