L'exécution publique à Paris au XVIIIe siècle. Une histoire des rituels judiciaires
Bastien Pascal
CHAMP VALLON
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EAN :9782876734333
Après avoir lu une dernière fois l'arrêt de mort, le greffier s'approche de la croix de Saint-André où le condamné est attaché. Il lui demande si de dernières déclarations restent à faire puis, en réponse à son silence, fait signe au bourreau que le temps est venu. La barre de fer s'abat, le corps est brisé. L'échafaud et le feu qui consumera le corps désarticulé offrent à la foule le spectacle de la justice. L'exécution publique à l'époque moderne a souvent été décrite par l'historiographie comme un théâtre de peur, de violence et d'obéissance selon Michel Foucault et les historiens qui s'en sont inspirés, elle réparait sur le corps du condamné la souveraineté divine et humaine blessée par le crime. Pourtant, les rituels judiciaires du châtiment s'inscrivent clans une réflexion plus large, plus complexe sur le droit et la morale : ils constituèrent un dialogue constant, voire une négociation, entre le justiciable et l'homme de loi. L'objet de ce livre est de reconstituer ce dialogue. Au carrefour des paroles, des écritures et du spectacle, Pascal Bastien entend expliquer les rituels de l'exécution dans le Paris du XVIIIe siècle bourreaux, condamnés, greffiers et confesseurs partagèrent et échangèrent, avec la foule et les magistrats, un " savoir-dire " du droit qu'on aurait tort de réduire trop simplement à la potence ou au bûcher. Hors des tribunaux, où la procédure était tenue secrète jusqu'au droit révolutionnaire, l'exécution publique fut un moyen de communiquer le droit par une mise en mots et en images du verdict. Elle fut aussi un instrument dynamique et efficace du lien social entre l'État royal et ses sujets-, de fait, la peine devint au XVIIIe siècle l'espace et l'instant d'un nouveau jugement, celui des justiciables à l'égard de leur justice. Plus que le châtiment à proprement parler, il s'agit ici de reconstituer et d'analyser les différentes articulations du spectacle de la peine à Paris au XVIIIe siècle. De la circulation des arrêts imprimés à la marche du bourreau dans la ville, et des mots du greffier lancés à la foule à ceux du confesseur consolant le condamné, l'exécution publique se révèle comme un événement capable, malgré ses contradictions internes, d'assurer une profonde cohérence à l'imaginaire judiciaire qu'elle participait à créer. Ce fut dans les rues de la ville que le Parisien attendait, espérait, consentait ou contestait la justice du roi.
Nombre de pages
272
Date de parution
15/02/2006
Poids
450g
Largeur
155mm
Plus d'informations
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EAN
9782876734333
Titre
L'exécution publique à Paris au XVIIIe siècle. Une histoire des rituels judiciaires
Auteur
Bastien Pascal
Editeur
CHAMP VALLON
Largeur
155
Poids
450
Date de parution
20060215
Nombre de pages
272,00 €
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Entre la fin du XVIIIe siècle et la première moitié du XIXe, l'Europe est passée d'une pénalité édifiée sur la souffrance et le supplice au système disciplinaire de l'univers carcéral. Faut-il voir dans ce bouleversement, à la suite de Norbert Elias, le processus normal de la civilisation des moeurs et de l'urbanisation? N'est-ce pas simplificateur? La peine capitale ne serait-elle porteuse d'un tout autre message sur les sociétés modernes? Il fallait une histoire des pratiques et imaginaires de la peine de mort, de la fin du Moyen Age jusqu'à la fin du XVIIIe siècle en Europe, pour résoudre ce problème: cet ouvrage montre que la dimension spectaculaire de la peine de mort en est un aspect essentiel: la mort judiciaire se révèle un élément central de l'histoire culturelle, sociale, religieuse et politique de l'Europe. Des guerres de Religion à la « sainte guillotine », du supplice masqué au crime médiatisé, la peine capitale, loin d'être, le signe d'une civilisation inachevée, contraint au contraire à une réflexion renouvelée sur les liens sociaux des communautés et se révèle riche d'enseignements sur la construction de nos sociétés contemporaines. Bien que celles-ci ne la pratiquent plus dans leur très grande majorité, les débats récurrents sur la question dans l'actualité montre que la peine capitale, abolie ou non, n'en finit pas de sous-tendre le lien social.
Tenant des carnets (un journal ?) depuis la jeunesse, je n'y ai jamais écrit que par spasmes, par bouffées, et dans une sorte d'état d'urgence. Brusques afflux de souvenirs, rêves ou lectures pareillement commentés, ce double qui n'a cessé de m'accompagner est bien aussi projet, que le livre entrevu ait abouti ou non, et interrogation sur ce projet même. Aussi m'a-t-il semblé que je ne pouvais extraire des fragments de ce long flux tout ensemble intermittent et proliférant sans tenter d'y introduire au moins un fil d'Ariane. Si le thème de la mémoire, chez l'être de souvenir qu'est, par définition presque, l'autobiographe, s'est imposé à moi, c'est que la mémoire m'est longtemps apparue comme la dépositaire de l'être même. Souvent, il va sans dire, ces plongées ou ces visitations fortuites s'accompagnent d'une réflexion sur la littérature. Au naïf émerveillement des premières années ici retenues - contemporaines de L'Adoration et s'aventurant à tâtons vers Le Retour - succède assez vite un soupçon qui, dû pour la plus grande part à la cruelle expérience de la mère internée, et qui va s'accusant dans ces pages mêmes, est tout près de s'en prendre au chant longtemps tenu pour " doré " d'une mémoire qui, par places traversée de nostalgie, entend bien pourtant ne se confondre avec aucun " passéisme ", sans cesse au contraire jouaillé, dénoncé que, pratiquement dès le début, est ce dernier. " J. B.
Les figures souvent grotesques créées par James Ensor s'animent. Elles évoquent la mer du Nord, Ostende la ville balnéaire et ses habitants évanouis, le retour du carnaval ou le célèbre Bal du Rat mort. Libérées des tableaux où leur apparition continue à nous surprendre, elles haussent parfois le ton entre les murs d'une baraque abandonnée, se répondent et s'affrontent. Elles aimeraient régler de vieux comptes. Elles interpellent un visiteur à la nature incertaine. Tout à la fois ancrées dans leur époque et hors du temps, les voix interrogent, avec une ironie d'outre-tombe, la disparition des corps qui un jour les habillèrent. Avoir connu semblable mascarade est-il possible ailleurs qu'en un rêve où l'on croisera les ombres de Proust, Rilke, Roth, Celan ou Perec bien vivant, installé à la terrasse d'un café ...