« Mes écrits tiennent du journal de bord, du carnet de voyage ; tantôt très ancrés dans le vif, à la manière d?un reportage, tantôt au contraire ils se détachent du monde des causalités et forment des sortes de reay-made poétiques. Dans ma poche de jeune poète, de retour d?Afrique, cette lettre de Christian Dotremont : « Je pense que la poésie doit être ainsi : un débat extrêmement multiple entre soi et soi, entre soi et les autres, entre soi et les réalités si diverses, nouvelles, à voir, à saisir, ou déjà anciennes relativement, dont il faut s?en aller pour les voir mieux, les saisir davantage ou les intégrer à soi une fois pour toutes. » Plus loin, il poursuit : « Je crois précisément que dans le multiple débat de la poésie est nécessaire une ?terre inconnue?, à la fois ?continent perdu? et ?île au trésor?, un espace ?hostile? et ?enchanteur? à aimer, à haïr ? ». Vingt ans après mes vingt ans, le Mexique m?a révélé qu?il n?y a pas de prodige sans quotidien ; c?est par la porte de « ce qui est » qu?on atteint « ce qui n?est pas ». Je me méfie du complexe de « l?albatros » (désigné par Charles Baudelaire) et du génie virtuel j?espère que ses visions (celles que nous envoie le télescope Hubble, par exemple) soient placardées sur tous nos murs ; en attendant, je m?enferme dans les rues avec mes semelles de pneu, je troue les murs avec l?encre noire.Office : le 15 mai 2012Coll. Lignes fictives13,5 x 19,5, +/- 160 p., +/- 25 ISBN 978-2-7186-0866-2Code Sodis : 750 652 5
Nombre de pages
142
Date de parution
15/05/2012
Poids
206g
Largeur
135mm
Plus d'informations
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EAN
9782718608662
Titre
Oldies
Auteur
Alechine Ivan
Editeur
GALILEE
Largeur
135
Poids
206
Date de parution
20120515
Nombre de pages
142,00 €
Disponibilité
Epuisé
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Le soleil pose un masque sur les choses. L'ombre fait de la résistance. Elle fomente des alliances. Question ombre, je ne plaisante pas lorsque je dis que je devins, un temps, un ombromane fervent. J'ai prétexté dans le goût que j'avais pour la déformation qu'apporte l'ombre aux choses courantes - made in - les règles d'une perspective où ce sont les formes qui sortent de l'ombre. C'est une idée, un simple jeu intellectuel ; de ce point de vue, il y a une mécanique de l'ombre, les ombres mouvantes sont les moules qui produisent les formes. Ce ne serait pas du linge séchant sur un fil que sortirait l'ombre, mais l'inverse. L'ombre d'un linge agité par le vent palpite mollement sur le sol comme un coeur régulier : de l'ombre palpitant mollement sur le sol sort le linge qu'agite le vent. Je jongle avec le centre de gravité de la pensée. J'accepte l'idée artistique d'une pensée éminemment variable en tirant à moi un coin de la nappe d'ombre, en cela je parle du point de vue de la caverne. J'étudie les déformations qui lient la deuxième à la troisième dimension. Plus loin, dans une autre partie, Marcel Duchamp dispose des pièces blanches et je dispose des pièces noires.
La terre se couvre de parkings, de routes, de béton. Poésie et environnement sont liés : si la terre meurt, l'inspiration aussi. Un premier temps, le narrateur, Iman, pense que la magie mexicaine peut lui venir en aide, revivifier son sentiment poétique, et il se lance à la recherche de Don Juan Matus, " l'Indien solitaire " que l'on rencontre dans les livres de Carlos Castaneda. Mais la réalité est tout autre. En parlant des grottes de la Mazatèque encore inexplorées, Randall, l'un des interlocuteurs d'Iman, lui dit : " chaque fois qu'on en découvre une, on superpose nos paroles sur celles des ancêtres ". C'est sans doute parce qu'il a perdu ses propres repères qu'Iman se sent si proche des Indiens. Certes, ils sont poètes et magiciens, mais on les pille, des barrages inondent leurs terres, la déforestation avance et leur pensée est menacée, comme celle du héros avant sa rencontre avec les Huichols, ces cousins survivants des Aztèques qui n'ont rien perdu du sens du monde.
Démocrite fut dans la Grèce antique un philosophe matérialiste fêté, qui parcourut le monde. Lors de son périple jusqu'en Inde, il a constaté la vilenie des hommes, à la suite de quoi il fit construire une petite cabane au fond de son jardin pour y finir en sage le restant de ses jours. Je nomme tentation de Démocrite et recours au forêt ce mouvement de repli sur son âme dans un monde détestable. Le monde d'avant-hier, c'est celui d'aujourd'hui, ce sera aussi celui de demain: les intrigues politiques, les calamités de la guerre, les jeux de pouvoir, la stratégie cynique des puissants, l'enchaînement des trahisons, la complicité de la plupart des philosophes, les gens de Dieu qui se révèlent gens du Diable, la mécanique des passions tristes ? envie, jalousie, haine, ressenti-ment le triomphe de l'injustice, le règne de la cri-tique médiocre, la domination des renégats, le sang, les crimes, le meurtre... Le repli sur son âme consiste à retrouver le sens de la terre, autrement dit, à se réconcilier avec l'essentiel: le mouvement des astres, la logique de la course des planètes, la coïncidence avec les éléments, le rythme des saisons qui apprennent à bien mourir, l'inscription de son destin dans la nécessité de la nature. Fatigué des misères de ce temps qui sont les ancestrales souffrances du monde, il faut planter un chêne, le regarder pousser, débiter ses planches, les voir sécher et s'en faire un cercueil dans lequel on ira prendre sa place dans la terre, c'est-à-dire dans le cosmos.
Que puis-je faire d'autre aujourd'hui, pour camper ici, dans ce Collège d'études mondiales en création, la question si générale de l'altérité - peut-être la plus générale de la philosophie - que d'indiquer en commençant d'où - par où - je l'aborde? Donc, pour éviter des vues trop vagues et les banalités qui déjà nous menacent, de vous inviter à entrer dans la singularité - modeste - de mon chantier? Que puis-je faire d'autre, autrement dit, pour débuter ce périlleux exercice de la "Leçon", que de me justifier dans ma nature hybride: de philosophe et de sinologue? J'ai dit souvent, quitte à provoquer un haussement d'épaule chez mon interlocuteur, que, jeune helléniste à la rue d'Ulm, j'ai commencé d'apprendre le chinois pour mieux lire le grec... Nous disons si volontiers, en effet, que nous sommes "héritiers des Grecs". Mais, justement, la familiarité n'est pas la connaissance. Ce qui est "bien connu", disait Hegel, n'est, de ce fait, pas connu, weil es bekannt ist, nicht erkannt. Il faut, dirons-nous, de l'autre pour y accéder. Mais pourquoi le chinois? Pourquoi la Chine? Je n'avais, par famille et par formation, vraiment rien à voir avec la Chine. Mais justement...
Libre parole rassemble trois essais de style et de circonstance différents : la Conférence Hrant Dink sur la démocratie et la liberté d'expression par temps de violence, donnée en public à Istanbul en janvier 2018 ; les Thèses élaborées en 2015 sur "Liberté d'expression et blasphème", pour intervenir dans la discussion qu'ont relancée les assassinats par les membres de Daech de journalistes de Charlie Hebdo associés à la publication des "caricatures de Mahomet" ; enfin, le séminaire donné en 2013 et rédigé l'année suivante sur les formes de la parrésia selon Michel Foucault, où se trouve déployée à partir de l'exemple grec sa conception du courage de la vérité. Leur objectif commun est de problématiser les conditions et la fonction de la liberté d'expression en tant que droit aux droits, plus fondamental que jamais dans une période de régression des formes démocratiques, facilitée par les effets désagrégateurs de la mondialisation capitaliste, et surdéterminée par les effets de terreur et de contre-terreur que suscite une situation de guerre endémique à laquelle aucune région du monde n'échappe entièrement désormais. Il est aussi de montrer que, si la liberté d'expression institutionnellement garantie, et la libre parole qui en forme la contrepartie subjective, constituent une "propriété" inaliénable des individus et des groupes dont l'autonomie est (théoriquement) reconnue en démocratie, il faut s'élever à la conception d'un bien public de la communication si l'on veut en généraliser l'exercice, en prévenir les usages discriminatoires, et lui conférer par là-même toute sa normativité politique.