Au soir de sa vie, avant de lâcher prise et d'abandonner une existence qui ne l'amusait plus, un homme avait dit, lui qui avait toujours vécu à Paris : "je veux être enterré à Limoges", où ne l'attendait pourtant qu'une ville à laquelle il ne devait rien et qui l'avait ignoré. Il avait ajouté, comme pour s'excuser d'aller s'exiler si loin : "Ceux qui m'aiment prendront le train.". Jean-Baptiste était peintre et, comme un vieux chat, il avait connu plusieurs vies. Il avait peint, dessiné, enseigné, traversé de grandes crises et assez de doutes pour, un jour, arrêter tout brusquement. Puis il avait recommencé, mieux qu'avant, plus secrètement qu'avant, repris le dessin, repris la peinture et l'enseignement parce qu'il aimait trop ses élèves et que ses élèves l'adoraient. Garçons et filles, tous fascinés par cet homme, tous érotisés par sa présence.Il aimait les garçons, les filles ne lui en voulaient pas trop, il arrivait même qu'elles soient séduites. Et tout à l'heure, ils étaient presque tous là au buffet de la gare d'Austerlitz, et les filles aussi qui se sont mariées aux garçons.Il y a là les amants et les amants des amants, les nouvelles femmes des anciens amants, les amis de toujours, les vagues connaissances, les fidèles et, au bout du train, la famille de province. Tous ceux à qui il a appris à briller et qui ont grandi dans la lumière de sa séduction et dans l'incroyable compétition qu'il installait entre eux.Dans la vie de tous ces gens, une longue journée comme un voyage vers la clarté. Stress et précipitation sûrement d'abord, à l'idée d'aller passer une journée à Limoges. Envie d'en finir vite, envie qui va disparaître aussitôt, engloutie dans le mouvement du train. Une journée où le temps s'est arrêté et ne compte plus : on ne verra bientôt que des êtres qui réapprennent à se parler et à rire, qui oublient de bien se tenir et refusent de se faire une raison.
Nombre de pages
156
Date de parution
06/05/1998
Poids
156g
Largeur
115mm
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EAN
9782866422158
Titre
Ceux qui m'aiment prendront le train. Scénario et entretien
Je me rends bien compte en disant tout cela que le mécanisme de la "création" - comment naît une mise en scène - ne peut pas se dire sans prétention, ni se définir. Il est secret, et secret parfois pour le metteur en scène. En parler n'en dévoile ni l'ampleur ni la simplicité, les péripéties ne le rendent que petit et dérisoire : on se dira : ah bon, ce n'est que ça ? et on n'aura pas raison. En fait c'est un artisanat, et ce que je peux raconter ici n'est qu'une sorte de catalogue des provisions que j'avais emportées pour le voyage ; cet artisanat n'existe que lorsque tous les participants d'un spectacle y prennent leur part (comment dire cela sans démagogie ?), dans le secret de l'alchimie qui se produit entre tous ceux qui sont sur le plateau et celui qui reste dans la salle, avec le privilège exorbitant et nécessaire de regarder de l'extérieur, de jeter le dernier coup d'oeil et de faire recommencer encore une fois."
Grand invité du Louvre en 2010, Patrice Chéreau a agencé les oeuvres autour de ses thématiques essentielles, corps et visages, lumière, fantômes. Il a publié le beau-livre de cette aventure, Les Visages et les corps, ensemble de documents, impressions, notes, lettres, où il livre son intimité d'artiste, d'homme heurté par les doutes, les désirs incandescents, la quête de la beauté ou le goût des ténèbres. Chemin de traverses, balisé par des spectres aimables ou redoutés, ce spectacle bâtit un labyrinthe de bribes intimes, de fractures et de fractions de vie privée comme publique, où se reflètent à la fois le monde et les êtres aimés.
Patrice Chéreau est aujourd'hui une figure majeure de la culture européenne. et c'est aussi une figure complexe. S'il prend, très jeune, la direction du Théâtre de Sartrouville dans une perspective très engagée politiquement (1966-1969), puis celle du T.N.P. à Lyon-Villeurbane (avec R. Planchon et R. Gilbert), il s'impose sur la scène internationale en 1976 par la mise en scène de la Tétralogie de R. Wagner pour le centenaire du Festival de Bayreuth. En France, sa direction du Théâtre des Amandiers à Nanterre (de 1982 à 1990) est suivie avec attention par les spécialistes comme par le grand public, parce qu'il s'intéresse aussi bien aux auteurs contemporains (B.-M. Koltès, H. Müller), qu'aux grands classiques (Shakespeare. Marivaux, etc.). Parallèlement. Patrice Chéreau s'est lancé dans le cinéma: récompensé à Cannes en 1983 pour L'Homme blessé, il continue d'imposer une marque très personnelle à des films qui savent aussi rencontrer le grand public (La Reine Margot, 1994: Cela- qui m'aiment prendront le train, 1998). Une des spécificités de Patrice Chéreau réside dans sa capacité à effectuer des transversales: à passer avec évidence et fluidité d'une pratique artistique à une autre, à réinvestir ici ce qu'il a pu expérimenter là, dans un processus de décentrement et d'enrichissement constants. C'est ainsi qu'il conçoit les diverses facettes d'un même métier: s'il a révolutionné la direction d'acteur à l'opéra. ses mises en scène des textes classiques et contemporains ont donné, sur le théâtre, une intensité étrange et nouvelle à la représentation des conflits entre les êtres, tandis que ses expériences cinématographiques apportent à la peinture des sentiments (et des relations d'une façon plus générale) une texture à la fois plus subtile et plus dense.
Puisant dans des films célèbres et très divers, sélectionnés dans toute l'histoire du cinéma, classique ou récent, ce livre rend compte d'une histoire du scénario au cinéma et décèle les tendances actuelles des cinémas américain, français et asiatique. Ces scénarios sont des modèles actuels et vivants, réservoirs d'exemples dans leurs irrégularités et par les aléas de leur écriture. Le parti pris de cet ouvrage est qu'au fond, les histoires sont toujours les mêmes, ce dont se réjouit son auteur qui y voit le signe d'une solidarité de l'expérience humaine à travers l'espace et le temps. Ce qui est en revanche indéfiniment neuf, c'est l'art de la narration, l'art du conte, dont le scénario est une application particulière au cinéma. Cette narration repose sur des techniques utilisées dans tout scénario, des "trucs", des procédés très pratiques. Loin de les ériger en normes, l'auteur s'attache aussi à montrer comment il est possible de les retourner, les dévier ou les renouveler. Michel Chion inventorie les éléments constitutifs d'un scénario, les ressorts dramatiques, les procédés de construction et de narration, les fautes possibles..., qu'il est toujours permis de commettre. Les quatorze films de référence sont Le Testament du Docteur Mabuse, Le Port de l'angoisse, L'Intendant Sansho, L'Invasion des profanateurs de sépulture, A travers le miroir, Taxi Driver, Pauline à la plage, Thelma et Louise, Chute libre, Pulp Fiction, Un jour sans fin, In the Mood for Love, L'Emploi du temps et Uzak.
Cet ouvrage est une sélection des articles critiques les plus importants écrits par Éric Rohmer entre 1948 et 1979, dans des publications aussi différentes que Les Temps modernes, Arts, Combat, ou, principalement, les Cahiers du cinéma, dont il fut l'un des principaux critiques depuis sa création, et, entre 1957 et 1963, le rédacteur en chef.