Curieux destin que celui de ce livre puisque l'année où il fut écrit, en 1923, Adolf Behne ne trouva pas d'éditeur. Quand, trois ans plus tard, La Construction fonctionnelle moderne paraît, Walter Gropius et son ouvrage Architecture internationale lui ont ravi la vedette, surtout en ce qui concerne les illustrations. Au travers de la polémique qui s'ensuivit, se dessine une mutation du rôle conféré aux images de certains bâtiments, celles-ci acquérant une importance majeure dans l'avènement d'une nouvelle architecture. Outre sa recherche iconographique originale, Behne livre surtout la première analyse précise et complète de la révolution "qui touche l'architecture lorsqu'elle commence à éprouver la beauté vivante dans la fonction elle-même. A partir des travaux de trois architectes: Alfred Messel pour l'Allemagne, Hendrik Berlage pour la Hollande et Otto Wagner pour l'Autriche, l'auteur propose une généalogie de la construction moderne dont la finalité profonde est la restauration de l'unité perdue. Ce qui lie ces trois figures majeures de la scène européenne, c'est leur rejet, au profit d'une pratique accordant la primauté à la fonction, d'une création purement mécanique de formes issues de l'académisme, création qui opère de l'extérieur vers l'intérieur et mène à une architecture de façade. L'abandon du terme" architecture "pour celui de" construction "souligne la rupture qu'Adolf Behne identifie et veut magnifier. Dans l'effervescence révolutionnaire des lendemains de la guerre de 1914-1918, Adolf Behne déplore que l'Europe ait perdu l'unité spirituelle qui était la sienne au Moyen Age. Le style gothique, véritable" style international "d'alors, reste la preuve de la communication qui existait entre tous les pays. Comme l'avait prévu Walter Gropius en fondant le Bauhaus, Adolf Behne assigne à l'Allemagne la tâche de redevenir le carrefour spirituel et politique de l'Europe, en raison de sa position politique entre démocratie parlementaire et révolution. Il fait de l'architecture un des vecteurs principaux de ce projet. Biographie: Adolf Behne (1885-1948) entame des études d'architecture mais leur préfère l'histoire de l'art et suit les cours de Heinrich Wölfflin et de Karl Frey. Très tôt, comme en témoignent ses premiers articles, sa carrière de critique militant se dessine. Behne s'emploie à un travail de médiateur entre les différentes disciplines et mouvements d'avant-garde de nombreux pays. Ses livres, comme De l'art à la mise en forme en 1925 ou Une heure sur l'architecture en 1928 témoignent de son esprit interdisciplinaire. Au lendemain de la révolution spartakiste, il forme avec Bruno Taut et Walter Gropius la direction du Conseil du travail pour l'art. En 1923, Gropius lui confie le choix des participants à l'Exposition internationale d'architecture de Weimar. L'année même où Behne rédige La Construction fonctionnelle moderne. À partir de 1933, il essaye de convertir ses tentatives d'élaborer une sociologie de l'art en une histoire de l'art aux fondements raciaux. Après la guerre, il est nommé professeur d'histoire de l'art à l'Ecole supérieure des beaux-arts de Berlin. Guy Ballangé, ancien élève de l'École normale supérieure de Saint-Cloud. Il a notamment traduit Renaissance et baroque de H. Wölfflin, La perspective comme forme symbolique de E. Panofsky et De Ledoux à Le Corbusier de E. Kaufmann. Maria Stavrinaki, historienne de l'art, maître de conférence à l'université de Paris I. Elle travaille sur les avant-gardes historiques. Elle a publié les écrits et la correspondance du peintre Franz Marc (Ensb-a, 2007) et prépare une édition critique de la correspondance de la" Chaîne de verre "(Ed. de la Villette, 2008)."
Résumé : Indexé aux régimes fixes de l'image ou du relevé, le paysage s'en exile pourtant continûment, que ce soit par son propre devenir ou par l'expérience que l'on fait de lui aussitôt que l'on s'y déplace, quel que soit dès lors le moyen employé. C'est ce paysage-mouvement, c'est la disposition du paysage au mouvement qui sont ici explorés, et par les voies les plus diverses : le vent, un canal, les premiers chemins de la Gaule, un projet futuriste abandonné, le cinéma, la ville de Detroit, une petite gare et deux plus grandes, et même le métro : il était fatal que ce n° 13 soit lui-même un voyage zigzagant.
Résumé : Rien ne prédisposait Varian Fry à l'héroïsme. Il grandit dans cette Amérique des banlieues riches du New Jersey, avant d'intégrer l'université de Harvard. Diplômé en 1931, il pratique à la fois le journalisme et le professorat de lettres classiques. Envoyé à Berlin, il y découvre le nazisme et les persécutions contre les juifs. Son destin est scellé. Mais que faire ? Écrire, militer, protester, manifester, aider des réfugiés austro-allemands fraîchement arrivés à New York, cela parvient un temps à apaiser sa bonne conscience. En 1940, il prend part à la fondation d'un comité de secours, The Emergency Rescue Committee, dans le but spécifique de faire sortir artistes, savants, philosophes et écrivains piégés dans la zone libre. Très vite, le comité veut envoyer un homme de confiance connaissant bien l'Europe et parlant couramment le français à Marseille. Fry se porte candidat. Sitôt arrivé, il noue des contacts avec tous ceux qui courent de grands dangers. Il y a Victor Serge, romancier, essayiste, trotskiste. Il y a André Breton. Il y a les peintres Oscar Dominguez, Wifredo Lam, Max Ernst, Hans Bellmer, Marcel Duchamp, Victor Brauner, Jacques Herold, Jacques Lipchitz, André Masson. Il y a les écrivains Heinrich et Golo Mann, Franz Werfel et Lion Feuchtwanger, Benjamin Péret. Il y a les philosophes Hannah Arendt, Claude Lévi-Strauss et la très politique Anna Seghers. Il y a Otto Meyerhof, prix Nobel de médecine. Il y a Wanda Landowska, la claveciniste. Il y a même ceux qui ne veulent pas partir dont Marc Chagall. Fry se déplace pour le convaincre, mais en vain. Chagall se voit avant tout artiste, la police le voit avant tout juif et l'arrête. Fry le fait sortir de prison et l'expédie illico en Amérique avec femme et enfant. Pour héberger et occuper tout ce monde, il loue une villa en marge de la ville et c'est toute cette trop brève aventure que relate l'ouvrage. Expulsé en septembre 1941, il aura sauvé plus de deux mille personnes. Villa Air-Bel est démolie dans les années 1980. Alain Guyot, enseignant à l?École nationale supérieure d'architecture de Marseille, ses étudiants, avec les élèves de deux lycées, et une écrivaine, Diana Pollin, ont entrepris de faire revivre la villa à travers le récit, historique et biographique, et une reconstitution numérique des lieux.
En mai 1911, Le Corbusier débute un voyage qui le mènera à Prague, Vienne, Budapest, Istanbul,mont Athos, Athènes, puis Pompéi et Pise avant de regagner la Suisse où il construira, en souvenir de ses impressions, deux villas: l'une surnommée blanche et l'autre turque. Trois aspects caractérisent cet ouvrage et éclairent son importance: ses qualités purement littéraires, la progressive transformation de la personnalité de l'auteur au fil du parcours, le rôle de ces leçonsdans son processus de conception tout au long de sa vie. De son vivant, Le Corbusier fera paraître une quarantaine d'ouvrages, une activité qui l'amènera à faire inscrire la mention « homme de lettre » sur sa carte d'identité lorsqu'il acquiert la nationalité française. Quelques semaines avant sa mort, il se soucie de la publication du Voyage d'Orient qu'il amende légèrement avant de l'envoyer à l'impression. Formé initialement en tant que graveur de boîtier de montre, Le Corbusier s'extirpe lentement au fil de son évolution du moule ornemaniste et des tendances décoratives de l'Art nouveau. Le Voyage d'Orient rend compte du lent passage vers l'architecture d'un personnage initialement ému autant par l'art populaire et l'habileté des artisans potiers slaves qu'averti du grand art rendant visite à Vienne ou à Bucarest à de grands collectionneurs de peintures. L'arrivée à Istanbul, la découverte des mosquées, la géométrie simple qui les caractérise lui fait se rallier à la théorie moderniste de Paul Cézanne: « Il faut traiter la nature selon le cube, la sphère et le cône ». Or ces cubes, ces sphères ou demi-sphères, il les a sous les yeux avec ces coupoles blanches qui parsèment la ville. Cette découverte sera renforcée par la rencontre avec l'architecture classique des temples grecs qui se produira sur les marches de l'Acropole. Ce voyage éclaire le rapport de l'auteur entre inspiration et création. Hormis le récit qu'il tire de ses découvertes, Le Corbusier remplit plusieurs carnets de dessins, croquis et annotations (certaines pages sont reproduites dans l'ouvrage). Sa vie durant, il retournera à ces études de l'année 1911 pour ressourcer sa créativité et y puiser la matrice de ses formes nouvelles. Le récit est accompagné d'une postface analysant le rôle des voyages dans le travail de Le Corbusier et d'une introduction présentant le contexte de ce déplacement.
Le paysage est-il avant tout le fruit d'un regard sur une étendue donnée comme étant soit déjà làet intouchée soit aménagée, regard où l'appréciation esthétique charge cet espace de significationset d?émotions prioritairement subjectives? Et voilà le paysage transformé en domaine consacrée àune approche pluri-sensorielle. Mais, avant d?être l'objet de représentations artistiques ou d?études,bref un décor, le paysage n?était-il pas un pays au sens originel du terme, c'est-à-dire une portionde territoire cultivée visant à satisfaire les besoins alimentaires des populations avoisinantes? A cette charge noble et essentielle de nourrir son prochain a succédé depuis quelques décades unsentiment moins reconnaissant et favorable. Le paysan est devenu le « pecno », ce rustre peu aufait de l?état des choses. D'ailleurs, la presse se fait plus que jamais l?écho de tous les problèmesenvironnementaux et il n'est plus une seule saison de l'année au cours de laquelle l'agriculturen'est pas montrée du doigt. Pollution des eaux par les nitrates et les herbicides, algues vertes surle littoral breton, résidus pesticides sur les fruits et légumes, haies abattues, talus arasés, érosiondes sols, paysages défigurés, etc. Qu'attend-on des agriculteurs: qu'ils soient les pourvoyeurs dela pitance quotidienne ou des jardiniers du paysage? Plusieurs contributions comme celle de Marc Dufumier qui analyse le passage en plus d'un demi-siècle d'une agriculture européenne ne produisant pas assez pour satisfaire les besoins du continent à l?ère des surplus ou de la mise en jachère obligatoire sous l'effet de la fameuse politique agricole commune (PAC). Dominique Marchais, auteur de Temps des grâces, un documentaire qui donne la parole aux agriculteurs, agronomes, chercheurs, écrivains, va au coeur de ce sujet. Certains projets visent à réunir les compétences d'architecture et de paysage, travaillant sur des études liés au milieu rural comme le montrent Rémi Janin et son agence Fabriques. Ce paysagiste a investi l'exploitation agricole familiale pour en faire un lieu d'expérimentation pour la construction d'un projet d'architecture et de paysage agricole contemporain. Enfin, l?écrivain Maryline Desbiolles avec son sens très spécifique de la description interroge la campagne agricole, elle qui a sciemment décidé d'y élire domicile tandis que le photographe Benoît Galibert traque, en analyste acéré, les ambiances de ce mode rural guidé par la gentiane à la recherche de vieilles publicités pour la Suze.
Créateur des célèbres concepts de la "ville du quart d'heure" et du "territoire de la demi-heure ", Carlos Moreno a fait de la proximité le coeur battant d'un urbanisme du soin et du bien-être. Des ruelles de Tokyo aux Utopías de Mexico, de Saint-Hilaire-de-Brethmas, dans le Gard, à Busan, en Corée, il nous emmène dans un voyage mondial au contact d'initiatives concrètes qui réinventent nos manières d'habiter. Nourri de quinze années de recherches et d'expérimentations aux quatre coins du monde, l'urbaniste nous révèle une vérité essentielle : le bien-être n'est pas un luxe réservé aux métropoles privilégiées, mais un droit accessible à tous, à condition de repenser nos espaces à l'échelle humaine. Des infrastructures sociales aux services de santé, de l'alimentation locale aux mobilités douces, il trace les contours d'une nouvelle urbanité fondée sur le lien, la solidarité et la proximité heureuse.