
Monsieur Albert. Cossery, une vie
JE SUIS ARRIVÉ devant l'hôtel. Il faisait encore jour. J'ai levé les yeux, parcouru la façade blanche d'un regard incrédule, me suis arrêté longuement sur l'inscription, au-dessus de la porte. Hôtel la Louisiane. Hôtel au-dessus et puis La Louisiane en dessous. Rien de plus. Des lettres brunes, calligraphie art déco. C'était bien là. Je n'avais pas traversé Paris pour rien.J'ai scruté chaque fenêtre, espéré des silhouettes derrière les rideaux, comme si j'avais une chance de vous y apercevoir. Puis, après un moment d'arrêt, j'ai poussé la petite porte vitrée et je vous ai vu.Vous êtes parti depuis trois ans, mais je vous ai vu.C'était vous. Vous étiez là devant moi. Debout, immobile. Comme si vous attendiez quelque chose. Ou quelqu'un. Je n'arrivais pas à y croire. Subitement, ma conviction vous ressuscitait.Vous portiez un costume clair, une cravate rouge. Le col de votre chemise paraissait démesuré par rapport à votre corpulence fragile mais il était impeccable, rose pâle. La cravate et la pochette assorties, bien sûr.Vous montiez les quelques marches qui menaient à l'ascenseur, sur la gauche, le regard fixe devant vous. Pas la peine de les regarder, ces marches vous les connaissiez par coeur.Vous êtes rentré droit comme vous l'avez toujours été. Le port de tête altier. Pas une expression au visage. Un regard de sphinx. Les lèvres comme cousues, la joue figée, un peu tombante mais vous aviez au fond des yeux la lueur malicieuse qui ne vous a jamais quitté. Vous n'avez jamais aimé sourire pour rien. Là, devant cet ascenseur, il n'y avait, en effet, aucune raison de sourire.Vous attendiez que la porte se referme pour vous laisser porter au sixième étage. Une montée lente, très lente, dont vous connaissiez très précisément le rythme. Pendant plus de soixante ans vous avez fait chaque jour le même parcours. Exactement. Parfois même plusieurs fois.Vous aviez sur le bras quelques chemises et un costume que vous aviez fait repasser au pressing d'à-côté. Vous étiez toujours bien mis. Vous ne supportiez pas d'avoir l'air négligé. Dans l'autre main, un petit sac de courses. Le traiteur de la rue de Buci. Il vous connaissait bien. Quand vous ne parveniez pas à vous faire inviter pour les dîners, c'est là que vous achetiez de quoi vous sustenter. Des tranches de rosbif, toujours très fines, ou du foie gras, non truffe, parce qu'il était un peu moins cher. Vous aimiez les bonnes choses.
| EAN | 9782915831795 |
|---|---|
| Titre | Monsieur Albert. Cossery, une vie |
| Auteur | Andrau Frédéric |
| Editeur | CORLEVOUR |
| Largeur | 145 |
| Poids | 402 |
| Date de parution | 20130228 |
| Nombre de pages | 277,00 € |
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