Ils sont trois à parler à tour de rôle, trois marginaux en bord de monde. Il y a d'abord Giacomo, vieux clown blanc, dresseur de caniches rusés et compositeur de symphonies parfumées. Il court, aussi vite qu'il le peut, sur ses jambes usées pour échapper à son grand diable noir, le Sort, fauteur de troubles, de morts et de mélancolie. Il y a la femme grise sans nom, de celles qu'on ne remarque jamais, remisée dans son appartement vide. Elle parle en lignes et en carrés, et récite des tables de multiplication en comptant les fissures au plafond pour éloigner l'angoisse. Et puis il y a le môme, l'enfant sauvage qui s'élève seul, sur un coin de terrain vague abandonné aux ordures. Le môme lutte et survit. Il reste debout. Il apprendra les couleurs et la peinture avant les mots, pour dire ce qu'il voit du monde. Seuls, ces trois-là n'avancent plus. Ils tournent en rond dans leur souffrance, clos à eux-mêmes. Comment vivre? En poussant les parois de notre cachot, en créant, en peignant, en écrivant, en élargissant chaque jour notre chemin intérieur, en le semant d'odeurs, de formes, de mots. Et, finalement, en acceptant la rencontre nécessaire avec l'autre, celui qui est de ma famille, celui qui, embarqué avec moi sur l'esquif balloté par les vents, est mon frère. On ne cueille pas les coquelicots, si on veut les garder vivants. On les regarde frémir avec ces vents, dispenser leur rouge de velours, s'ouvrir et se fermer comme des coeurs de soie. Giacomo, la femme grise, le môme, que d'autres ont voulu arracher à eux-mêmes, trouveront chacun dans les deux autres la terre riche, solide et lumineuse, qui leur donnera la force de continuer. Biographie de l'auteur Née en 1979 à Paris, Tatiana Arfel publie ici son premier roman.
Nombre de pages
325
Date de parution
08/01/2009
Poids
423g
Largeur
140mm
Plus d'informations
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EAN
9782714309860
Titre
L'Attente du soir
Auteur
Arfel Tatiana
Editeur
CORTI
Largeur
140
Poids
423
Date de parution
20090108
Nombre de pages
325,00 €
Disponibilité
Epuisé
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« Le clou qui dépasse rencontre souvent le marteau ». Human Tools est une entreprise internationale de services spécialisée dans la mise en place de procédures pour d?autres sociétés. Ou plutôt: Human Tools vend du vent très cher, très côté en Bourse et très discutable. Catherine, Rodolphe, Francis, Sonia, Marc, Laura travaillent pour Human Tools. Ils en sont les clous, ils valent des clous: employés non conformes, allergiques à la cravate ou aux talons hauts, trop intelligents, trop étranges, rêveurs ou aimables, trop eux-mêmes, simplement. Parce qu?ils cherchent à travailler bien, et non à cocher des cases pour statistiques, parce qu?ils souffrent de l?absence de reconnaissance, parce que la qualité totale les a rendus malades, ils sont inscrits par Frédéric, leur grand marteau, à un séminaire de remotivation dont ils ne connaissent pas la finalité réelle. Ils y seront poussés à rationnaliser leur temps, leurs corps, leurs émotions, leur espace du dedans. Ils cesseront peu à peu de penser et sentir, et ne s?en plaindront pas: d?autres attendent pour leur prendre la place et il y a le loyer à payer. Des Clous n?est pas un roman d?anticipation. Human Tools, ses pratiques, ses dirigeants, existent déjà: il n?y a qu?à observer. Jusqu?à quand? Jusqu?à quand accepter que performances, objectifs, profits qui profitent toujours aux mêmes, puissent détruire ce qu?il y a de plus précieux en chacun? Où trouver la force de dire: ce n?est pas acceptable? Nos clous n?ont certes pas la réponse. Mais quelqu?un venu du dehors va les aider à écrire leur histoire, la jouer, la mettre à distance, à retrouver leur langue à eux, qui n?est pas le jargon américanisant de cette société où ils sont entrés sans réfléchir, à genoux, bégayant de gratitude pour le minuscule salaire qui justifierait leurs tâches discutables. Nos clous vont essayer de se redresser, même si le marteau est toujours là, pour la beauté du geste et pour leur survie. Nos clous vont avoir, à un moment, le choix. Liberté vertigineuse: qu?en feront-ils?
Tatiana Arfel est née en 1979 à Paris et vit aujourd'hui dans le sud de la France. Psychologue de formation, elle anime des ateliers d'écriture auprès de publics en difficulté. Elle est cofondatrice du collectif "Penser le travail" à Montpellier. Son premier roman, L'Attente du soir, a obtenu six prix littéraires dont: le Prix Emmanuel Roblès 2009 & le Prix Biblioblog 2010.
Ils sont trois à parler à tour de rôle, trois marginaux en bord de monde. Il y a d'abord Giacomo, vieux clown blanc, dresseur de caniches rusés et compositeur de symphonies parfumées. Il court, aussi vite qu'il le peut, sur ses jambes usées pour échapper à son grand diable noir, le Sort, fauteur de troubles, de morts et de mélancolie. Il y a la femme grise sans nom, de celles qu'on ne remarque jamais, remisée dans son appartement vide. Elle parle en ligne et en carrés, et récite des tables de multiplications en comptant les fissures au plafond pour éloigner l'angoisse. Et puis il y a le môme, l'enfant sauvage qui s'élève seul, sur un coin de terrain vague abandonné.
A soixante ans passés, Emilienne a trop vécu, et trop peu cotisé... Elle est aujourd'hui agente dans les toilettes d'une galerie commerciale - dame pipi, comme on dit. Le temps d'une journée, douze autres femmes se succèdent au miroir de cet espace sans âme. Ce petit théâtre de leur conversation intérieure est une bulle, une trêve, l'unique endroit où elles échappent au regard d'autrui. Estelle, Nedjma, Raphaëlle, Iris... Petite fille, jeune adulte ou femme tordue par l'âge, chacune a son parcours, son langage poignant ou drôle, ses fragilités et ses luttes. Mais peut-être est-ce Emilienne qui, sur le vif, leur invente à chacune une histoire ? Emilienne qui, au rythme des procédures d'hygiène, revit son existence cabossée et insoumise, scandée par les rencontres, la soif de découverte et un immense désir de liberté. La voix de l'éclatante Emilienne mène le choeur de ces héroïnes du quotidien, et les rassemble dans une même conviction : nous ne sommes pas des poupées.
« Dans le vol onirique, si nous revenons au sol, une impulsion nouvelle nous rend aussitôt notre liberté aérienne. Nous n'avons à cet égard aucune anxiété. Nous le sentons bien, une force est en nous et nous connaissons le secret qui la déclenche. Le retour vers la terre n'est pas une chute, car nous avons la certitude de l'élasticité. Tout rêveur du vol onirique possède cette connaissance de l'élasticité. Il a aussi l'impression du bond pur, sans finalité, sans but à atteindre. En revenant vers la terre, le rêveur, nouvel Antée, retrouve une énergie facile, certaine, enivrante. » (Gaston Bachelard)
« Si le regard des choses est un peu doux, un peu grave, un peu pensif, c'est un regard de l'eau. L'examen de l'imagination nous conduit à ce paradoxe : dans l'imagination de la vision généralisée, l'eau joue un rôle inattendu. L??il véritable de la terre, c'est l'eau. Dans nos yeux, c'est l'eau qui rêve. Nos yeux ne sont-ils pas ?cette flaque inexplorée de lumière liquide que Dieu a mise au fond de nous-mêmes? ? Dans la nature, c'est encore l'eau qui voit, c'est encore l'eau qui rêve. » (Gaston Bachelard)
À la suite d'un chagrin d'amour, Aldo se fait affecter par le gouvernement de la principauté d'Orsenna dans une forteresse sur le front des Syrtes. Il est là pour observer l'ennemi de toujours, replié sur le rivage d'en face, le Farghestan. Aldo rêve de franchir la frontière, y parvient, aidé par une patricienne, Vanessa Aldobrandi dont la famille est liée au pays ennemi. Cette aide inattendue provoquera les hostilités... Dans ce paysage de torpeur, fin d'un monde où des ennemis imaginaires se massacrent, le temps et le lieu de l'histoire restent délibérément incertains dans un récit à la première personne qui semble se situer après la chute d'Orsenna. Julien Gracq entraîne son lecteur dans un univers intemporel qui réinvente l'Histoire et donne lieu à une écriture qui s'impose avec majesté, s'enflamme au contact de l'imagination. Pour Le Rivage des Syrtes Julien Gracq obtint en 1951 le prix Goncourt, qu'il refusa.