Alexandre Blok (1880-1921), première grande voix dudit Âge d'argent de la poésie russe, apparut comme le maître de l'école symboliste dès le cycle De la Belle Dame, jusqu'à des chefs-d'?uvre tels que La jeune fille dans le ch?ur chantait et L'Inconnue. Toutefois, sa poésie d'une incomparable musicalité, non sans écho verlainien, n'allait pas tarder à dépasser le cadre du symbolisme pour s'imprégner d'une vision tragique, puissamment prophétique des réalités de son temps, en particulier dans les poèmes sur la Russie, « épouse et mère », où il retrouve l'acuité lucide et cristalline d'un Pouchkine et d'un Lermontov.D'abord favorable aux révolutions de février et octobre 1917, dont il attendait avant tout une « transfiguration de l'homme », il écrivit en janvier 1918 Les Douze et Les Scythes, deux grands poèmes restés parmi les plus célèbres, où il s'était efforcé de saisir la « musique de la révolution ». Bientôt déçu, « déserté par les sons », il cessera pratiquement d'écrire et, rongé d'un mal mystérieux, sans doute autant moral que physique, s'éteindra à Petrograd le 7 août 1921.C'est cette trajectoire qu'épouse la présente anthologie bilingue, où il a été tenté de restituer autant que possible une instrumentation verbale, rythmique et prosodique, qui explique en grande partie l'envoûtement exercé par les vers d'Alexandre Blok sur des générations de lecteurs russophones. En guise de préface, on pourra lire les souvenirs du grand critique Korneï Tchoukovski, qui connut bien le poète et fut un des premiers à montrer son rôle primordial dans l'avènement de la poésie russe moderne.
Nombre de pages
380
Date de parution
30/10/2020
Poids
384g
Largeur
120mm
Plus d'informations
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EAN
9782842424664
Titre
Sur le bûcher de neige. Poèmes 1898-1921
Auteur
Blok Alexandre ; Abril Henri ; Falk Cyrilla
Editeur
CIRCE
Largeur
120
Poids
384
Date de parution
20201030
Nombre de pages
380,00 €
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1880-1921 : un destin de poète par grande accélération de l'histoire. Monde bouleversé, société secouée de fond en comble, vies qui s'improvisent entre exaltation et ravage... Alexandre Blok est l'un de ceux qui eurent à traverser l'épreuve, éblouissante et atterrante, de la révolution. Mais, comme le souligne Pierre Léon dans sa préface, ce poète semble requis par des mutations plus radicales encore. Il "a l'oreille collée à la terre, et il écoute. Il écoute et il attend. Quoi ? l'Apparition. De quoi ? De qui ? Difficile de répondre à cette question. On serait tenté de dire : la Belle Dame, l'Inconnue, la Russie, les trois Epouses espérées sur le chemin poétique... Mais on serait encore bien en-deça de la vérité. Dans un monde dévasté, le poète n'attend ni quelqu'un ni quelque chose ; il attend. Que ce monde se repeuple. Ou plutôt qu'il entende le bruit sourd du "torrent souterrain" qui menace de submerger l'horreur phénoménale. Le poète entend ce bruit avant tout le monde. Ce bruit, il l'appelle musique, et sa voix s'ouvre, s'enfle, chante et se fond dans "l'orchestre de l'âme du monde""... Pour Blok, le monde connu, le monde des travaux et des jours, c'est le "monde terrible" dans lequel il faut beau vivre, mais qu'il faut traîner comme un boulet, traverser comme un enfer. Cette traversée, c'est précisément le parcours que propose ce livre qui, pour la première fois en français, explore l'ensemble d'une oeuvre parmi les plus intenses et les plus fortes du début du XX ? siècle.
Alexandre Blok (1880-1921) est considéré comme le plus grand poète de la période symboliste. Publié à la fin de 1904, le premier recueil de Blok a imposé d'emblée un titre inoubliable. On a suivi le texte de la première publication. En la lisant dans son premier état, on découvre que cette oeuvre, dont on dit trop souvent qu'elle est préraphaélite, séraphique et monotone, joue sur d'infinies variations de couleurs.
Dans une grande hallucination, Alexandre Blok rédige Douze entre le 8 et le 28 janvier 1918. La publication de ce texte provoque une vraie tempête. Peu d'écrivains ont osé faire aussi vite de la Révolution le thème central d'une oeuvre littéraire. Dans les rues de Petrograd, les murs sont placardés d'affiches où figure un vers du poème : "Marquez le pas révolutionnaire ! " Relayés par la critique soviétique, les bolcheviques font de Douze leur étendard. Cependant, le poème s'attache à l'âme de la Révolution plus qu'à la révolution politique elle-même. C'est une oeuvre inaugurale au sens où il invente le langage nouveau de la modernité poétique en Russie. Par ses recherches rythmiques, Douze est lié à toute l'oeuvre antérieure de Blok, dont il est l'aboutissement et le dépassement. Son rythme novateur crée le vers tonique libre en russe : la distinction entre la cadence du vers et celle de la langue parlée s'efface. Les poèmes, au nombre de douze, n'en forment qu'un, liés entre eux par la continuité narrative de l'avancée des douze soldats dans la tempête de neige.
Les statues meurent aussi, court métrage réalisé par Alain Resnais et Chris Marker en 1953, défendait la thèse d'une liquidation de l'art africain par le colonialisme. Que reste-t-il aujourd'hui des questions qu'il posait ? Quelles relations entretenons-nous, cinquante ans après les premières Indépendances, avec les " objets ", masques et statues, africains ? Leur présence nous adresse-t-elle encore une parole quelconque ? Contribue-t-elle à nourrir la promesse d'une " nouvelle communauté " qu'évoquait dans son dernier mouvement le film de Resnais et Marker ? Pour relever l'invitation que les statues nous adressent à nous engager dans d'autres modes de perception et de compréhension que ceux qui correspondent à nos objets et concepts habituels, sont appelés à la rescousse, tour à tour, le cinéma européen des années cinquante et soixante, la poétique de Francis Ponge, la philosophie de l'histoire de Walter Benjamin.
Rédigé et publié en 1936, "Le raconteur" est l'un des textes les plus caractéristiques de l'écriture de Walter Benjamin. Dans son style elliptique, il y mobilise des ressources théoriques, littéraires et spirituelles multiples pour tenter de conjurer la catastrophe qui s'annonce. A la dévastation et à la violence, il oppose les regards convergents de deux figures positives : dans la première, celle du raconteur, colporteur de récits mais aussi d'expériences et de sagesses, la seconde, celle du juste, reconnaît sa propre passion pour "l'aspect épique de la vérité". Parce que les histoires qu'il rapporte transmettent les éléments vitaux de ce qui fait communauté parmi les hommes, le raconteur devient dans ce texte celui dont l'évocation pourrait bien permettre de nouer enfin les fils que Walter Benjamin tentait de raccorder depuis le début des années 1920 : le fil politique de l'engagement révolutionnaire, le fil métaphysique d'une conception de l'histoire et du langage pour laquelle le champ de ruines des siècles n'exclut pas qu'on y discerne encore des éclats de vérité et des étincelles de justice.
Si Chen Yuhong est apparue relativement récemment sur la scène poétique taïwanaise ? peu avant l'an 2000 -, elle riy est pas passée inaperçue, créant un univers très personnel marquant les esprits par une profusion d'images frappantes et raffinées. Inspirée par de nombreux modèles, de Sapphô à Louise Glück, de Li Qingzhao à Marina Tsvétaiéva, elle pose un regard de peintre et de mélomane sur le monde qui l'entoure, avec lequel elle entretient un rapport immédiat et sensoriel. S'appuyant sur de riches connaissances en matière de flore, de faune, de climat, d'astronomie, elle célèbre inlassablement la mer, la nature et le cosmos dans une poésie délibérément apolitique, profondément lyrique, à l'atmosphère douce-amère. Voyageuse à l'esprit cosmopolite, Chen Yuhong nous entraîne aux confins de la Chine, fascinée par la spiritualité des bouddhistes tibétains ou par les sonorités apaisantes du pentacorde ouïghour, ou bien au Japon pleurer les victimes du tsunami de Fukushima en 2011, ou encore dans un pays insolite, sans ombre, évoquant un au-delà peuplé de fantômes ou d'immortels. Cet univers foisonnant où la nostalgie est "plus longue que la route que la saison des pluies que la pensée du serpent que le regard du chat plus longue que les cheveux emmêlés du figuier pleureur" abonde en métaphores. Chen Yuhong s'imagine bondir vers une autre galaxie au temps où le soleil rétrécira en un nain blanc, ou bien rêve parfois, tout simplement, de fuir hors des sensations, hors du temps, hors des mots, dans un état qui ressemble fort à l'Eveil bouddhique.
Cervantes du ghetto, Maître Mendele a légué à la postérité un Don Quichotte qui est parfois son propre Sancho et un Sancho trop doué d'humour et de poésie, trop empreint de pitié pour dissiper la vision d'une armée de chevaliers par une grossière mise au point concernant des moulins à vent.