Autant avouer que ce beau livre comble une lacune. De l'histoire de la peinture américaine, nous ne connaissons que peu de choses si ce n'est la période de l'expressionnisme abstrait avec Pollock et le pop art. Or, cet ouvrage démontre combien l'Amérique a toujours eu besoin de représentations. Dès le XVIIIe siècle, les premières peintures vantent la beauté des paysages mais participent aussi d'une idéologie encore en vigueur aujourd'hui : celle d'un pays neuf où tout est possible. Les chapitres, confiés à différents spécialistes, analysent un à un ces moments, ces périodes de l'histoire de l'art américain. Ainsi, les textes consacrés au XIXe siècle sont passionnants puisqu'ils démontrent comment s'est forgé le mythe du grand Ouest sauvage, don de Dieu pour les colons. Les essais consacrés à l'impressionnisme puis aux premières abstractions sont tout aussi instructifs. L'une des réussites de cet ouvrage réside également dans ses longues notices richement illustrées. En effet, pour chacun des artistes, les auteurs ont sélectionné plusieurs ?uvres contrairement à nombre d'ouvrages d'histoire de l'art ou le lecteur doit se contenter d'une simple petite vignette pour apprécier le travail du peintre. L'ensembles des images consacrées à Giorgia O'Keeffe, Charles Demuth, Charles Sheeler, Edward Hopper, Thomas Benton sont tout à fait convaincantes et permettent, entre autres, de comprendre visuellement la fascination de ces artistes pour les avant-gardes européennes des années 1920. Malheureusement, la fin de l'ouvrage passe sous silence la richesse de la peinture américaine des cinquante dernières années. Les années 70, 80 et 90 sont réduites à de courtes mentions. Des figures aussi importantes que Cy Twombly ou des courants comme l'art minimal sont totalement absents. C'est d'autant plus regrettable que c'est précisément durant cette période que l'art américain a produit ses plus grands maîtres. --Damien Sausset
Bernabei Roberta ; Blasselle Alexandra ; Blasselle
Lorsqu'il arrive à Rome le 29 octobre 1786, Goethe s'écrie: "Me voilà enfin dans la capitale du monde!" La Ville éternelle, d'une beauté intense et admirable, avec ses monuments, ses palais, ses rues, témoigne des splendeurs et de la décadence de toute la civilisation occidentale. Elle est comme le théâtre éternel de l'histoire. Il n'est aucun style ou mouvement artistique et architectural, depuis l'Antiquité jusqu'à aujourd'hui, qui ne soit représenté de façon si aboutie et heureuse dans cette ville extraordinaire, unique au monde. À travers un récit chronologique qui suit les principales étapes historiques et artistiques, et grâce à une iconographie remarquable, ce livre nous raconte ce lieu qui est le lieu de l'âme et de l'esprit, l'humanité ayant toujours reconnu dans Rome ses propres aspirations poli-tiques, sociales, religieuses et esthétiques. La Rome réelle se transforme progressivement en Rome idéale, en Rome des mythes, des symboles qui, aujourd'hui encore, attirent des millions de touristes, pèlerins, voyageurs et étudiants des quatre coins du monde. Un texte de l'historienne de l'art Roberta Bernabei, traduit de l'italien par Alexandra et Raphaël Blasselle, nous raconte la grande histoire et l'art de Rome, révélant au passage quelques chefs-d'oeuvre inconnus.
Brodsky Joseph ; Aucouturier Michel ; Bordier Jean
L'oeuvre de Joseph Brodsky (1940-1996), lauréat du prix Nobel de littérature en 1987, a été en partie occultée en France par le destin du poète, symbole de la dissidence du régime soviétique. Pour rendre compte de sa poésie d'une extraordinaire virtuosité formelle, liant l'intime à l'épique, au mythologique, et à de constantes préoccupations métaphysiques, André Markowicz a composé un volume qui réunit les poèmes publiés dans la collection "Du monde entier" en 1987 et 1993, replacés ici dans leur ordre chronologique, auxquels s'ajoute une sélection de poèmes inédits en français.
Ce n'était pas un monde perdu dont je me souvenais, ces mois que nous avions passés ensemble dans les années quatre-vingt. C'était le même temps qui avait continué sa course, et avait fini par nous rattraper." De prime abord, la vie du narrateur semble terminée. Le diagnostic de maladie de Parkinson a d'abord été posé, puis sa femme l'a quitté. Mais un jour, au milieu d'un parc de Copenhague, il croise Anna, son amour de jeunesse, une femme libre qu'il a tant aimée autrefois. Aujourd'hui, elle ne se soucie pas de ce diagnostic, et elle l'entraîne dans le drame de sa propre vie, une histoire emblématique de notre temps, remplie d'abus de pouvoir et de trahisons. Jens Christian Grøndahl écrit une partition subtile où au milieu des souvenirs sont exposées les problématiques les plus actuelles - qui vont de la maladie à l'égarement politique, du fossé entre les générations aux violences faites aux femmes. Une fois encore, Jens Christian Grøndahl nous éblouit par sa capacité à saisir l'esprit du temps et à montrer comment l'on peut choisir de se relever après avoir subi une chute et faire le choix de la vie.
Il y a dans Les Mystères de Paris une énergie sauvage: celle d'une cohorte de personnages maléfiques, malfrats hideux comme la Chouette, Tortillard - un anti-Gavroche -, le Maître d'école ou Bras-Rouge, criminels du grand monde comme le comte de Saint-Remy, monstres hypocrites comme le notaire Jacques Ferrand. Eugène Sue n'est pas avare de noirceur. Mais il y a aussi une sauvagerie du Bien, celle de Rodolphe, prince mélancolique venu à Paris à la recherche de sa fille perdue, impitoyable avec les méchants qu'il punit au mépris des lois. On doit à sa cruauté quelques-unes des scènes les plus stupéfiantes du roman: le châtiment du Maître d'école, ou le supplice de luxure imposé à Jacques Ferrand. Cette cruauté contraste avec la pureté morale de Fleur-de-Marie, comme avec la face solaire de Rodolphe, providence de tous les malheureux honnêtes dont il croise le chemin. Le roman exprime dans son ensemble une quête assoiffée de régénération morale de la société, par l'amélioration des mécanismes préventifs et répressifs (c'est le sens de l'engagement de Sue en faveur dans l'encellulement des criminels) ainsi que par l'invention de mécanismes d'incitation au Bien, police ou tribunal de la Vertu, qui doivent récompenser publiquement les actions exemplaires." Judith Lyon-Caen.