C'est l'histoire d'un groupe professionnel, à la jointure de l'histoire politique, le recours des gouvernements aux forces de l'ordre selon les raisons de leur politique, mais toujours au nom de la défense légitime de l'État, et de l'histoire civique et sociale, les policiers étant par ailleurs des citoyens et des travailleurs ayant les mêmes droits d'organisation et de défense que les autres.Cette histoire va de la création du corps des Gardiens de la paix aux lendemains de la chute du Second Empire jusqu'au début du XXIe siècle. Somme toute, pourquoi le groupe professionnel des policiers ne pourrait-il pas être étudié selon les mêmes modalités que tous les groupes sociaux? Ces hommes pratiquent un métier, maîtrisent des savoir-faire. Chacun d'entre eux a une histoire individuelle où la part de la famille est primordiale. Leur rapport à la ville est marqué par une origine géographique, mais aussi un mode d'habitat. La première partie aborde l'histoire de l'institution policière, car ces serviteurs de l'État relèvent d'une administration aux puissantes caractéristiques et dont l'action est fortement influencée par le contexte.La question de la place de ces hommes (puis de ces rares femmes) dans la société est le sujet de la deuxième partie: c'est bien un métier qu'il faut éprouver, comprendre sa mission principale, celle de policer un monde urbain réticent, saisir des pratiques et des codes professionnels, mettre en perspective des carrières, prendre conscience que l'échelle du quartier est fondamentale pour la police. Ce contexte détermine ce qui est l'objet de la troisième partie, l'usage par le pouvoir de la force publique, faisant des gardiens de la paix les défenseurs d'un ordre pour qu'ils prennent, nolens volens, le parti des puissants. Mais ces policiers sont des citoyens et des travailleurs que rien n'empêche en démocratie d'user de leurs droits. Comme toute période de crise, les guerres étudiées dans la quatrième partie permettent de voir à l'oeuvre des processus ou d'identifier des phénomènessouvent mal perceptibles. Enfin, ces professionnels dans la ville sont aussi des citadins, parfois depuis peu. Leur insertion au sein de la société urbaine, leurs origines géographiques et sociales, la vie qu'ils ont vécue auparavant, leur jeunesse mais aussi les activités qu'ils ont pu exercer avant d'endosser la tenue de gardien de la paix, permettent de situer leur place dans la société ? c ?est le thème de la cinquième partie. Avant de voir comment la sociabilité et les représentations contribuent à construire une identité certes mouvante, comme toute identité, mais basée sur des facteurs permanents. Déterminer ces éléments, écrire l'histoire du groupe social des gardiens de la paix, c'est comprendre la société dans laquelle nous vivons.
Il est des hommes, exclus du grand récit historique officiel, des vies apparemment ordinaires qui toutefois témoignent autant des soubresauts d'un siècle que les biographies arrangées des grands personnages. Georges Valero (1937-1990) en apporte une preuve exceptionnelle. Né au temps du Front populaire, Georges Valero grandit dans un des quartiers les plus déshérités de l'agglomération lyonnaise. Son investissement syndical le conduit, au retour de la guerre d'Algérie, à choisir de travailler de nuit dans un centre de tri postal lorsque nombre de militants deviendront permanents. Il est de toutes les luttes de la gauche révolutionnaire: l'anticolonialisme, le communisme, mai 1968, le syndicalisme autogestionnaire, l'anarchie. Mais cet engagement dans le siècle prend, pour l'historien, valeur de témoignage et d'analyses hors du commun du fait de la part prise, par l'écriture romanesque, dans l'existence de ce fils d'ouvriers immigrés. Très tôt, Valero, qui écrit dans des journaux lycéens, découvre la nécessité de mettre à distance le cours immédiat des événements par la littérature: soldat en Algérie, il se lance clandestinement dans la rédaction d'un roman antimilitariste. Toute son oeuvre, imprégnée de cet engagement dans la cité, se révèle pour l'histoire sociale et culturelle, une mine sans équivalent, puisqu'elle offre une plongée dans un univers populaire où l'on peine à parler de soi à la première personne. Au-delà de la figure de l'écrivain-travailleur, Christian Chevandier restitue l'histoire d'une génération et d'un milieu, pour lesquels la culture était synonyme d'émancipation. Une génération parmi d'autres, qui se distingue cependant par ce que la vie de Georges Valero nous révèle de la société contemporaine.
Le travail structure la société française et occupe le devant de la scène politique contemporaine. Des luttes pour les droits des travailleurs aux réflexions sur la " fin du travail ", de la réduction du temps de travail à la " flexisécurité ", le modèle français ne cesse de soulever débats et tensions. En se concentrant avant tout sur les années 1930 à 1950, moment où droit du travail, conditions de vie et protection sociale basculent pour créer un nouveau modèle, Christian Chevandier nous livre, à travers une série de grands textes commentés, la matière d'une réflexion profonde sur les enjeux économiques, sociaux et culturels du travail en France.
Le travail est-il une valeur d'avenir?Depuis trois quarts de siècle, en période de croissance comme en temps de crise, la question du travail est récurrente en France, notamment lors des échéances politiques. Les débats autour du temps de travail, de la « valeur-travail » ou de « la France qui se lève tôt » ou plus récemment la proposition d'un revenu universel, ne cessent d'agiter la classe politique comme, parfois, la rue. Depuis le début du XXIe siècle les mutations ont été nombreuses. Ainsi les principaux mouvements sociaux ont porté sur le sens et les modalités du travail, qu'il s'agisse des plus jeunes, des retraites ou encore des lois « Travail » des présidences Hollande et Macron. Christian Chevandier propose d'observer la question du travail sur plusieurs décennies et de mettre à la disposition du lecteur une série de textes essentiels commentés pour mieux comprendre ce que représente aujourd'hui la valeur travail.
13 novembre 2015 : à Saint-Denis et à Paris, des commandos sèment la mort. Très vite, les policiers interviennent au péril de leur vie pour secourir les victimes et protéger les rescapés, parvenant même à arrêter le massacre. Terriblement marqués par cette soirée, nombre d'entre eux témoignent et permettent de comprendre ce qui s'y est joué, à long terme, pour eux. Le 13 novembre 2015 au soir, des terroristes islamistes sèment la terreur à Saint-Denis et à Paris, tuant en trois quarts d'heure 130 personnes et infligeant de graves blessures à des centaines d'autres. En première ligne, la police arrive sur les lieux des attentats en quelques minutes pour porter secours aux victimes et sécuriser les scènes de crime. Au Bataclan, deux policiers de la BAC arrêtent le massacre au bout de douze minutes en pénétrant dans la salle et en tirant sur l'un des tueurs. Puis les services spécialisés délivrent les derniers otages en neutralisant deux autres terroristes. Une soixantaine de policiers, interrogés moins d'un an après les attentats, ont livré un témoignage sur leur expérience de cette soirée du 13-Novembre et de ses suites, un ensemble fort et poignant d'où Christian Chevandier tire des analyses multiples : identité professionnelle, rapports avec les proches et avec le reste de la société, " guerre des polices "... L'auteur explique aussi pourquoi et en quoi, pour ces hommes et ces femmes, rien ne sera plus jamais comme avant.
Après avoir raconté, dans le premier tome de ses Mémoires, son enfance dans le Maroc d'avant-guerre et son arrivée en France en 1945, Driss Chraïbi reprend le fil de son récit autobiographique. Au début des années 50, il découvre une autre planète, l'Alsace, et s'y installe avec sa femme dans une sorte d'ermitage amoureux voué à l'écriture. Puis ses premiers succès d'écrivain le ramènent à Paris et la communauté maghrébine trouve en lui l'une de ses premières voix dans le milieu littéraire. Défilent ensuite les années France Culture, les années canadiennes, les années à l'Ile d'Yeu, les amis et les rencontres (François Mitterrand, Lucien Bodard...), les paysages, les livres et les femmes de sa vie.
Oui, j'y avais repensé. Qu'est-ce qu'il s'imaginait. Je n'avais pratiquement fait que penser à ça depuis ce matin, mais y penser avait fini par prendre la forme d'une ville, d'un premier amour, la forme d'un porte-conteneurs." Le corps d'un homme est retrouvé au pied de la digue Nord du Havre, avec, dans sa poche, griffonné sur un ticket de cinéma, un numéro de téléphone, celui de la narratrice. Convoquée par la police, elle prend le train pour Le Havre, ville de son enfance, de sa jeunesse, qu'elle a quittée il y a longtemps. Durant ce jour de retour, cherchant à comprendre ce qui la lie à ce mort dont elle ignore tout, elle va exhumer ses souvenirs mais aussi la mémoire de cette ville traumatisée par la guerre, ce qui a disparu, ce qui a survécu, et raviver les vestiges d'un amour adolescent.
Dans l'East Texas profond de la Grande Dépression, la pauvreté règne et dévaste la région comme une tornade. Le jeune Harry Crane découvre le corps mutilé d'une femme noire sur le bord de la rivière Sabine. Il est convaincu que le meurtre est l'oeuvre de l'Homme-chèvre, un monstre de légende. Le nombre de victimes s'alourdit, un homme est lynché et le père de Harry, l'homme de loi local, enquête.
Brontë Emily ; Bellour Raymond ; Lacretelle Jacque
Emily Brontë possède donc le plus singulier des pouvoirs : celui de sa dépendance à l'égard des faits. Avec quelques touches, elle sait évoquer l'âme d'un visage et rendre le corps superflu ; en parlant de la lande, elle fait souffler le vent et gronder le tonnerre. Virginia Woolf. Quand, parmi tous les arbres, je cherche celui dont la forme s'harmonise le mieux avec le cadre du roman tragique d'Emily Brontë, c'est l'image d'un vieux robinier tortueux qui me vient à l'esprit, d'un vieux robinier tordu par le vent qui souffle toujours dans la même direction ; l'écorce est noire, le tronc est creux et, dans ce creux, la pluie a formé une petite flaque où baignent quelques feuilles mortes. John Cowper Powys