Penser et agir avec David Graeber. Construire des ponts entre les sciences sociales
Dutraive Véronique
PU LYON
24,99 €
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EAN :9782729714734
L'objectif de cet ouvrage est d'honorer l'ambition qu'avait David Graeber de construire des ponts entre les sciences sociales. Il réunit des contributions d'anthropologues, de sociologues, d'économistes, de politistes qui réfléchissent aux apports de Graeber à leur discipline sur 4 thèmes : travail et mouvements sociaux, dette et monnaie, capitalisme et pouvoir, anarchisme et liberté. David Graeber, professeur d'anthropologie à la London School of Economics disparu brutalement le 2 septembre 2020, aura marqué son époque par sa créativité scientifique et ses apports originaux à des débats publics majeurs. À travers une anthropologie que l'on peut qualifier de politique, il a montré que la diversité des organisations sociales révélées par les enquêtes ethnographiques ouvre sur l'idée d'une pluralité des possibles et ainsi sur la perspective d'une société plus égalitaire et plus démocratique. Théoricien de la pensée libertaire nord-américaine, il est devenu une figure de proue du mouvement "Occupy Wall Street" et une figure intellectuelle majeure de la gauche libertaire. David Graeber était un passeur. Entre les disciplines d'abord : il a notamment démontré comment l'anthropologie pouvait nourrir d'autres disciplines, telles les sciences économiques, la sociologie ou la science politique notamment. Il était aussi un passeur entre action et réflexion : selon lui, la connaissance produite par les sciences sociales doit constituer une force imaginative et transformatrice en faveur d'une société réellement démocratique. C'est ce que se sont employés à démontrer les contributeurs à cet ouvrage issu d'un colloque tenu à l'université Lumière Lyon 2 en juillet 2022.
Graeber David ; Dubrovsky Nika ; Dutraive Véroniqu
Comme le veut la collection Lignes de partage/Essentiels, cet ouvrage donne à lire un texte inédit en français du célèbre anthropologue américain David Graeber, au moment où l'on s'apprête à commémorer le 5e anniversaire de sa disparition soudaine et prématurée le 2 septembre 2020. En 2011, David Graeber fait paraître un article intitulé « Valeur, politique et démocratie aux États-Unis » qui propose une lecture renouvelée du vote des classes populaires américaines en faveur des Républicains, dont le programme économique est loin d'être en leur faveur. Selon Graeber, le vote des individus s'explique davantage par l'adhésion à des valeurs sociales que par un calcul reposant sur la seule valeur économique. En d'autres termes, les individus sont plus profondément altruistes qu'égoïstes. Or, aux États-Unis, le capitalisme financiarisé, en augmentant les inégalités, a mis fin à la plupart des voies de la mobilité sociale. Et ce notamment au sein d'institutions traditionnellement hors marché, les universités comme les hôpitaux ou les musées, institutions altruistes par excellence, souvent aux mains d'une classe aisée qui vote démocrate. Le vote républicain des classes populaires serait donc une réponse à cette impasse tout autant sociale qu'existentielle, à cette aliénation qu'elles attribuent à l'élite libérale. En préface, Véronique Dutraive nous donne les clés pour comprendre ce texte incroyablement riche et d'une actualité brûlante après la réélection de Donald Trump à la présidence des États-Unis fin 2024. En postface, Nika Dubrovsky, la veuve de David Graeber, nous explique en quoi le projet Another Art World, qu'elle a lancé avec son époux, a pour but de mettre à disposition des moins privilégiés un espace qui échappe justement à la trivialité de l'économie et de la vie quotidienne.
Monique Wittig pense dans Le Chantier littéraire ce qui est au centre de sa pratique: le travail de l'écrivain vu comme fabricateur de chevaux de Troie. L'analyse fait une part importante à la nouvelle critique et au Nouveau Roman, et rend à Nathalie Sarraute, un éclatant hommage. Pour Wittig, toute oeuvre littéraire importante est une machine de guerre. Elle se produit en territoire hostile, où elle apparaît d'abord étrange, inassimilable, non conforme. Puis sa force (sa polysémie) et la beauté de ses formes l'emportent. La cité fait place à la machine dans ses murs, là où elle pourra accomplir son travail de minage des conventions littéraires et sociales. Le chantier littéraire et le combat politique, sont chez Monique Wittig indissociables.
Les barrages sont parmi les constructions humaines les plus importantes, à la fois par leurs dimensions parfois exceptionnelles et par leur utilité sociale. Ils sont notamment indispensables à l'alimentation en eau et à l'irrigation et ils concourent, de façon importante, à la production d'énergie. Leur maintenance, leur surveillance constituent en outre des enjeux majeurs pour la sécurité des populations. Cet ouvrage présente les différents types de barrages, leur conception générale, leur dimensionnement et les pathologies les plus fréquemment rencontrées. Cette typologie ne doit pas faire oublier la spécificité de chaque ouvrage par le lien très intime qu'il a avec ses fondations, l'importance du site... qui font de chaque barrage un ouvrage unique.
Max Weber fut un citoyen engagé. Sociologue, juriste, philosophe et enseignant à l'université, Weber s'est aussi illustré par des activités journalistiques. Les deux conférences réunies dans cet ouvrage, "Le métier et la vocation de savant" et "Le métier et la vocation de politique" sont le fruit de cette expérience. Cherchant à distinguer ces deux vocations, l'auteur se demande si le savant doit être politique et surtout si la politique est une science. L'existence même des "sciences dites politiques" paraît, en effet, impliquer que l'acte de gouverner puisse obéir à des règles parfaitement rationnelles. Dès lors, faut-il confier le pouvoir aux savants ? Weber anticipe ici une critique aujourd'hui courante du monde politique, suspecté d'être un repère de technocrates, ayant accédé à leurs fonctions, non pas en raison de leurs qualités de chef mais pour leur compétence technique. "L'homme, en effet, ne pourrait jamais atteindre le possible s'il ne tentait d'abord l'impossible", et cela requiert plus de souffle que de science. --Paul Klein
La vie sociale est un théâtre, mais un théâtre particulièrement dangereux. A ne pas marquer la déférence qu'exige son rôle, à se tenir mal, à trop se détacher des autres comédiens, l'acteur, ici, court de grands risques. Celui, d'abord, de perdre la face ; et peut-être même la liberté : les hôpitaux psychiatriques sont là pour accueillir ceux qui s'écartent du texte. Il arrive ainsi que la pièce prenne l'allure d'un drame plein de fatalité et d'action, où l'acteur-acrobate - sportif, flambeur ou criminel - se doit et nous doit de travailler sans filet. Et les spectateurs d'applaudir, puis de retourner à leurs comédies quotidiennes, satisfaits d'avoir vu incarnée un instant, resplendissant dans sa rareté, la morale toujours sauve qui les soutient.
Il y a le stigmate d'infamie, tel la fleur de lys gravée au fer rouge sur l'épaule des galériens. Il y a les stigmates sacrés qui frappent les mystiques. Il y a les stigmates que laissent la maladie ou l'accident. Il y a les stigmates de l'alcoolisme et ceux qu'inflige l'emploi des drogues. Il y a la peau du Noir, l'étoile du Juif, les façons de l'homosexuel. Il y a enfin le dossier de police du militant et, plus généralement, ce que l'on sait de quelqu'un qui a fait ou été quelque chose, et "ces gens-là, vous savez..." Le point commun de tout cela ? Marquer une différence et assigner une place : une différence entre ceux qui se disent "normaux" et les hommes qui ne le sont pas tout à fait (ou, plus exactement, les anormaux qui ne sont pas tout à fait des hommes) ; une place dans un jeu qui, mené selon les règles, permet aux uns de se sentir à bon compte supérieurs devant le Noir, virils devant l'homosexuel, etc., et donne aux autres l'assurance, fragile, qu'à tout le moins on ne les lynchera pas, et aussi l'espoir tranquillisant que, peut-être, un jour, ils passeront de l'autre côté de la barrière.
Si l'école aime à proclamer sa fonction d'instrument démocratique de la mobilité sociale, elle a aussi pour fonction de légitimer - et donc, dans une certaine mesure, de perpétuer - les inégalités de chances devant la culture en transmuant par les critères de jugement qu'elle emploie, les privilèges socialement conditionnés en mérites ou en "dons" personnels. A partir des statistiques qui mesurent l'inégalité des chances d'accès à l'enseignement supérieur selon l'origine sociale et le sexe et en s'appuyant sur l'étude empirique des attitudes des étudiants et de professeurs ainsi que sur l'analyse des règles - souvent non écrites - du jeu universitaire, on peut mettre en évidence, par-delà l'influence des inégalités économiques, le rôle de l'héritage culturel, capital subtil fait de savoirs, de savoir-faire et de savoir-dire, que les enfants des classes favorisées doivent à leur milieu familial et qui constitue un patrimoine d'autant plus rentable que professeurs et étudiants répugnent à le percevoir comme un produit social.