Dans le registre des frontières, le thème des marquages et des disputes fait référence à des situations brûlantes, fortement médiatisées : Israël et Palestine, Moyen-Orient, Berlin, Irlande du Nord, notamment. Ces marquages puissants constituent un paradoxe dans un monde d'interactions. L'échange sous-tend en effet comme jamais les relations entre les lieux et les acteurs de la planète ; mais dans un temps étonnamment court ont surgi des blocages d'une dureté rarement égalée dans l'histoire. Le marquage, les disputes ne sont pas seulement à observer dans l'instant, car les frontières sont constamment (re)construites. Des murailles visibles sont élevées pour engager la durée, mais cette matérialité est issue de la conjoncture et interagit avec les représentations qui l'ont mise en place. Ce numéro, à travers plusieurs études de cas, cherche à analyser le paradoxe intrinsèque des dispositifs de marquage, la profonde relation d'asymétrie qu'ils engendrent, ainsi que les liens étroits que ceux-ci entretiennent avec les technologies de contrôle qui cherchent sans cesse à prévenir, à anticiper, à transformer le futur des flux en futur antérieur. Les contributions réunies ici donnent à voir le monde de rapidité, de circulation et de liberté de mouvement qui est le nôtre comme une nouvelle geôle dont le contrôle est finalement moins spatial que temporel.
Ce numéro de Cultures & Conflits est particulier à double titre. Contrairement à nos habitudes, il ne s'agit pas d'un numéro thématique. Il regroupe des articles qui nous ont été envoyés séparément. Il ne faut donc pas y chercher une cohérence de problématique, même si un fil directeur relie plusieurs textes : celui des enjeux de protection des données au regard du développement des pratiques de surveillance et de renseignement à l'échelle transnationale. Ces articles rejoignent donc les analyses publiées dans les numéros 64 " Identifier et surveiller " (2006) et 68 " Circulation et archipel de l'exception " (2007). Et ils anticipent sur le numéro 76, qui portera sur les incidences de l'échange des données au niveau transnational pour les individus qui en sont la cible. Ce numéro est en outre un numéro de transition. L'équipe de rédaction a été remaniée, qui voit l'arrivée de nouveaux rédacteurs et d'un secrétariat de rédaction resserré. Ce dernier changement n'est pas sans lien avec la décision de différents ministères de ce gouvernement de couper les sources de financement des revues de sciences sociales, en particulier les plus critiques. Cultures & Conflits, qui va bientôt fêter ses vingt ans, aura besoin de l'enthousiasme et du soutien de tous ses lecteurs pour préserver les conditions d'un échange d'idées véritablement pluraliste et contradictoire dont la recherche universitaire a besoin.
S'il s'ancre dans une histoire longue, le processus de recueil, d'exploitation et d'échange d'informations relatives aux personnes à des fins de sécurité connaît depuis quelques années une indéniable intensification au niveau transnational. Impliquant une multitude d'acteurs tant publics que privés et reposant sur la mobilisation d'une grande variété de dispositifs technologiques sans cesse plus sophistiqués, ce processus renvoie au développement de pratiques de contrôle, de surveillance, de traçabilité ou encore de profilage qui sont sous-tendues par des logiques de suspicion, d'anticipation des comportements et de prédiction des risques et des menaces. Ce numéro de Cultures & Conflits rassemble plusieurs études de cas qui permettent d'apporter de précieux éclairages sur les enjeux de ces formes de gouvernementalité contemporaine. Les contributions réunies ici insistent tout particulièrement sur l'importance des conséquences dommageables qu'elles génèrent sur le vécu et la trajectoire des individus.
Comme à son habitude, Marie est la première à se proposer pour venir faire les courses avec moi, deux autres jeunes du groupe nous accompagnent. C'est un soir du mois de novembre, il fait froid, nous parlons du temps, va-t-il neiger ou non? L'ambiance est détendue, je raconte une anecdote personnelle Marie, assise à côté de moi se tourne brusquement et me lance froidement "On n'en a rien à faire de ta vie!" Sur le coup je me tais, je ne comprends pas l'agressivité de ses paroles, je passe à autre chose mais au fond de moi je suis blessée. Que s'est-il passé? Pourquoi de telles attitudes, la sienne, la mienne? Pour quelles raisons cela me touche-t-il autant?.
Cet ouvrage aborde un sujet crucial pour les économies modernes à une époque où les échanges commerciaux internationaux se multiplient et où les frontières économiques deviennent de plus en plus pénétrables. Le texte met en lumière les enjeux complexes de la régularisation du commerce mondial, tout en proposant des pistes de réflexion pour adapter les pratiques douanières à ces nouvelles réalités. La réflexion de l'auteur est profonde et bien documentée, tant dans les recherches que dans les analyses. Le lecteur y est amené à réfléchir aux nouvelles stratégies à mettre en place et à comprendre les spécificités du caractère douanier.
La pensée de Dostoïevski a joué un rôle essentiel de charnière entre la philosophie rationaliste héritée de Descartes et les développements de la philosophie au XXe siècle. Elle part d'une réflexion critique sur le cogito cartésien, dans Crime et châtiment ; puis elle pose, dans L'Idiot, la question de l'être, d'une manière qui a profondément influencé la conception de l'ontologie de Heidegger - cette étude est historiquement la première qui démontre cette influence ; et enfin, dans Les Frères Karamazov, Dostoïevski développe la notion de "visage" , qui nourrira toute l'ontologie de Levinas.
L'histoire se raconte souvent au rythme des batailles. Pourtant, une autre trame la traverse : celle de la médiation, art de dépasser le conflit sans violence, pour préserver la cohésion du groupe. Des premiers rituels collectifs aux dispositifs contemporains, elle apparaît comme une fonction vitale : transformer l'affrontement en parole, organiser l'écoute, restaurer l'équilibre, éviter l'escalade. Une question anthropologique et politique est posée dans laquelle deux logiques s'opposent et se complètent : la contrainte (avec les lois, les sanctions, les institutions) qui protège mais peut aussi opprimer, et l'autonomie (avec la maîtrise de soi, la responsabilité) qui libère mais peut vaciller face aux passions. La médiation ouvre un espace intermédiaire : un tiers accompagne, les parties restent actrices, et la solution devient une justice partagée plutôt que subie. En cinq parties, ce livre suit la médiation à travers les sociétés premières, l'Antiquité, les mondes religieux, la modernité juridique et politique, puis dessine les enjeux actuels. Un fil rouge relie ces parties : comment apprendre à vivre ensemble en transformant la contrainte en responsabilité et la liberté en dialogue.