Dans le cadre de leurs interventions sanitaires dans les pays pauvres, les ONG et les organisations internationales font assaut d'imagination pour assurer l'efficacité de leurs actions grâce à des messages de prévention qui se veulent percutants. Les résultats ne sont pas toujours à la hauteur de leurs espérances. Le problème qui se pose est celui du contenu de ces messages qui ont du mal à être intériorisés par des populations ayant d'autres pratiques et représentations de la maladie, de la prévention et du soin. Comment s'adapter à cette réalité ? Faut-il, par exemple, remettre en cause certaines interventions préventives du fait que ces dernières peuvent entrer en conflit avec des valeurs locales (religieuses, politiques, sociales) ? S'agissant du sida, ces questions touchent particulièrement la sexualité et les rapports hommes/femmes. Le sujet traité dans ce livre à plusieurs voix est finalement celui de la convocation de la culture des populations dans les actions de prévention qui leur sont destinées. Comment intervenir sans tomber dans le piège de l'essentialisme, de l'instrumentalisation de la notion de culture ou encore du relativisme absolu ...
En France, l'excision est perçue comme une injustifiable atteinte à l'intégrité physique des femmes comme un acte violent de mutilation volontaire porté sur des enfants. Elle est condamnée comme telle par les tribunaux. Dans d'autres sociétés, dans certains groupes ethniques, notamment en Afrique, malgré de récentes évolutions, elle revêt d'autres significations et possède encore la force de la tradition. Christine Bellas Cabane s'intéresse à cette question depuis de nombreuses années déjà. Engagée dans la coopération avec l'Afrique, anthropologue, médecin, elle tente, dans un livre qui mêle récit et analyse, d'appréhender dans toute sa complexité une pratique qui la heurte. Mais cet ouvrage est aussi une réaction à certaines attitudes à l'égard des familles migrantes, qui lui semblent méprisantes et contre-productives dans la lutte contre l'excision. Comprendre des sociétés qui se transforment tout aussi rapidement que la nôtre, comprendre et respecter les femmes et les hommes originaires d'Afrique immigrés sur notre sol est un premier acte efficace contre l'excision.
Malgré les investissements financiers internationaux et les efforts des pays "du Sud " visant à améliorer la santé des mères et des enfants, la mortalité maternelle et infantile reste élevée : c'est le cas à Madagascar, objet de cet ouvrage. Les femmes et les enfants y paient un lourd tribut à de nombreuses maladies, infectieuses et non infectieuses, dans un pays au système de santé fragilisé. Les contributions anthropologiques de ce livre examinent finement les situations et acteurs impliqués dans la gestion de la santé et de la maladie, en se penchant sur le pouvoir médical et les relations soignants- soignés, la reconnaissance étatique de la médecine traditionnelle, les politiques mondiales de santé, la construction des cheminements thérapeutiques et les logiques des acteurs, les difficultés dans l'accès aux soins et les inégalités sociales de santé. Ces contributions, principalement ancrées dans le terrain malgache, soulignent la pertinence et l'utilité des approches et des méthodes anthropologiques pour comprendre les problématiques de santé au Sud et favoriser l'appropriation locale des programmes de santé.
Lors du XXXIe Symposium de l'Association de Psychologie Scientifique de Langue Française (APSLF), organisé en collaboration avec la Société Tunisienne de Psychologie (STP), à Gammarth, près de Tunis (Tunisie), les 24 et 25 septembre 2009, l'objectif a été de proposer un état actuel des débats relatifs aux relations entre les PSYCHOLOGIES et les CULTURES. Les différents chapitres présentés dans l'ouvrage sont une version écrite et détaillée des principales conférences invitées données à Tunis. Celles-ci ont consisté à exposer tout ou partie de ces débats et en reflètent un panorama, certes partiel et quelque peu hétérogène. Il peut toutefois proposer au lecteur francophone des pistes à explorer davantage, en fonction de ses intérêts propres pour tel ou tel domaine de la psychologie interculturelle. Ces domaines sont: la cognition elle-même, son évolution historique et socioculturelle (phylogenèse), son développement chez l'enfant (ontogenèse), le langage, les connaissances dans divers domaines (nombre, temps), leur évaluation psychométrique, la pathologie et la santé, la socialisation.
A la croisée de la psychanalyse et de l'anthropologie, cet ouvrage propose une lecture structurale de l'histoire ottomane et républicaine de la Turquie. D'Osman à Kemal, de la chute de Constantinople au mouvement protestataire du parc de Gezi (2013), sont retracées les transformations du "discours" social organisé par quatre places qu'occupent différentiellement le sultan, l'Etat, les assujettis et le territoire. Au "discours d'Empire" des premiers Ottomans succède au XVIIe siècle un "discours d'en pire" dont émerge, au XIXe siècle, celui "de la paranoïa" à la logique génocidaire. De cette matrice naît celui de la République, toujours actuel depuis cent ans : le "discours de l'hainamoration" dont Erdo?an est depuis vingt ans le sujet principal. Ces transformations successives ont pour enjeu, avec une étrange constance, le champ de l'altérité : le lieu de la différence.
La question de l'évangélisation est au coeur de ce récit à caractère autobiographique. Prêtre du diocèse de Vannes, Bertrand Jégouzo a passé plusieurs années de sa vie comme missionnaire Fidei donum dans le diocèse de Riobamba, en Equateur. Plus précisément dans les Andes au milieu d'une population majoritairement indienne. Très vite, il s'est trouvé confronté à l'interrogation à la base de l'évangélisation : comment un missionnaire occidental, formé dans la théologie catholique du XXe siècle, peut-il transmettre - ou partager - la foi chrétienne à des paysans quechua vivant dans une culture plus que millénaire ? Comment composer avec les formes et les traditions d'un christianisme implanté au temps de la conquête espagnole ? A travers le récit d'histoires et d'aventures vécues au quotidien, l'auteur questionne la pratique missionnaire. Dans les sociétés latino-américaines, l'enjeu est d'assurer le droit à la différence dans les manières de vivre, de penser et d'élaborer ses propres conceptions culturelles et religieuses. Son témoignage aborde des questions essentielles et respire l'authenticité.
Cent ans ont passé depuis la fondation de la République de Turquie. Les différents partis politiques qui se sont succédé au pouvoir, au rythme des élections et des coups d'Etat, ont imposé leurs politiques mémorielles. Dans le même temps, on a assisté à la publication quasi ininterrompue de mémoires des chefs du Comité Union et Progrès qui prirent le pouvoir dans l'Empire ottoman à la veille du Premier conflit mondial et furent les principaux responsables du génocide des Arméniens. Aujourd'hui, plus que jamais, ces livres constituent des succès de librairie, et leurs auteurs sont largement considérés en Turquie comme des héros, pères fondateurs de la nation. Duygu Tasalp propose de considérer ces ouvrages comme supports de la construction d'une mémoire publique en Turquie. La mise en contexte des différentes vagues de publications au cours du XXe siècle, associée à une analyse de discours, permet de repérer trois tournants - dans les années 1920, 1940 et 1990 correspondant à l'avènement de trois grands régimes mémoriels : kémaliste, inönüiste et, enfin, islamiste, qui se succèdent et se superposent. Le rôle fondamental des mémoires d'unionistes dans l'élaboration du discours officiel sur le passé témoigne de la force et de la persistance du négationnisme au fil des décennies. Au-delà de la Turquie, ce livre apporte une réflexion de sciences sociales sur les notions de secret et de mensonge, comme sur les effets durables des violences exterminatrices sur leurs auteurs et leurs descendants.