Guerre civile, défaillance généralisée de l'État ou effondrement des systèmes sociaux, autant de mots qui caractérisent les situations qu'ont connues nombre de pays latino-américains, tout comme l'URSS, l'Algérie ou le Kurdistan au XIXe et au XXe siècles. Ces situations ne tiennent pas simplement à des faits objectifs, elles tiennent aussi aux sentiments des acteurs de ne plus avoir barre, ni sur le présent ni sur le futur. Tous ne feront pas pour autant les mêmes choix et ne sont pas confrontés aux mêmes contextes qui souvent varient en fonction des cadres locaux. Par delà l'impression de chaos généralisé, les gens apprennent à s'orienter, à agir en se préoccupant de leur survie au jour le jour, ce dans un espace rétréci à l'horizon de l'expérience la plus immédiate, un quartier voire une rue, un village, un lieu-dit. Les auteurs des études qui composent ce recueil ont fait le choix de s'interroger sur des situations-limites en privilégiant la description ethnographique. Ces descriptions des actions les plus concrètes et prosaïques, l'attention du langage des acteurs et aux récits qu'ils font de leur expérience permettent de comprendre comment s'imposent et se construisent des régulations sociales telle la " loi du silence ", la " contrainte " ou des " pactes hobbesiens ". Ces approches font comprendre comment s'effectuent les basculements dans ces " situations extrêmes ", comment des habitus en vigueur avant ces moments de crise pèsent sur le déroulement des événements, comment ces situations sont plus variées et plus mouvantes qu'on ne le perçoit habituellement. On observe également comment ces situations sont à leur tour définies à partir de la manière dont les acteurs y font face.
Nombre de pages
251
Date de parution
22/10/2009
Poids
420g
Largeur
160mm
Plus d'informations
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EAN
9782811102609
Auteur
Bataillon Gilles ; Merklen Denis ; Pécaut Daniel
Editeur
KARTHALA
Largeur
160
Date de parution
20091022
Nombre de pages
251,00 €
Disponibilité
Epuisé
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Comment comprendre les guerres civiles et les affrontements armés en Amérique centrale à la fin des années 1970 ? Partant d'un tableau du Guatemala, du Nicaragua et du Salvador, Gilles Bataillon s'interroge sur la modernisation qu'ont connue ces pays lors des années 1960 et 1970. Puis, accordant toute leur importance aux événement eux-mêmes, il retrace la genèse des guerres internes dans ces pays. Il paraît en effet essentiel de montrer comment certains événements - l'assassinat de Pedro Joaquin Chamorro, la répression contre les jeunes insurgés nicaraguayens, les meurtres de multiples prêtres au Salvador, la nomination de Mgr Romero au prix Nobel de la paix, les tueries sélectives des années 1978-1980 au Guatemala, les assassinats des leaders réformistes, les débuts de la contre-insurrection dans les hautes terres indiennes (1981-1982) - n'en viennent à faire sens qu'au travers des commentaires et des réactions qu'ils suscitent et comment, de ce fait, ils restructurent les conditions de l'action sociale et politique. Ce parti pris permet aussi de montrer comment les acteurs ne sont aucunement des entités immuables mais comment ils sont façonnés et se redéfinissent en fonction des événements.
A la croisée de la psychanalyse et de l'anthropologie, cet ouvrage propose une lecture structurale de l'histoire ottomane et républicaine de la Turquie. D'Osman à Kemal, de la chute de Constantinople au mouvement protestataire du parc de Gezi (2013), sont retracées les transformations du "discours" social organisé par quatre places qu'occupent différentiellement le sultan, l'Etat, les assujettis et le territoire. Au "discours d'Empire" des premiers Ottomans succède au XVIIe siècle un "discours d'en pire" dont émerge, au XIXe siècle, celui "de la paranoïa" à la logique génocidaire. De cette matrice naît celui de la République, toujours actuel depuis cent ans : le "discours de l'hainamoration" dont Erdo?an est depuis vingt ans le sujet principal. Ces transformations successives ont pour enjeu, avec une étrange constance, le champ de l'altérité : le lieu de la différence.
La question de l'évangélisation est au coeur de ce récit à caractère autobiographique. Prêtre du diocèse de Vannes, Bertrand Jégouzo a passé plusieurs années de sa vie comme missionnaire Fidei donum dans le diocèse de Riobamba, en Equateur. Plus précisément dans les Andes au milieu d'une population majoritairement indienne. Très vite, il s'est trouvé confronté à l'interrogation à la base de l'évangélisation : comment un missionnaire occidental, formé dans la théologie catholique du XXe siècle, peut-il transmettre - ou partager - la foi chrétienne à des paysans quechua vivant dans une culture plus que millénaire ? Comment composer avec les formes et les traditions d'un christianisme implanté au temps de la conquête espagnole ? A travers le récit d'histoires et d'aventures vécues au quotidien, l'auteur questionne la pratique missionnaire. Dans les sociétés latino-américaines, l'enjeu est d'assurer le droit à la différence dans les manières de vivre, de penser et d'élaborer ses propres conceptions culturelles et religieuses. Son témoignage aborde des questions essentielles et respire l'authenticité.
Cent ans ont passé depuis la fondation de la République de Turquie. Les différents partis politiques qui se sont succédé au pouvoir, au rythme des élections et des coups d'Etat, ont imposé leurs politiques mémorielles. Dans le même temps, on a assisté à la publication quasi ininterrompue de mémoires des chefs du Comité Union et Progrès qui prirent le pouvoir dans l'Empire ottoman à la veille du Premier conflit mondial et furent les principaux responsables du génocide des Arméniens. Aujourd'hui, plus que jamais, ces livres constituent des succès de librairie, et leurs auteurs sont largement considérés en Turquie comme des héros, pères fondateurs de la nation. Duygu Tasalp propose de considérer ces ouvrages comme supports de la construction d'une mémoire publique en Turquie. La mise en contexte des différentes vagues de publications au cours du XXe siècle, associée à une analyse de discours, permet de repérer trois tournants - dans les années 1920, 1940 et 1990 correspondant à l'avènement de trois grands régimes mémoriels : kémaliste, inönüiste et, enfin, islamiste, qui se succèdent et se superposent. Le rôle fondamental des mémoires d'unionistes dans l'élaboration du discours officiel sur le passé témoigne de la force et de la persistance du négationnisme au fil des décennies. Au-delà de la Turquie, ce livre apporte une réflexion de sciences sociales sur les notions de secret et de mensonge, comme sur les effets durables des violences exterminatrices sur leurs auteurs et leurs descendants.