Enis Batur et Yigit Bener sont deux écrivaillons ténébreux ayant sévi durant les années cauchemardesques de la sublime littérature turque, qui s'écrivait encore à l'époque avec ce misérable et impur alphabet latin aujourd'hui fort heureusement damné ; ils ont publié quelques ouvrages aussi sordides que futiles, avant de disparaître totalement des étals des libraires. Il nous a semblé que la divulgation de ce pamphlet qu'ils ont écrit en toute complicité était un acte de salubrité et d'exorcisme universels, dans la mesure où ils y avouent si impudemment la vraie nature des agissements délirants et démoniaques qui souillaient à l'époque l'univers des drogmans.
Né en 1952, Enis Batur est l'auteur de plus de trente ouvrages (poésie, essais, prose), traduits en plusieurs langues. Il est également le directeur éditorial d'une maison d'édition turque: Yapi Kredi.
Batur Enis ; Descat Jean ; Deniz Elif ; Vincent Pi
Cet ouvrage se compose de trente-six romans. Comme tirés d'un carnet de bord, ils sont dus à un veilleur nomade qui s'y confronte à ses obsessions: la prédestination, la création, le songe, l'archéologie du savoir, le livre dans tous ses états, la folie... On croise le facteur d'un quartier d'Istanbul, l'ombre de Le Corbusier à Ronchamp, Thomas Bernhard à Graz, Le Petit Prince au Paraguay. On entre dans la géographie sans frontières d'Enis Batur pour un voyage semé d'intrigues, d'abîmes et d'éclats de rire.
Novembre 1989. Le Mur de Berlin vient de tomber. Inge et Walter Bischoff, un couple d'Allemands de l'Est annoncent à leur fils Carl qu'ils ont décidé d'aller vivre de l'autre côté du rideau de fer. A vingt-six ans, Carl n'habite plus chez eux depuis longtemps. Mais leur décision qui ressemble à un abandon lui révèle qu'avant d'être ses parents, Inge et Walter ont eu une jeunesse éprise de liberté. De ce temps d'avant la construction du mur, le Stern 111, un poste de radio de fabrication soviétique, reste le symbole : toute la jeunesse d'Allemagne de l'Est s'en servait pour écouter les radios de l'Ouest. Carl se rend bientôt à Berlin avec la petite voiture de son père. Au "Cloporte", un immeuble où s'est rassemblée une communauté de squatters, il va connaître une double initiation amoureuse et politique.
L'héroïne de Boulder gagne sa vie comme cuisinière sur un vieux navire marchand. C'est la situation parfaite : la solitude, le provisoire, une cabine et l'océan, un port où rencontrer des femmes. Jusqu'à ce qu'un jour l'une d'entre elles réussisse à l'arracher à la mer et à l'entraîner dans l'aventure d'une procréation assistée. Qu'est-ce que la maternité va provoquer chez cette femme qu'elle a rencontrée dans un bar en Patagonie ? Et elle, acceptera-t-elle de se laisser enfermer entre les quatre murs d'une maison pour faire mentir le surnom de Boulder que lui a donné son amoureuse, et qui désigne des grandes roches isolées au milieu du paysage dont personne ne sait d'où elles viennent ni pourquoi elles sont là ? Le ton ironique, les évocations érotiques sans fausse pudeur, le style implacable et vibrant comme le personnage, tout contribue à faire de ce deuxième roman un texte rebelle intense et poétique.