Concernant Aragon, l'homme et ses ambiguïtés éclipsent l'?uvre et ses réussites. Sa poésie souffre particulièrement d'un tel état de fait : trop connue, et donc méconnue, elle se voit réduite à quelques vers célèbres, quelques dates circonscrites, quelques légendes (Elsa, la résistance, l'Histoire...) jamais véritablement lues. Pour la première fois depuis la mort de l'auteur, ce livre veut donc relire la totalité d'une trajectoire poétique qui ne se réduit ni à l'usage du vers, ni à l'imitation, ni à l'exploitation de quelques grands thèmes. De 1919 à 1982, Aragon débat plutôt avec les procédures poétiques, avec la mémoire d'un genre, avec la sienne, tentant à chaque livre de déplacer et de réinventer un nouveau lyrisme. Collage, montage, intertextualité, dérèglement de la syntaxe, réinvention des formes, la mémoire procure un matériau qu'une systématique et inquiétante pratique de l'excès tente chaque fois de déborder. Libérée des faux savoirs, l'?uvre alors reprend cohérence : elle est la recherche incessante d'un placement de la voix qui n'a pas fini d'éblouir, ni de donner quelques leçons à la modernité.
Date de parution
01/11/1998
Poids
353g
Largeur
155mm
Plus d'informations
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EAN
9782876732261
Titre
ARAGON : LA MEMOIRE ET L'EXCES
Auteur
BARBARANT OLIVIER
Editeur
CHAMP VALLON
Largeur
155
Poids
353
Date de parution
19981101
Disponibilité
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Le violon disait aux uns que leur temps était venu, aux autres que leur temps était fini", note Vassili Grossman dans un émouvant passage de Vie et Destin. Le poème peut-il tenter de rejouer la partition d'un violon seul, en espérant que la singularité d'une expérience prenne valeur symphonique, et parle pour chacun ? Nous n'aurions pas tout à fait perdu le monde qui sous nos yeux s'effondre si nous savions le dire encore. A la suite de Bach, et quelle que soit la disproportion des moyens, on rêverait qu'un chant de catastrophe soit aussi le lieu d'un réveil : Pour toute force l'éphémère la vraie vie parie sur le givre qu'on regarde aux fenêtres fondre.
Aragon n'aura quitté Paris que quelques mois, toujours sous la contrainte de l'Histoire : l'explorateur surréaliste de l'insolite urbain, le paysan de Paris, sera celui aussi de tous les lieux et milieux
Révélation de l'âme devant un bock de bière, épiphanie dans une cabine téléphonique, trivialité des situations, du langage parfois. Ces textes, articulés à une narration sentimentale malmenée, rouvrent, à ras de prose, le territoire poétique à toute la matérialité du réel. Il s'agit ici d'accueillir le quotidien, d'intégrer à l'écriture une présence qui n'oublierait plus le présent. " Mal aimé ", proche de Zone, Olivier Barbarant, entre sentimentalité affichée et ironie, entre dérisoire et dérision, tente de réinventer, avec ce nouveau discours amoureux, le geste d'Apollinaire : dans le dynamisme d'un swing, se maintient la promesse de la mélodie. Sous l'apparente profanation circule alors l'obstination d'un espoir poétique : celui de faire revisiter la langue, d'obliger la phrase au tempo d'une caresse. Il n'y a de ciel humain qu'à hauteur du parquet.
Et je sais bien ce qu'on dira de cette lettre, qui vous aurait probablement scandalisé, et après une telle nuit, de mon attachement pour vous puisque c'est à chaque fois le même argument de mensonge, comme s'il était affreux de vous trouver beau, ou confus à l'excès de prendre ensemble le c'ur et les tranchées, les draps de lit et la politique, la relation humaine et celle des Nations, la guerre et les bouches emmêlées. Comme si ce n'était pas toujours la même histoire, avec les mêmes choses les plus frêles et le refuge dérisoire de deux bras contre l'horreur. Comme si l'amour de la chair n'était pas le commencement de la morale. Comme si j'avais tort d'opposer, à toute force, votre visage aux monuments. "
Tenant des carnets (un journal ?) depuis la jeunesse, je n'y ai jamais écrit que par spasmes, par bouffées, et dans une sorte d'état d'urgence. Brusques afflux de souvenirs, rêves ou lectures pareillement commentés, ce double qui n'a cessé de m'accompagner est bien aussi projet, que le livre entrevu ait abouti ou non, et interrogation sur ce projet même. Aussi m'a-t-il semblé que je ne pouvais extraire des fragments de ce long flux tout ensemble intermittent et proliférant sans tenter d'y introduire au moins un fil d'Ariane. Si le thème de la mémoire, chez l'être de souvenir qu'est, par définition presque, l'autobiographe, s'est imposé à moi, c'est que la mémoire m'est longtemps apparue comme la dépositaire de l'être même. Souvent, il va sans dire, ces plongées ou ces visitations fortuites s'accompagnent d'une réflexion sur la littérature. Au naïf émerveillement des premières années ici retenues - contemporaines de L'Adoration et s'aventurant à tâtons vers Le Retour - succède assez vite un soupçon qui, dû pour la plus grande part à la cruelle expérience de la mère internée, et qui va s'accusant dans ces pages mêmes, est tout près de s'en prendre au chant longtemps tenu pour " doré " d'une mémoire qui, par places traversée de nostalgie, entend bien pourtant ne se confondre avec aucun " passéisme ", sans cesse au contraire jouaillé, dénoncé que, pratiquement dès le début, est ce dernier. " J. B.
Les figures souvent grotesques créées par James Ensor s'animent. Elles évoquent la mer du Nord, Ostende la ville balnéaire et ses habitants évanouis, le retour du carnaval ou le célèbre Bal du Rat mort. Libérées des tableaux où leur apparition continue à nous surprendre, elles haussent parfois le ton entre les murs d'une baraque abandonnée, se répondent et s'affrontent. Elles aimeraient régler de vieux comptes. Elles interpellent un visiteur à la nature incertaine. Tout à la fois ancrées dans leur époque et hors du temps, les voix interrogent, avec une ironie d'outre-tombe, la disparition des corps qui un jour les habillèrent. Avoir connu semblable mascarade est-il possible ailleurs qu'en un rêve où l'on croisera les ombres de Proust, Rilke, Roth, Celan ou Perec bien vivant, installé à la terrasse d'un café ...