La lecture des grands classiques nous masque la morale du temps ; ce sont les petits moralistes négligés qui l'expriment. De cette idée est né ce travail, qui fut une thèse avant de devenir ce livre. Le lecteur y retrouvera tous les thèmes de la littérature morale - connaissance de soi, coeur et raison, passions, vertus et vices, être et paraître, theatrum mundi, cour, guerre, peregrinatio, amour-propre, honnêteté, accommodement, quelques autres encore - redécouverts des points de vue souvent convergents de près de deux cents minores. Le portrait de l'homme classique, ainsi décapé de sa suie, révèle un homme de coeur plus qu'un homme raisonnable, un homme dont frappe plus la singularité que l'universalité, un homme au dynamisme inattendu, en construction problématique, un homme en fin de compte plus proche et plus émouvant. Par le fait, les grands textes y gagnent en couleurs, en lumière, en harmoniques, sources de nouvelles découvertes.
Date de parution
03/05/2000
Poids
1 215g
Largeur
150mm
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EAN
9782745300256
Titre
LA MORALE CLASSIQUE.
ISBN
2745300253
Auteur
BOUVIER MICHEL
Editeur
CHAMPION
Largeur
150
Poids
1215
Date de parution
20000503
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Montaigne est un grand humaniste catholique. Saint François de Sales ne s'y est pas trompé qui l'a aimé, médité et en a fait passer bien des traits dans son portrait du dévot honnête homme. Les libertins érudits ont cependant détourné les Essais pour en faire une entreprise masquée de libertinage, dont se réclamer. De prétendus philosophes ont travesti leur auteur en précurseur des "Lumières" qu'ils se proclamaient être. Plus près de nous, les savants l'ont revêtu des beaux costumes qu'ils trouvaient dans leurs coffres : sage sceptique, égotique à la mode, paresseux de cabinet se balançant mollement d'un avis à l'autre sans se décider à rien... Certes, de vrais lecteurs lui sont restés fidèles, mais peu entendus parce que tellement érudits, et la masse des Français ne sait rien du trésor inestimable de leur patrimoine que sont les Essais. C'est ce que veut démontrer ce livre : lire Montaigne pas à pas et découvrir l'homme qui abhorrait le mensonge et a voulu faire de son ?uvre une entreprise de vérité, vérité sur lui-même, pour lui-même, mais aussi pour ses "parents et amis", afin qu'elle leur serve à mieux vivre. Montaigne est un maître en écriture, en jugement et en art de vivre.
Montaigne est un sceptique qui soutient ne rien savoir", voilà ce qu'on tire ordinairement de l'énorme Apologie de Raymond Sebond qui est au centre du livre II des Essais, affirmation péremptoire qu'on illustre en citant la fameuse formule fichée au c?ur de cet essai comme l'aiguille d'une balance: "Que sais-je?" Il est pourtant bien maladroit de réduire ce livre II à son chapitre XII, encore plus malheureux de croire exprimer la pensée si riche de Montaigne par une formule, dont d'ailleurs le sens est nettement équivoque. C'est, hélas, ainsi que fonctionnent trop d'analyses, par réductions successives, alors que les Essais sont une de ces ?uvres vivantes, organiques qu'on ne saurait traiter comme un bouillon, mais dont il convient d'abord de reconnaître l'organisation vivante. Si on accepte donc l'idée que le livre II des Essais est, comme le livre I, une machine habilement composée pour s'animer sous nos yeux, on peut espérer découvrir ce que Montaigne a voulu faire: offrir une arme "contre les athéistes" et montrer ce qu'elle vaut en combattant lui-même avec elle les présomptueux, les faussaires et les menteurs, toutes gens qu'il abhorre. On s'aperçoit encore que la lutte entreprise n'exprime pas seulement un engagement occasionnel, mais la continuation du vieux combat de la Sagesse pour que chacun sache prendre le pouvoir sur soi-même et préserver une liberté salutaire, aussi bien contre les hommes et leurs lois de circonstances que contre ses propres folies intestines. C'est à découvrir cela, et quelques autres épices qui assaisonnent ce plat "de haute graisse", que notre commentaire invite.
Dans l'un de ses premiers textes, Pascal désigne Montaigne comme " l'incomparable auteur de L'art de conférer ". Il suggère ainsi que le chapitre VIII du livre III des Essais qui porte ce titre est essentiel, et rayonne toute la sagesse chrétienne de Michel Eyquem. Dans ce livre III, Montaigne s'occupe un peu plus précisément de lui-même. Il s'y dit humaniste dans un sens tout charitable : " Mon être se construit au contact des autres hommes... des proches que Dieu nous donne. " Car Montaigne n'est pas un chrétien humanitariste à la mode " déstructurée " d'aujourd'hui. Pour lui, comme pour saint Augustin (celui du De agone christiano), la vie du chrétien est un combat héroïque, mais c'est aussi, par là même et sans paradoxe, un combat joyeux qui procure un vivre heureusement hautement préférable au mourir heureusement des stoïciens. Voilà l'enseignement capital du troisième livre de Michel Bouvier: la joie qu'il y a à chercher vigoureusement la sagesse, c'est-à-dire à chercher son âme véritable et la vérité qui y siège. Avec Montaigne, le chrétien doit donc essayer d'être fort... car c'est cet essai même qui rend fort.
Ce manuel propose les rudiments de culture chrétienne nécessaires à la compréhension des textes de notre littérature. Tout en mettant l'accent sur les structures conceptuelles, il élucide de nombreuses notions ou faits de détail et donne des exemples de mise en application. Il apporte des instruments pour aller plus loin. Il s'adresse aux étudiants et à tous ceux que concerne l'histoire des idées.