Rapport de sexage, effet idéologique et notion de sexe en françaisClaire MichardCet article expose le cheminement d'une recherche menée depuis la fin des années 1970. La première étape a eu pour objectif l'analyse des formes linguistiques de l'idéologie sexiste dans des discours scientifiques. À partir de l'interprétation sémantique de ces formes, j'ai fait l'hypothèse qu'il était possible de les faire toutes dériver du type de relation entre notion de sexe et notion d'humain selon qu'il s'agit des objets de discours «femmes» ou «hommes». Cette hypothèse a eu pour conséquence de me faire entreprendre ensuite l'analyse critique du traitement sémantique du genre en linguistique lorsqu'il s'applique aux référents humains.À l'opposé des analyses linguistiques traditionnelles qui postulent l'autonomie de la langue par rapport aux effets mentaux des structures sociales de domination, et de la plupart de celles qui ont été menées d'un point de vue féministe, ma démarche est ancrée très explicitement dans un ensemble de recherches féministes matérialistes s'intéressant aux rapports de pouvoir concrets et à leurs effets mentaux. Mon travail, qui s'inscrit dans la critique féministe de la connaissance, se situe à l'intersection de deux perspectives: la perspective des opérations énonciatives en linguistique - en particulier les travaux d'Antoine Culioli (1990, 1999 a et b), de Catherine Fuchs et Anne-Marie Léonard (1979), de Catherine Fuchs (1982, 1994) et de Pierre Le Goffic (1981) - parce qu'elle est la moins enfermée dans une pseudo-autonomie du linguistique, tout du moins en théorie; et la perspective sociologique matérialiste des rapports de pouvoir construisant les classes de sexe, tout particulièrement les oeuvres de la sociologue Colette Guillaumin (1992, 1995) et de l'anthropologue Nicole-Claude Mathieu (1991).L'intérêt de la théorie des opérations énonciatives est d'être centrée sur la production de signification et d'inscrire le sujet énonciateur dans la langue, ce qui a pour conséquence d'annuler l'illusion de transparence du langage et de neutralité de la langue. La relation entre un énoncé et l'événement extra-linguistique (au sens large, réel ou imaginaire) auquel il réfère est vue comme toujours indirecte, médiatisée par les sujets, autrement dit, il n'y a pas d'énoncé sans point de vue sur ce qui est énoncé.Du point de vue sociologique, les recherches de Guillaumin sur l'idéologie naturaliste et celles de Mathieu sur la dissymétrie dans la conceptualisation des sexes en anthropologie ont nourri ma réflexion et m'ont apporté des éléments pertinents pour envisager le statut de l'idéologique en sémantique linguistique.L'article de Guillaumin «Pratique du pouvoir et idée de Nature», paru en 1978, dans les n° 2 et 3 de la revue Questions féministes, c'est-à-dire en plein milieu de mon travail de thèse, a été capital pour l'interprétation des phénomènes linguistiques observés. La relation sociale qui produit les sexes en tant que classes y est conceptualisée comme rapport d'appropriation physique directe du corps des femmes par les hommes, rapport de pouvoir généralisé nommé «sexage», et qui préexiste logiquement à l'appropriation individuelle dans le mariage. Voici comment est défini l'effet idéologique propre au rapport de sexage:L'effet idéologique n'est nullement une catégorie empirique autonome, il est la forme mentale que prennent certains rapports sociaux déterminés: le fait et l'effet idéologique sont les deux faces d'un même phénomène. L'une est un rapport social où des acteurs sont réduits à l'état d'unité matérielle appropriée (et non de simples porteurs de force de travail). L'autre, la face idéologico-discursive, est la construction mentale qui fait de ces mêmes acteurs des éléments de la nature: des «choses» dans la pensée elle-même. (Guillaumin, 1992, [1978]: 17)
Nombre de pages
157
Date de parution
13/06/2012
Poids
275g
Largeur
242mm
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EAN
9782878545685
Titre
La face cachée du genre
Auteur
Chetcuti Natacha ; Greco Luca
Editeur
SORBONNE PSN
Largeur
242
Poids
275
Date de parution
20120613
Nombre de pages
157,00 €
Disponibilité
Epuisé
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Ce recueil d'articles s'appuyant, soit directement, soit indirectement, sur les résultats de l'enquête Enveff (Enquête nationale sur les violences envers les femmes en France), se situe résolument dans une optique féministe pluraliste. Même si les approches proposées peuvent diverger, toutes les contributions se réfèrent à une problématique de genre selon laquelle les violences contre les femmes résultent, en premier lieu, de la hiérarchisation des rapports sociaux de sexe. L'ouvrage invite au renouvellement des débats trop souvent dominés par les polémiques en absence de véritables réflexions critiques. Quatre grandes questions sont ainsi traitées: les enjeux de la conceptualisation et du comptage de certaines formes de violences; la relation entre violences publiques et violences "privées" et les stratégies d'autonomie des femmes; troisièmement, l'étude comparative des violences en métropole et outre-mer; enfin, l'analyse de l'impact qu'a produit la diffusion des résultats de l'enquête Enveff. Ces textes témoignent de la volonté de poursuivre le combat de la reconnaissance scientifique et politique des violences contre les femmes. Certes, rien n'est jamais acquis, tout peut être repris. Le titre "Trois pas en avant deux pas en arrière", incline à une vision optimiste des transformations: un pas de plus dans la marche vers l'égalité et la lutte contre les violences sexistes.
Comment les lesbiennes se disent-elles? Comment aiment-elles? Quels sont leurs modèles de couple? Quelle est leur sexualité? Comment sont-elles perçues par les femmes hétérosexuelles? Ce livre à la fois novateur, riche et subtil est le premier, en France comme à l'étranger, à s'attacher à l'intimité des femmes lesbiennes en s'appuyant sur des récits de vie. Il fait l'historique de cette « catégorie » apparue dans les années 1870, décrit les trois parcours qui mènent à la construction de soi comme lesbienne, s'attache au coming out et nous apprend notamment que le couple est une manière privilégiée de se dire et de se révéler socialement lesbienne (on préfère dire à sa famille qu'on vit avec une femme que de déclarer « Je suis lesbienne »). Ce sont donc les modalité de la rencontre et les manières d'être en couple qui forment le c'ur de ce livre qui tire aussi son originalité de l'analyse des « scripts sexuels » (cf. J. Gagnon, Les scripts de la sexualité, Payot) des lesbiennes. Recevoir ou donner du plaisir, tenir compte, susciter, accepter le désir de l'autre, imposer le sien? autant d'attitudes qui ne se déclinent pas de la même façon en contexte hétérosexuel ou lesbien. Reste une norme commune à toutes les femmes, quelle que soit leur orientation sexuelle, et que ce livre met enfin en valeur: la place donnée à l'autre.À noter que ce livre comporte en annexe un très utile et original petit glossaire du vocabulaire lesbien.
Cet essai novateur et subtil est le premier livre à s'attacher à l'intimité des lesbiennes en s'appuyant sur des récits de vie aussi bien hétérosexuels que lesbiens. Décrivant les trois parcours qui mènent à la construction de soi comme lesbienne, il s'intéresse au coming out, montrant en particulier que la mise en couple est une manière privilégiée de se dire et de se révéler socialement lesbienne. S'il étudie les modalités de la rencontre et les manières d'être en couple, il titre aussi son originalité de l'analyse des "scripts sexuels" des lesbiennes et comporte en outre un très utile petit glossaire du vocabulaire lesbien.
Cet ouvrage est le premier en France ayant pour objectif de rendre compte de l'interdépendance historique des mouvements lesbiens et des mouvements féministes à partir du point de vue de différents courants du lesbianisme. Il montre que l'histoire de la pensée lesbienne et féministe, des années 1970 à nos jours, est marquée par des alliances, des tensions et des ruptures qui ont des répercussions tant du côté des études universitaires que du côté des pratiques militantes. Il montre aussi que le contenu politique du lesbianisme, dans sa mise en cause de l'ordre établi, est constamment occulté.
Kobryn Olga ; Ovtchinnikova Macha ; Soulez Guillau
Issues d'une recherche collective menée depuis 2018 dans le cadre du programme international "Les lieux du virtuel" (IRCAV, Sorbonne Nouvelle, France / Université de Gérone, Espagne / Université de Chicago, Etats-Unis), les études ici réunies proposent une réflexion autour du concept de virtuel dans les champs disciplinaires variés (esthétique, histoire et sociologie du cinéma et des formes filmiques et médiatiques contemporaines, philosophie, histoire des techniques, théories des nouveaux médias) à partir de la question de son ancrage dans les lieux aussi bien concrets (dispositif technologique, corps, site, réseau son spatialisé) que conceptuels (théories et esthétique). Sans vouloir réduire le virtuel au "digital", il s'agit de rendre compte du potentiel d'action et de pensée que porte cette notion. Ainsi ce recueil retrace en premier lieu la généalogie du concept de virtuel appréhendé comme un outil théorique de l'analyse filmique, propose de l'historiciser à travers les études du cinéma des premiers temps et "expérimental", pour l'appliquer ensuite à l'analyse des formes actuelles : cinéma numérique, réalité virtuelle, mixte et augmentée, performance, alternate reality games, jeux vidéo, le cyberspace, le streaming, le web, le réseau.
Le récit de voyage comme compte rendu d'une expérience de l'Autre et de l'ailleurs pose te problème à la fois des capacités d'appréhension et des moyens de construction de cette altérité. Le voyageur ou la voyageuse est cette figure paradoxale qui se fait l'intermédiaire entre deux mondes : au coeur des récits de voyage, dans les descriptions comme dans la narration, se trouve cette tension constante vers l'expression du nouveau ou du différent qui, toutefois. passe généralement par le recours à des outils linguistiques et culturels familiers. En cela, l'écriture et le récit viatiques sont souvent plus révélateurs de l'identité des voyageurs, des voyageuses et de leurs destinataires que des altérités que l'ailleurs embrasse et incarne dans leurs textes. Etudier d'un point de vue stylistique, culturel et politique Les récits de voyage permet d'analyser ces assignations à l'altérité. Il s'agit de fournir des clés de lecture sur la négociation, dans les textes, des enjeux que les modalités discursives et idéologiques de ces constructions recoupent. La prise en compte d'un vaste corpus allant du Moyen Age à l'époque contemporaine amène à questionner ces mises en altérité dans un temps long et à identifier la manière dont elles évoluent, se consolident ou volent en éclats à travers les siècles. L'hybridité même des ouvrages étudiés invite à une approche interdisciplinaire mêlant littérature, histoire littéraire, stylistique, histoire des idées et des représentations voire, dans le dernier chapitre, analyse audiovisuelle.
Vidua. La veuve, à la différence du veuf, génère immédiatement des représentations dans l'imaginaire collectif, oscillant constamment entre deux pôles extrêmes, la bonne veuve et la mauvaise veuve. L'étau des attentes sociales, morales et familiales se referme sur celles qui vivent une situation commune mais rarement identique. L'ouvrage propose un panorama des représentations des veuves dans la littérature italienne, du début du XVe siècle aux années soixante du XVIe siècle, afin d'analyser les enjeux économiques, moraux et sociaux qui pèsent sur cette figure de femme seule, et qui conditionnent la façon dont celle-ci est mise en mots. Les discours des moralistes et des religieux, les nouvelles, toujours écrites par des hommes, et les textes littéraires écrits par des autrices veuves dialoguent ici avec les connaissances historiques sur les conditions de vie réelles des veuves. Ces différentes perspectives constituent un système de représentations qui tente de fixer par l'écriture l'essence du veuvage, comme pour mieux canaliser un statut insaisissable, échappant au contrôle masculin, en le fixant sur le papier. La veuve littéraire est toujours fictive, tout en restant en contact avec les veuves réelles. Si les stéréotypes alimentent les discours et les textes littéraires, ces derniers sont également influencés par la réalité - et peuvent, à leur tour, influencer la vie concrète et la pensée des femmes et des hommes qui constituent cette réalité.
Découvrez comment la réception et l'interprétation différenciées de la variation linguistique résulte des - et nourrit les - discriminations sociales. Cette étude profondément originale combine les méthodes et apports de la linguistique énactive, de l'anthropologie linguistique et de la sociophonétique pour montrer que ce que l'on nomme communément "l'accent" des uns est différemment perçu en fonction des stéréotypes sociaux en vigueur chez les autres et comment ces différentes interprétations contribuent à ces stéréotypes. Mené dans un contexte de "contact linguistique" qui compte très peu d'études - celui de la Caraïbe colombienne -, ce travail constitue une contribution importante au champ de la sociophonétique mais aussi du "contact linguistique" , dans la mesure où, au-delà des conséquences typologiques du contact de langues, on voit combien ces changements sont réinterprétés et réutilisés au crible des dynamiques discriminatoires en vigueur.