MADAM - Manuel d'auto-défense à méditer est l'album de voyage d'une artiste, qui partage avec délectation, puissance, poésie et rire, ses questionnements sur le genre, la construction de nos identités, et leurs liens avec l'écologie, le capitalisme, le nomadisme, le devenir humain·e, la pulsion de vie, et l'utopie. Entre écriture du réel, documentaire, science, philosophie, psychanalyse, théâtre, et littérature, MADAM s'est écrit sur la route, dans la rencontre avec les récits et les corps de celles qui refusent de se soustraire aux règles des appartenances, des délimitations, des frontières, et plient et déplient à vue révolutions et promesses. Ouvre hors norme, hors cadre, queer, MADAM est constitué de 6 épisodes, conçus en collaboration avec 6 autrices, 5 actrices et des dizaines de chercheuses. Les 3 premiers épisodes, en questionnant l'intériorisation des oppressions (en termes de genre, de race et de classe) proposent de changer de paradigme intellectuel, quand les 3 derniers nous invitent à hacker le réel, et à nous saisir des puissances de l'imaginaire pour formuler de nouveaux récits. Les épisodes peuvent être vus ou lus indépendamment les uns des autres, et également à la suite, lors des intégrales MADAM.
La narratrice et deux autres élèves d'hypokhâgne, Laurent et Frédéric, forment un trio inséparable. Ils participent ensemble à des manifs, vont au cinéma, se promènent à travers Paris, chapardent dans les magasins, vont à la campagne chez les parents, voyagent en Italie. Deux d'entre eux échoueront à leur concours à la fin de l'année scolaire, mais quelle vie libre, inquiète pourtant, légère comme une bulle... Car il s'est tissé entre les trois amis toute une trame de sentiments ambigus. On devine que Frédéric aime les garçons et Laurent lui répond par une amitié trouble. La narratrice éprouve de la tendresse pour Frédéric, à cause de son regard triste, presque tragique, elle est aussi attirée par Laurent. Frédéric va les encourager à vivre ensemble. Lui s'éloigne, disparaît peu à peu... Les sentiments, dans ce récit brisé, doux-amer et pudique, sont suggérés et se précisent par petites touches. La tendresse et l'humour, une pointe de désespoir, c'est le contre-point de l'amitié et de l'amour encore adolescents. Dans ces pages, on est heureux de retrouver, avec sa fraîcheur éphémère, un moment unique de la vie.
C'est dans la grande maison, hors du temps et de l'espace, que David et Sara, demi-frère demi-soeur, passent leur enfance. Ils en garderont l'éternelle nostalgie. La vie les sépare, comme elle sépare leurs parents. Ils ont vu ces deux-là s'aimer sans pudeur, et les initier inconsciemment aux jeux exquis de la passion. Ils se retrouveront adolescents puis adultes et chercheront, en se donnant l'un à l'autre, à dominer la fatalité du temps. Iront-ils jusqu'au bout d'eux-mêmes ? C'est ce que nous raconte, avec un rare bonheur d'écriture, ce roman de la fidélité et de l'audace.
Avec acidite? et humour, et en reprenant les e?le?ments iconiques du conte de Perrault ou de l'adaptation qu'en fit en son temps Jacques Demy (l'a?ne qui crotte des pie?ces d'or, l'absence de me?re, le cake d'amour, la demande en mariage, les robes couleur du temps, de lune?), Marie Dilasser et Hélène Soulié tissent une fable d'aujourd'hui, une histoire ou? les jeunes filles sortent du silence et s'allient pour prendre possession de leur corps et de leur vie. Ici, pas de bons, ni de me?chants. Pas de he?ros, ni d'he?roi?nes. Ici, deux vies, dans des re?alite?s et contextualite?s diffe?rentes. Deux vies que la filiation pourrait re?unir, devraient re?unir.Mais que finalement la filiation va de?truire.Ici pas de roi et d'infante.Mais un pe?re coupable, et une fille qui, telle une Antigone, prend les armes.Pas celles qui ensanglantent, percent et tranchent.Celles de la parole et de l'acte poe?tique qui re?ve?lent, re?parent, et rendent justice.
Si l'Histoire a accueilli dans son rang la révolution de Mai 68, celle du mois de juillet qui traversa le Festival d'Avignon semble avoir été reléguée à sa marge. Pourtant, la XIIe édition du festival, sous la direction de Jean Vilar ; déchaîna les passions avec la même intensité que celles qui habitaient et agitaient les acteurs des contestations printanières ayant ébranlé le pays jusqu'à la dissolution de l'Assemblée. Se rejouait à Avignon la révolution alors étouffée par Charles de Gaulle, et le festival devint ainsi le théâtre de tensions entre les ennemis du " supermarché de la culture " et les défenseurs d'une conception vilarienne du théâtre populaire. Le LivingTheatre, invité à présenter trois pièces - dont la création Paradise Now - cristallisa beaucoup de ces tensions de par ses prises de position. Avignon 1968 et le Living Theatre est une immersion dans ce mois d'été 1968 avignonnais : un voyage dans le temps pris en charge par des témoins ayant vécu les évènements de juillet et dont les entretiens sont retranscrits dans ce volume, mais aussi par ceux qui sont revenus sur cette période passionnée par le biais de la fictionnalisation. La réactualisation de ces souvenirs rend compte de crises continuant à secouer un monde de la culture qui n'a de cesse d'interroger les rapports entre l'art et le politique (l'institution, la révolution) mais aussi entre l'art et le poétique (le beau, le transcendant).
Créateur majeur du XXe siècle et homme de spectacle virtuose, Nikolais fut l'inventeur d'un théâtre dansé original où mouvements, sons, lumières, couleurs et formes sont complémentaires, avec un appel fréquent à l'illusion. Adepte d'une danse abstraite qu'il mit au point dès les années cinquante, il personnalisa le lien germano-américain de la modern dance et excella autant sur scène (où il régna en maître en tant que chorégraphe, compositeur, éclairagiste et scénographe) que dans le studio de danse. Son enseignement, axé sur la triade technique-improvisation-composition, fut en effet très couru et reste d'actualité aujourd'hui. Dans le sillage des "ambassadrices" que furent Susan Buirge et Carolyn Carlson, Nikolais forma en France de nombreux danseurs-chorégraphes comme Philippe Decouflé ou Marcia Barcellos et, comme d'autres artistes de son temps (Wassily Kandinsky, Oskar Schlemmer ; Mary Wigman, Martha Graham..,), sentit le besoin de coucher sa pensée par écrit. Ces textes, qui légitiment Nikolais et le ramènent en pleine lumière, reflètent à la fois sa recherche de pédagogue et ses oeuvres scéniques. Ces écrits, quasiment inconnus du public français, sont ici traduits presque tous pour la première fois et concerneront autant les danseurs, enseignants et chercheurs que les journalistes et les curieux amoureux des arts. Nikolais y fait alterner théorie et exemples concrets, profondeur et humour. Il nous donne une nouvelle définition de la danse, s'appuyant sur les fondamentaux du temps, de l'espace, de la forme et du motion. Ceux-ci sont activés par des notions essentielles comme le décentrement et l'intelligence du mouvement, permettant l'avènement d'un danseur mobile, sensible et autonome qualifié de "métaphorique".