La raison du peuple. Un héritage de la Révolution française (1789-1848)
Brahami Frédéric
BELLES LETTRES
29,00 €
Sur commande, 4 à 6 jours
EAN :9782251445922
La Raison du peuple a pour objet d'expliciter la tension qui structure le projet d'autonomie par lequel, à tort ou à raison, les modernes se définissent. Nous pensons la liberté politique à partir de la catégorie de volonté - volonté de la personne titulaire de droits, volonté générale que l'Etat souverain représentatif et neutre met en oeuvre. Et nous pensons aussi la liberté comme émancipation des entraves sociales qui nous empêchent d'accéder à une autonomie individuelle et collective vraie. Or cette émancipation requiert pour sa part la constitution de savoirs qui, pour accéder à la scientificité, doivent objectiver la société et les individus qui la composent. Aussi la volonté et le savoir obéissent-ils à des logiques divergentes et ne s'harmonisent pas en un dispositif cohérent. La volonté en effet, celle de la personne ou celle de l'Etat, n'est soumise à aucune instance supérieure, pas même celle de la raison. Car en démocratie, la volonté seule, exprimée dans l'opinion publique, décide du statut politique de la raison ou de la vérité. Mais le savoir, ordonné à l'idéal d'explication, cherche pour sa part à déterminer les causes de l'opinion publique, et révèle qu'elles sont étrangères à la conscience que les individus ont d'eux-mêmes. Ainsi, alors même qu'elles sont un élément essentiel du projet d'autonomie, les sciences sociales l'inquiètent pourtant, parce qu'elles minent silencieusement la catégorie fondatrice de la politique des modernes, la volonté. Pour montrer comment nous nous sommes installés dans cette contradiction, devenue invisible, l'ouvrage en fait la généalogie, en remontant à l'origine du problème. La Révolution française ou, plus exactement, le traumatisme qu'elle provoque, y est analysée dans ses effets épistémologiques qui, au cours de la première moitié du XIX e siècle français, donnent naissance à la sociologie - cette sociologie à l'ambition totalisante qui substitue le registre de la vérité à celui de la volonté. Nous avons oublié que la Révolution n'a pas d'abord été perçue comme l'avènement de la liberté. Elle fut longtemps perçue comme une catastrophe produite par ses propres principes. La pensée postrévolutionnaire, rétrograde comme libérale et progressiste, a massivement jugé que l'échec (incarné par la Terreur) était programmé dans les catégories philosophiques élaborées à l'âge classique, notamment le droit naturel et la souveraineté du peuple. La société, saisie désormais comme un plan de réalité spécifique englobant le peuple autant que la personne, et leur donnant ainsi leur sens, fut alors élaborée comme un concept explicitement destiné à invalider la doctrine classique de la liberté. Elaboré dans la famille contre-révolutionnaire, ce concept de société fut très vite intégré par les progressistes. Ils durent montrer que si le peuple ne résulte pas du concours des volontés individuelles, et constitue bien une classe particulière de la société, il incarne pourtant l'universalité de la raison elle-même. Faire sortir de l'oubli cette naissance, c'est rappeler à la science sociale son ambition propre, expliquer pourquoi elle s'est pensée, en France, comme une théorie de la raison ; c'est, réciproquement, demander à la philosophie politique qu'elle affronte enfin sa tâche, qui consiste à produire une théorie de la démocratie intégrant la difficile leçon de l'objectivation scientifique.
Nombre de pages
301
Date de parution
10/10/2016
Poids
480g
Largeur
160mm
Plus d'informations
Plus d'informations
EAN
9782251445922
Titre
La raison du peuple. Un héritage de la Révolution française (1789-1848)
Auteur
Brahami Frédéric
Editeur
BELLES LETTRES
Largeur
160
Poids
480
Date de parution
20161010
Nombre de pages
301,00 €
Pourquoi choisir Molière ?
Efficacité et rapiditéCommandé avant 16hlivré demain
Économique et pratiqueLivraison dès 3,90 €
Facile et sans fraisRetrait gratuiten magasin
Disponibilité et écouteContactez-nous sur WhatsApp
Résumé : Qu'est-ce qui a rendu possible, historiquement et conceptuellement, la constitution d'une " science de l'homme " (où celui-ci n'est plus seulement sujet, mais objet de connaissance) - et par là ce que nous appelons aujourd'hui les sciences humaines ? Ni la " découverte " de l'altérité humaine (la diversité des cultures non-européennes) n'aurait suffi, ni le modèle de la rationalité expérimentale (apporté par la science classique). Mais il fallait une révolution dans la conception des rapports entre l'humain et l'animalité combinée à une critique radicale de la théologie rationnelle et à la formation du concept de la croyance, l'une et l'autre arrachant la nature humaine à l'ordre cosmologique et faisant de l'homme un animal qui croit. Produire ce nouvel objet de pensée, tel est le travail du scepticisme moderne, absolument irréductible à ses modèles antiques, qui s'étend de Montaigne à Bayle, et trouve son couronnement chez Hume. Il emporte une nouvelle conception du sujet, où la raison et la conscience sont mises à distance d'elles-mêmes, pour être rapportées à la mémoire, à l'opinion et à la sympathie, donc à l'institution sociale. Telle est la part de l'ombre qu'au revers de l'orthodoxie des Lumières ses représentants les plus critiques ont voulu faire surgir, pour ouvrir à la connaissance.
Résumé : Le scepticisme de Montaigne n'est-il que la redite plus ou moins éclectique des doctrines sceptiques de l'Antiquité ou a-t-il une identité singulière ? Faut-il le concevoir comme l'aboutissement renaissant d'une longue tradition ou comme l'invention d'une forme qui aura une postérité féconde dans la modernité ? L'interrogation sur la spécificité du scepticisme de Montaigne passe par la prise en compte du dialogue paradoxal que l'essayiste entretient avec Raymond Sebond, dont il prétend faire l' " Apologie ". Les données du problème sceptique apparaissent alors dans leur radicale nouveauté par le défi que pose aux capacités de l'esprit humain l'idée chrétienne d'un Dieu tout-puissant. Devant Dieu, le scepticisme atteint un degré de radicalité dans la critique des facultés humaines qui le pousse à l'extrême. Or, il semble que c'est précisément ce comble extrême du scepticisme qui rend possible un renversement fécond. Avec Montaigne, le sceptique juge, tranche et prend position. C'est à décrire ce reversement que cet ouvrage s'attache.
Le "Traité de la nature humaine" de Hume est une tentative pour introduire la méthode expérimentale de raisonnement dans les sujets moraux. La reconnaissance de la distance séparant la philosophie naturelle, qui a réussi à se constituer comme savoir effectif, de la philosophie morale, qui quant à elle, semble stagner dans des querelles verbeuses, définit un moment fondamental dans la pensée moderne. L'Introduction du Traité formule le problème absolument nouveau du sort de la philosophie comme discipline en train de se constituer en se distinguant des sciences. Hume ne serait-il pas alors le lointain et talentueux précurseur des sciences humaines? En réalité le Traité n'applique pas mécaniquement la méthode de la physique expérimentale aux sujets moraux, il s'interroge sur le statut et les modalités de cette application. C'est précisément pourquoi il se donne comme objet la nature humaine. La morale, comme pénétration des moeurs dans les coeurs, n'aliène pas le sujet mais l'érige, ou plus exactement que l'aliénation, l'appartenance aux autres, construit l'appartenance à soi.
Résumé : "Une enfance pieuse, studieuse, où déjà, comme un mot d'Hadrien en témoigne, se révèle le trait spécifique du caractère, l'entière sincérité ; une jeunesse chaste, de bonne heure associée aux responsabilités du gouvernement, sans que les soucis et les charges portent aucune atteinte à la spontanéité ou à l'intensité de la vie intérieure ; l'âge mûr et la vieillesse voués sans réserve au service de l'Etat et aux intérêts de l'humanité, en un temps où les difficultés furent rudes et qui connut même des dangers graves ; enfin, laissé après soi et parvenu jusqu'à nous, un petit livre, quelques feuillets, mais si pleins, où survit et transparaît une âme aussi haute que pure, tel fut le destin de Marc-Aurèle, destin privilégié, auquel semblent avoir également collaboré - comme pour justifier les dogmes de l'école à laquelle l'empereur philosophe a adhéré si fermement - la raison souveraine qui distribue son lot à chacun et la volonté éclairée de l'homme à qui ce lot était échu." Aimé Puech, extrait de l'introduction (1947).
Le nord, le sud, l'est et l'ouest : toutes les sociétés, ou presque, recourent aux directions cardinales pour s'orienter. Depuis des millénaires, les quatre points cardinaux sont indispensables a` la navigation. Au coeur de l'imaginaire, de la morale et de la géopolitique de la plupart des civilisations, ils n'en restent pas moins subjectifs - et parfois contradictoires. L'historien Jerry Brotton nous invite à découvrir ces directions en fonction de la position spatiale et temporelle des communautés humaines qui en font usage. Il nous explique pourquoi telle ou telle culture en privilégie une plutôt qu'une autre et pourquoi aucune société ne s'est jamais orientée vers l'ouest. De nos jours, cependant, en vertu du GPS, les points cardinaux s'avèrent moins pertinents. Grâce aux applications géospatiales, nous nous situons au centre de la carte sous la forme d'un point bleu qui nous déconnecte du monde naturel. En imaginant les bouleversements que la technologie pourrait imposer a` l'avenir, Jerry Brotton nous rappelle a` quel point les directions cardinales ont été cruciales depuis que nous parcourons la planète.