
Si tout n'a pas péri avec mon innocence
1. BANG BANGQuand ma grand-mère tente de refermer les cuisses, la sage-femme l'en empêche et entreprend de bouchonner sans ménagement son périnée endolori. Ma grand-mère ferait bien d'interroger la signification de cette brutalité, mais comme elle a toujours eu le chic pour profiter des bons moments, elle s'accorde le répit que lui laissent la paix retrouvée de ses viscères et l'escamotage fulgurant de son nouveau-né. Elle promène distraitement la main sur son ventre effondré et a juste le temps d'en percevoir les dernières contractions, la réplique mourante du grand chambardement, avant d'être délivrée d'un placenta dont elle ignorait l'existence et qui s'expulse d'elle en trois soubresauts voluptueux.Seule, les jambes encore passées dans des étriers archaïques, ma grand-mère est prise d'un rire nerveux. Elle ferait mieux d'interroger aussi le sens de cette solitude, mais à vingt-six ans, elle en sait assez sur la vie pour ne s'étonner de rien et pour admettre que la solitude est notre condition. Tout ce qui lui vient à l'esprit, ce sont les bribes d'une chanson de Nancy Sinatra, «Bang Bang», et le souvenir lumineux et fixe, comme pris au piège miroitant de sa mémoire, de la plage de Sidi Fredj.Flottante, bienheureuse, c'est tout juste si elle n'est pas en train de fredonner quand on lui présente enfin le fruit de ses entrailles, vêtu d'une barboteuse de velours émeraude à plastron nid-d'abeilles, un vêtement qui lui semble étrangement familier jusqu'à ce qu'elle se rappelle l'avoir acheté elle-même au rayon layette des Dames de France.Bang bang, ma grand-mère a beau connaître la vie, il n'existe pas de préparation à ce qui va suivre. Elle ferme les yeux, croise les doigts, cherche le bon geste, la passe magique, mais rien n'y fait, aucune colombe ne s'envole péniblement d'un chapeau, aucun lapin ne s'en extirpe, aucun chapelet de foulards ne se dévide depuis la poche amidonnée de la sage-femme, qui persiste à lui présenter un bébé dont le visage saisissant de laideur offre un contraste pitoyable avec le vêtement d'apparat que lui ont choisi ses parents quand il a bien fallu penser à son trousseau.
| Nombre de pages | 443 |
|---|---|
| Date de parution | 03/01/2013 |
| Poids | 445g |
| Largeur | 140mm |
| EAN | 9782818017463 |
|---|---|
| Titre | Si tout n'a pas péri avec mon innocence |
| Auteur | Bayamack-Tam Emmanuelle |
| Editeur | POL |
| Largeur | 140 |
| Poids | 445 |
| Date de parution | 20130103 |
| Nombre de pages | 443,00 € |
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