La France a été un Etat colonial... La France reste un Etat colonial." En janvier 2005, l'Appel des Indigènes de la république était lancé, signé par de nombreux militants politiques et associatifs ainsi que des intellectuels. Par la suite structurés en mouvement puis en parti, les Indigènes de la république proposent depuis sept ans une réinterprétation radicale, à travers les catégories de colonialité et de races sociales, des problématiques et des conflits qui traversent la société française : racisme et antiracisme, luttes de l'immigration et des quartiers populaires. Leur démarche a influencé tant les forces de gauche que les militants de l'immigration et des quartiers et marqué les questionnements de nombreux chercheurs et intellectuels. Cependant, beaucoup encore ne connaissent que leur Appel fondateur, ou quelques uns des nombreux textes qu'ils ont publiés. A travers cette anthologie de textes produits par Houria Bouteldja, Sadri Khiari et d'autres militants des Indigènes, on découvrira une réflexion politique novatrice en mouvement, articulée à une pratique militante qui bouscule le champ, finalement très conservateur, de la gauche antiraciste. Cette anthologie est accompagnée d'un entretien inédit mené par Félix Boggio Ewanjé-Epée et Stella Magliani-Belkacem : c'est l'occasion pour Houria Bouteldja et Sadri Khiari de restituer toutes les étapes traversées par le Parti des indigènes de la république et de poser les défis de demain.
Dans ce texte fulgurant, Houria Bouteldja brosse l?histoire à rebrousse-poil. C?est du point de vue de l?indigène qu?elle évoque le pacte républicain, la Shoah, la création d?Israël, le féminisme et le destin de l?immigration postcoloniale en Occident. Balayant les certitudes et la bonne conscience de gauche, c?est chez Baldwin, Malcolm X ou Genet qu?elle puise les mots pour repenser nos rapports politiques. Aux grands récits racistes des Soral et Finkielkraut, elle fournit un puissant antidote : une politique de paix qui dessine les contours d?un "nous" décolonial, "le Nous de l?amour révolutionnaire".
« Je l?avoue, c?est un bien curieux mot que ce ?nous?. À la fois diabolique et improbable. Au moment où d?un côté, les ?je? et les ?moi? plastronnent, et où de l?autre, le ?nous? de la suprématie blanche s?épanouit, il est même presque incongru. Surtout quand on sait que les différentes composantes et sous-composantes de ce grand ?nous? ? fanonien ? sont aussi incertaines les unes que les autres. Le ?nous? des classes populaires blanches ? Improbable. Celui des indigènes ? Encore plus. La rencontre de ces deux ?nous? : une douce naïveté. Leur union au sein d?un bloc historique? Une utopie. Mais si j?ai grand-peine à me convaincre qu?une telle unité soit possible, je ne me résous pas à l?idée que tout n?aura pas été tenté. Aussi, faut-il commencer par ce qui l?empêche. » C?est peu dire que le terrain est miné : un État- nation bâti sur l?esclavage et la colonisation, des organisations politiques fidèles au pacte national-racial, un chauvinisme de gauche qui a progressivement éteint l?internationa- lisme ouvrier, une société civile indifférente aux ravages de l?impérialisme, et la profonde « asymétrie des affects » entre petits Blancs et sujets postcoloniaux. Telles sont quelques- unes des manifestations de « l?État racial intégral » disséqué dans la première partie de ce livre. La seconde partie propose une réflexion stratégique sur son dépassement car, on l?a vu encore récemment, l?État racial intégral comporte des brèches, colmatées faute d?avoir été consciemment élargies. C?est là qu?il faut « enfoncer le clou et aller à la recherche de l?intérêt commun », construire une politique décoloniale, inventer une dignité blanche concurrente de celle de l?extrême droite, défendre l?autonomie indigène et accepter de se salir les mains en ferraillant contre le consensus raciste. Alors, face au bloc bourgeois occidental ébranlé par les crises qu?il a lui-même provoquées, pourra se nouer l?alliance inédite des beaufs et des barbares.
Cet ouvrage constitue la première bibliographie francophone et critique consacrée à Richard Wagner et au wagnérisme sur un siècle et demi. C'est un outil de travail et de recherche sur cette littérature extrêmement riche. Il apporte aussi des éclairages et des commentaires souvent inattendus sur l'histoire, la société, la littérature et les arts de cette période.
Entreprises, gouvernements et médias s'emploient depuis plusieurs années à vendre un "rêve technologique" : la révolution numérique, progrès aussi inéluctable qu'indispensable. La refuser serait passer à côté de l'histoire. Ainsi cherchent-ils à rendre l'intelligence artificielle acceptable par le grand public, en prenant soin d'occulter ses effets délétères. Dans un précieux exercice de démystification, J. S. Carbonell montre que ces discours apologétiques servent d'abord les intérêts du patronat. Au lieu de se demander si elle va tout changer, et même si elle va remplacer les travailleurs humains, il faut la replacer dans l'histoire longue des transformations de l'organisation du travail. Car, bien que l'IA présente des enjeux spécifiques, c'est aussi une technologie comme une autre. De ce point de vue, son utilisation représente une intensification de la logique tayloriste née voici plus d'un siècle dans les usines d'Henry Ford : le travail est décomposé en une série de tâches, la conception séparée de l'exécution. Le déploiement d'un management algorithmique (l'organisation du travail et la gestion du personnel par des algorithmes) a pour but principal de renforcer le contrôle et la surveillance de la main-d'oeuvre. Voilà à quoi ce livre se veut une invitation à résister.
L'ouvrage entend mettre en lumière les défis réels - et non fantasmés - auxquels est confrontée la gauche dans son rapport aux classes populaires aujourd'hui, montrant par là même qu'il n'y a rien d'irrémédiable aux difficultés présentées. La fragmentation des classes populaires n'est pas indépassable, à condition de ne pas partir d'une vision réductrice ou passéiste de ces milieux, mais plutôt de leur réalité matérielle et de l'actualité observée de leurs aspirations et mobilisations.
Sellier Geneviève ; Chollet Mona ; Lacurie Occitan
Au tournant des années 1960, la Nouvelle Vague inaugure une nouvelle façon de faire du cinéma : libération de la mise en scène, réalisme des dialogues, attention portée au montage... Ce mouvement se distingue en outre par sa critique politique de la société de consommation et des normes morales bourgeoises. La critique a toutefois une limite, et de taille : elle évacue presque complètement les aspirations des femmes, nouvelles actrices de la culture de masse. Les créateurs sont majoritairement des figures masculines, et les représentations qu'ils véhiculent empreintes de stéréotypes, quand elles ne tendent pas à invisibiliser les femmes ou, pire, à associer leur émancipation à une régression politique. C'est donc avec une vision monolithique et glorifiante de la Nouvelle Vague que Geneviève Sellier nous invite à rompre. Décentrant la figure de l'auteur, articulant l'analyse des films avec leur contexte de production et de réception, elle nous raconte les transformations des rapports de sexe, et la lutte toujours en cours des femmes pour asseoir leur légitimité en tant que créatrices à part entière.